La médecine en pleine mutation

Inquiet, le président de la section régionale de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le docteur Mario Dubois, confirme que le milieu de la médecine de famille est en pleine transformation. S'il ne remet pas en cause la compétence des nouveaux médecins, il estime que la succession de départs et d'arrivées ne se fait pas sans heurt.
« La situation est comparable à celle de toutes les régions », affirme d'emblée le Dr Dubois. Ce dernier n'a pas la prétention de détenir des données statistiques sur les réalités du milieu, mais il témoigne de ce qu'il voit sur le terrain.
« C'est évident que le corps médical se féminise. D'ici quelques années, peut-être cinq ou six ans, je pense que ça va être autour de 70 % de femmes », estime l'omnipraticien affilié au groupe de médecine familiale (GMF) de Jonquière, qui observe également un rajeunissement des médecins.
Le Dr Dubois est à même de constater l'impact de l'implantation d'une unité de formation en médecine à Chicoutimi.
« La faculté nous amène beaucoup de sang nouveau, beaucoup de jeunes, confirme-t-il, enthousiaste. Mais d'un autre côté, les médecins qui ont au-delà de 30 ans de pratique ralentissent en diminuant leur nombre de patients. D'autres prennent leur retraite. D'ici cinq ans, tous ceux qui ont un permis de pratique datant de 1980 et plus vont être en semi-retraite ou en retraite. »
Le Dr Dubois craint l'impact de ces départs sur la population.
« Ce n'est pas drôle à dire, mais ça prend presque deux jeunes médecins pour en faire un vieux en terme de prise de patients. »
Le Dr Dubois insiste, il ne remet pas en cause les compétences des jeunes médecins. Mais il affirme que leur façon de pratiquer est différente.
Moins de patients
« Il y a 10 ans, les médecins avaient 1000 à 1200 patients. Les activités médicales parallèles (AMP) liées à l'hôpital sont arrivées. Les médecins ont été obligés de pratiquer à l'hôpital, aux urgences ou en soins de longue durée, par exemple. Mais ils ont conservé leur clientèle. Les jeunes qui arrivent ne sont pas fous. Ils ne dépassent pas 500 patients. Les AMP sont devenues leurs activités principales au détriment de la prise en charge. Et après un certain nombre d'heures, ils s'occupent de leur famille. »
Le Dr Dubois se demande comment se traduira le départ à la retraite des baby-boomers et soutient que certaines choses devront changer.
« Ils vont distribuer leur clientèle comme ils peuvent. La pénurie de médecins va se régler en terme de nombre. Mais c'est certain que d'ici 6 ou 7 ans, les jeunes médecins n'auront pas le choix de faire de la prise en charge. »
Le Dr Dubois entrevoit tout de même certaines pistes de solution.
Il estime que le travail d'équipe va sauver le système de santé.
« Avec les infirmières en GMF, les équipes interdisciplinaires s'installent. Je pense que la mise sur pied de ces équipes pourrait retarder quelques départs. Ça pourrait peut-être retarder le tsunami de retraites, rendre tout ça moins désastreux. Ça prend des équipes formées d'un médecin, de travailleurs sociaux, d'infirmières, peut-être même de pharmaciens, sous un même toit. Ça permettrait que chacun fasse le bon job, au bon moment. Et chacun a sa raison d'être », insiste-t-il.
La profession change de visage
Un homme, d'âge mûr, stéthoscope au cou. Voilà le portrait qu'on se faisait du médecin de famille il y a quelques années. Mais le visage de la profession est en train de se transformer. L'image du médecin omnipraticien tend de plus en plus à se féminiser et à se rajeunir. Une tendance également observée chez leurs collègues spécialistes.
Selon les données de l'Institut canadien d'informations sur la santé, en 2000, le Saguenay-Lac-Saint-Jean comptait sur 280 médecins de famille dont l'âge moyen était 43,2 ans. Du nombre, 36,8 % étaient des femmes.
Dix ans plus tard, en 2010, le pourcentage de femmes a fait un bond marqué de près de 10 %, passant à 46 %. L'âge moyen, lui, a subi une légère hausse, atteignant 47 ans.
En 2012, 50,3 % des médecins de famille étaient des femmes. L'âge moyen du médecin tendait pour sa part à diminuer, passant à 46,8 ans.
Spécialistes
La même tendance est observée chez les médecins spécialistes.
En 2000, l'âge moyen des 196 spécialistes de la région était de 48 ans. Seulement 20,4 % d'entre eux étaient alors des femmes.
En 2010, 29,4 % des 221 médecins spécialistes étaient de sexe féminin, et l'âge moyen de 49,2 ans.
Deux ans plus tard seulement, en 2012, le nombre de femmes a atteint 33,2 %. L'âge moyen a pour sa part suivi une légère courbe descendante, passant à 48,7 ans. Un chiffre comparable à celui de 2000. Le nombre de médecins par habitant, lui, augmente depuis le début des années 2000, et ce, autant chez les spécialistes que chez les médecins de famille.
En 2000, la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean bénéficiait de 98 médecins de famille et 69 spécialistes par 100 000 habitants. En 2012, ce nombre est passé à 126 pour les médecins de famille, et à 89 chez les spécialistes.
Recrutement
Par ailleurs, le ministère de la Santé et des Services sociaux autorise en 2014 le recrutement de 14 médecins omnipraticiens au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Du nombre, deux seront strictement dédiés à l'enseignement, soit un à Chicoutimi et un pour Lac-saint-Jean-Est.
Les 12 autres postes seront répartis équitablement en tenant compte du pourcentage d'atteinte du plan de besoins de chaque territoire.
Ainsi, un poste sera ouvert à Chicoutimi, trois à La Baie, un à Jonquière, un au CSSS de Lac-Saint-Jean-Est, trois dans le secteur Domaine-du-Roy et trois dans celui de Maria-Chapdeleine. Par ailleurs, la présence de 299 spécialistes est autorisée alors qu'il y a en place 259 spécialistes en date du 1er décembre 2013. Il y aura donc 48 nouveaux spécialistes à recruter en vertu du Plan d'effectifs médicaux 2014 en spécialités pour la région.