Découvert dans des framboisiers, ce butor d'Amérique a eu droit à un examen sommaire par la biologiste Mélanie Lapointe-Gauthier, dimanche.

«La mère Teresa des oiseaux»

Mélanie Lapointe-Gauthier répond au téléphone 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Elle le fait parce qu'il y a peut-être un oiseau en danger qui a besoin d'elle, quelque part. La coordonnatrice du Centre d'interprétation des battures et de réhabilitation des oiseaux à Saint-Fulgence a tellement ces animaux à coeur qu'elle est même déjà allée en chercher un en pleine nuit, en pyjama, pour s'assurer qu'il survive.
« Ça dépasse mon bonheur ou ma passion. C'est parce que je trouve que c'est important de le faire. Chaque oiseau est un être vivant. Je me sens comme si je contrebalançais les dangers anthropiques. » Les dangers anthropiques sont ceux relatifs à l'activité humaine, comme la destruction de milieux humides ou la coupe d'arbres.
Quiconque joint Mme Lapointe-Gauthier, peu importe l'heure, aura une réponse. Lorsqu'elle n'est pas au bureau, elle reçoit les oiseaux chez elle, puis les transporte jusqu'au CIBRO, situé à quelques centaines de mètres. Le maire de Saint-Fulgence, Gilbert Simard, l'appelle à juste titre la « mère Teresa des oiseaux ».
Mélanie Lapointe-Gauthier nourrit certains oiseaux à la seringue, lorsqu'elle ne peut faire autrement. C'est le cas pour ce merle d'Amérique.
Le CIBRO a une collaboration avec la clinique vétérinaire du Boisé pour les oiseaux blessés.
« Il faut être là quand ils sont en détresse. De 8 h à 16 h, ce n'est pas suffisant. C'est essentiel qu'on soit là tout le temps », souligne la passionnée biologiste.
L'hiver dernier, le CIBRO a fermé, faute de financement. L'organisme à but non lucratif a rouvert le 6 juin, grâce à une campagne de financement et à des subventions gouvernementales. Mais Mélanie, elle, n'a pas pris de congé.
« C'était la première fois qu'on fermait depuis que je suis coordonnatrice, soit depuis six ans. Je continuais quand même de répondre aux appels et je référais aux bonnes personnes. Je suis aussi allée porter des oiseaux à Saint-Henri-de-Lévis et au Zoo sauvage. Je ne pouvais pas accueillir d'oiseaux parce que je n'avais pas le matériel nécessaire. »
Chaque année, le CIBRO accueille entre 200 et 260 oiseaux. Mélanie les nourrit, les soigne et les réhabilite. 
« Je viens chaque jour. Les étudiants qui travaillent ici peuvent m'appeler n'importe quand. Ils le savent. C'est très rare que j'ai deux jours de congé en continu parce qu'il y a toujours de nouveaux oiseaux qui arrivent. De juin à août, nous avons beaucoup d'oisillons. Au printemps et à l'automne, ce sont davantage des migrateurs. Ils ont chacun leur caractère. J'aime les voir évoluer au jour le jour. En même temps, on garde une distance avec eux, afin qu'ils puissent retourner dans la nature sans avoir eu trop de contacts avec les humains. Quand nous avons fermé, durant l'hiver, c'était problématique et on devait rouvrir rapidement. La grosse période débutait. »
Environ 50 % des oiseaux réussissent à être réhabilités. « On voudrait tous les sauver, mais des fois les blessures sont trop graves. On ne les garde pas en captivité. On essaie de les envoyer chez nos partenaires, des centres de conservation par exemple. »
Ces petits merles d'Amérique ont été retrouvés au cours des derniers jours. L'objectif : les retourner dans la nature.
Mélanie Lapointe-Gauthier s'assure que les animaux pourront être retournés dans la nature.
L'humain, la première cause
L'activité humaine est la principale cause des blessures subies par les oiseaux qui sont pris en charge par le CIBRO. Accident avec des voitures, destruction de l'habitat par les humains, collision avec des fenêtres, blessures par balles et même intoxication par la pollution font partie des causes recensées en 2015 par la biologiste Mélanie Lapointe-Gauthier.
