Guillaume Lavoie est expert en politique, en administration municipale et en diplomatie internationale.
Guillaume Lavoie est expert en politique, en administration municipale et en diplomatie internationale.

La mairie de Saguenay, un défi sans égal au Québec

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
« Les 4 ans qui s’en viennent, à Saguenay, sont d’une extraordinaire importance. Le défi de gestion, de reprise en main, de réorganisation à Saguenay est sans égal à l’échelle du Québec.»

Expert en politique, en administration municipale et en diplomatie internationale, Guillaume Lavoie est catégorique. L’auteur et conférencier natif de la région estime que c’est à la Ville de Saguenay que les défis seront les plus importants en matière d’administration municipale parmi les municipalités comparables.

«Tous les indicateurs sont au rouge», image M. Lavoie.

Les prévisions sont en effet sombres en matière démographique et l’immensité du territoire fait pression sur les finances de la ville. Un étalement urbain qui a été payant sur le coup, mais dont les contribuables doivent aujourd’hui payer les frais, pointe Guillaume Lavoie.

« Lorsqu’on se compare, la population ne veut rien dire. La manière dont une ville est construite, ça change tout. Un des premiers critères pour comprendre la ville c’est le patrimoine bâti. Est-ce compact? Le drame de ville Saguenay c’est d’avoir poussé au maximum l’étalement urbain. »

M. Lavoie tient compte aussi du tissu socio-économique de la ville dans sa comparaison. La région, contrairement à d’autres, est reconnue pour sa dépendance à la grande entreprise.

« La Mauricie est la région qui ressemble le plus à Saguenay. Et la plus différente, c’est la Beauce. Celle-ci n’a pas pu compter sur la grande entreprise pour des emplois, il n’y a pas de grands cours d’eau pour les barrages. Les gens ont dû créer leur emploi en laçant eux-mêmes des entreprises. À Saguenay, on n’a pas encore développé de réflexe d’entrepreneuriat. En fait, c’est assez récent. En Mauricie, le virage PME a été entamé avant nous, parce qu’ils ont commencé à souffrir avant nous », compare M. Lavoie, qui a déjà été conseiller municipal de Montréal.

Malgré le portrait peu reluisant de Saguenay, les élus actuels et les prochains peuvent encore trouver des solutions innovantes pour éviter le pire, notamment des hausses de taxes démesurées.

« Il n’y a rien d’insurmontable. Mais la seule manière d’y arriver est de reconnaître le problème pour ainsi mieux y faire face », martèle Guillaume Lavoie.

C’est d’ailleurs sur ce point que l’expert insiste le plus. Avant de se concentrer sur les candidats en vue de la prochaine course à la mairie, les citoyens et les potentiels candidats ont le droit d’avoir un portrait clair de la situation et non seulement des prévisions budgétaires.

«Le pire débat, c’est lorsqu’on ne débat pas sur un constat partagé. Pour avoir des vues, des projets, il faut tous avoir une bonne compréhension de la ville, les faits, la dette, les engagements financiers de retraite », croit M. Lavoie, en parlant d’un document qui pourrait faire le bilan des 10 dernières années et un portrait des engagements financiers à respecter pour les 10 prochaines années.

À un an des prochaines élections municipales, peu des candidats ont confirmé leurs intentions pour briguer la mairie. L’actuelle mairesse, Josée Néron sera de la course. L’ancien député libéral de Dubuc, Serge Simard, a manifesté un intérêt. Est-ce qu’ils ont les compétences pour relever le défi? M. Lavoie refuse de se prononcer sur cette question. Son nom a également circulé au cours des dernières semaines comme candidat potentiel à la mairie de Saguenay. Il demeure à Montréal, mais il a toujours considéré Saguenay comme sa maison.

« D’entendre son nom pour diriger sa ville, ça me touche. Habiter la ville, c’est un concept physique, mais mental également et ça ne m’a jamais quitté. Ceci étant dit, ce n’est pas dans les plans. C’est un rôle que je vois avec beaucoup de révérence. Et les conditions actuelles ne mettent pas ça dans le champ du possible pour moi », répond M. Lavoie.