L'étudiante au doctorat en littérature, Raphaëlle Guillois, étudie le phénomène de mal-être présent dans la société québécoise au travers des personnages des romans contemporains.

La littérature pour expliquer le mal-être

PAGE UQAC / Grâce à son projet de recherche Difficulté d'être dans le roman québécois de l'extrême contemporain, l'étudiante au doctorat en littérature de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Raphaëlle Guillois, souhaite étudier le phénomène de mal-être qu'elle ressent dans la société actuelle.
«Il y a un phénomène social que je trouve vraiment intéressant dans la société aujourd'hui. C'est une espèce de sentiment que les gens ont de ne pas vivre assez, ou de ne pas vivre assez fort. Ils ont tout pour être heureux, mais ne le sont pas. Ils ont comme un sentiment de vide. C'est ça que je veux étudier. Je veux essayer de comprendre pourquoi c'est aussi présent aujourd'hui, et comment on peut y remédier», mentionne Mme Guillois.
Pour atteindre cet objectif, l'étudiante a sélectionné plusieurs romans québécois écrits entre 2000 et 2016 par de jeunes auteurs qui parlent du quotidien. Donc aucun roman fantastique ou d'horreur, par exemple. «J'étudie le phénomène à travers les personnages. L'être humain est représenté par les personnages. Alors je les regarde pour comprendre ce que l'on vit. Pour moi, la littérature c'est vraiment un moyen de mieux comprendre le monde qui nous entoure, les relations qu'on a et les sentiments qui nous habitent. Tout est représenté par le personnage», assure-t-elle.
Selon Raphaëlle Guillois, ce sentiment de mal-être est étudié dans plusieurs domaines des sciences humaines et sociales. Elle souhaitait donc l'aborder avec un angle différent afin de mieux le comprendre.
La jeune femme a entamé son doctorat en janvier 2015 et compte le terminer en 2018. Elle n'a pas encore commencé à rédiger sa thèse, puisqu'elle se prépare à passer son examen doctoral, une étape nécessaire avant l'écriture de son travail. 
« Je n'ai donc pas encore de résultats ou de solutions. J'ai des pistes de réflexion, mais présentement je me concentre sur la méthodologie. Je lis beaucoup également ! C'est surtout lorsque je vais commencer la rédaction que je vais faire mes découvertes, puisque c'est à ce moment qu'on fait des analyses approfondies », explique Mme Guillois.
Une affaire de passion
Pour ceux qui souhaiteraient se lancer dans un doctorat en littérature, l'étudiante mentionne qu'il faut être avant tout passionné. «Il faut trouver quelque chose qui nous passionne. C'est certain qu'on va avoir des moments de difficulté, de démotivation et qu'on va se poser plein de questions. En plus, il n'y a pas nécessairement d'emploi qui nous attend assurément à la fin du doctorat. Alors il faut vraiment avoir quelque chose à s'accrocher», raconte-t-elle.
Selon elle, c'est cette passion qui assure de ne pas abandonner en cours de route, puisqu'elle donne une motivation à terminer son projet.
Malgré tout, les programmes de littérature en valent la peine d'après elle, puisqu'ils permettent de développer plusieurs compétences et qualités personnelles. 
«Faire des études en lettres, ça apporte beaucoup personnellement. Ça aide à développer un esprit de synthèse, un esprit d'analyse, à maitriser la langue, les discours, les éléments rhétoriques, conclut Raphaëlle Guillois. Ça développe aussi les valeurs, la sensibilité et l'imagination. C'est super intéressant pour toutes ces raisons !»
La discipline devrait parler à tout le monde
La littérature est un discours de connaissances, au même titre que les sciences humaines et sociales. La différence est qu'il pose les questions autrement et peut donc amener de nouvelles réponses, croit fermement l'étudiante au doctorat en littérature à l'Université du Québec à Chicoutimi, Raphaëlle Guillois.
Pour elle, l'un des intérêts de ce domaine est le regard qu'elle permet de porter sur la société. Selon Raphaëlle Guillois, les différents textes et courants de pensée qu'on retrouve en littérature sont en effet le reflet des changements qu'on remarque dans la vie de tous les jours. C'est parce que les textes ne sont pas séparés du contexte dans lequel ils émergent qu'ils permettent ces analyses des sociétés.
«Pour moi, la littérature permet vraiment d'accéder aux phénomènes sociaux, à ce qu'on vit en tant qu'être humain. Un exemple très concret est la littérature jeunesse. Maintenant, les textes débordent de technologie. On s'est rendu compte que les jeunes ne se retrouvaient pas dans les personnages s'il n'y en a pas», explique-t-elle.
La littérature est donc, d'après Mme Guillois, en dialogue avec toutes les autres disciplines. «Ça n'a pas vraiment le choix, puisqu'elle émane de nous, de ce qu'on vit, de ce qu'on écrit. L'auteur doit bien prendre ses inspirations quelque part !», ajoute-t-elle.
Malgré tout, l'étudiante remarque que les personnes en arts et lettres doivent constamment expliquer les raisons qui les ont poussés à choisir ce domaine. 
«Dès que la fameuse question "qu'est-ce que tu fais dans la vie ?" survient, on doit s'attendre à devoir justifier notre programme. Personnellement, je suis toujours un peu gênée de dire que je fais un doctorat en littérature, parce que je sais que ça va être incompris par beaucoup de monde», assure Mme Guillois.
«C'est utile parce que c'est un discours de savoir. C'est sur que ça n'apportera pas un remède au cancer ou que manger et être en santé est plus important, mais ç'a sa place. Si la société n'a pas de culture, dont la littérature fait partie, où est-ce qu'on s'en va ? Qu'elle est notre identité ? Ce que nous sommes en tant qu'être humain passe par notre culture. Pour moi, c'est essentiel», conclut Raphaëlle Guillois.