Bien que l'origine des blessures demeure inconnue dans de nombreux cas, lorsqu'elle l'est, l'humain a son gros mot à dire. « Il faut cohabiter le mieux possible pour limiter les dégâts. Je ne me souviens pas où j'avais lu ça, mais la phrase m'est restée en tête : chaque espèce est une merveille de l'évolution. C'est tellement vrai. Et chacune a son importance », affirme Mme Lapointe-Gauthier.
En 2015, un harelde kakawi, un oiseau de la famille des canards, a été amené au CIBRO après avoir été intoxiqué par la pollution. Il montrait des signes évidents d'intoxication aux métaux lourds. Il a fort possiblement été intoxiqué au plomb. Lorsque des balles de fusil à plombs tombent dans l'eau, les oiseaux les mangent, pensant qu'il s'agit de roches. « Quand la balle se loge dans le muscle, on peut sauver l'animal. Si c'est dans le système digestif, c'est plus difficile », souligne Mme Lapointe-Gauthier.
Deux étourneaux sansonnets sont aussi entrés dans une cheminée et se sont retrouvés emprisonnés dans un poêle à bois, faute d'avoir trouvé un endroit adéquat où se réfugier en milieu naturel. Treize oiseaux ont été attaqués par des chats et des chiens. « Le chat n'est pas une espèce indigène. C'est problématique parce que les chats attaquent les petits oiseaux. Le meilleur compromis pour les gens qui ont des chats, mais qui ne veulent pas les garder toujours à l'intérieur, c'est d'avoir un enclos. »
Le parc toujours dans les plans
Le plan d'un parc ornithologique sur le fjord est toujours dans les cartons, assure le maire de Saint-Fulgence, Gilbert Simard. «On a formé un comité. Tout le monde a embarqué dans l'idée. Personnellement, j'y tiens à 100 miles à l'heure», affirme le premier magistrat.
La réhabilitation des oiseaux resterait au centre de la mission du CIBRO, qui serait rénové et agrandi. Le parc proposerait un parcours de découvertes à travers des stations thématiques sur les oiseaux et leur environnement.
«On ne veut pas devenir un zoo. Il y en a déjà beaucoup. Le conseil municipal nous a donné le mandat de trouver les sous nécessaires pour la réalisation du parc. Promotion Saguenay est impliqué, de même que les Caisses populaires. On cherche à boucler le financement. Le projet est encore sur la table et on veut qu'il se réalise», soutient M. Simard.
Saint-Fulgence est un milieu unique pour les oiseaux, explique Mélanie Lapointe-Gauthier, en raison de la diversité de ses habitats.
Champs, milieux humides, monts, marais d'eau salée et d'eau non salée, en outre, s'y côtoient.
Quoi faire?
Un butor d'Amérique a été découvert par des Saguenéens dans des plants de framboisiers, samedi. Un autre oiseau s'est cogné contre une fenêtre à Jonquière, jeudi. C'est sans compter de nombreux oisillons tombés du nid, au fil des semaines. Que faire lorsque l'on aperçoit un oiseau qui semble blessé ? Mélanie Lapointe explique la procédure à suivre.
« Si on voit que l'oiseau n'est pas en sécurité, parce qu'il pourrait être mangé par des chats ou parce que des voitures risquent de le frapper par exemple, on le place dans une boîte avec des trous d'aération. Pour le capturer, il est bien d'utiliser une serviette ou une couverture. Ça limite ses mouvements et ça lui enlève du stress, aussi. Il faut appeler le CIBRO le plus rapidement possible. Je suis joignable en tout temps au 418-812-0525. Surtout, il ne faut jamais donner de nourriture ou d'eau dans le bec. Ça peut causer la mort de l'oiseau. On peut donner un bol d'eau, mais l'oiseau doit aller boire de lui-même. Ensuite, les gens peuvent venir porter l'oiseau au CIBRO ou notre équipe de bénévoles peut aller le chercher. On manque vraiment de bénévoles, d'ailleurs, alors on invite les gens à nous contacter si ça les intéresse. Une fois que l'oiseau est arrivé ici, on s'en occupe, bien souvent en collaboration avec la Clinique vétérinaire du Boisé, afin de lui permettre de retourner dans la nature. »