Nicole Bouchard, rectrice de l’UQAC
Nicole Bouchard, rectrice de l’UQAC

La gestion autoritaire du conjoint de la rectrice de l'UQAC sous enquête

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Une nouvelle crise de leadership se profile à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Une enquête a été confiée à une firme externe afin de faire la lumière sur les problèmes de climat de travail au sein du programme de physiothérapie, lequel était dirigé il y a quelques semaines encore par Gilles Michaud, le conjoint de la rectrice Nicole Bouchard.

C’est la rectrice en personne qui a annoncé à la communauté il y a quelques jours que le professeur invité Gilles Michaud n’assumait plus la direction du programme de physiothérapie. Il a été officiellement placé dans un poste qui n’existe pas dans l’organigramme de l’UQAC en soutien à la démarche de planification stratégique lancée par la rectrice. Il agira donc en tant que personne ressource auprès des modules et des unités d’enseignement pour cet exercice.

Le Quotidien avait été informé, il y a une dizaine de mois, que le climat de travail se détériorait dramatiquement dans ce département mis en place dans le cadre d’une entente avec l’université McGill. Les différentes personnes consultées refusaient de témoigner à visage découvert, mais souhaitaient que l’affaire soit étalée au grand jour en raison des liens entre la rectrice et M. Michaud, et surtout de la difficulté d’obtenir l’écoute de la direction.

De façon générale, on reproche à Gilles Michaud la façon dont il communique avec les membres du personnel du programme de physiothérapie. Ses méthodes n’ont visiblement pas plu puisqu’une plainte officielle a été déposée auprès de la direction de l’UQAC. Le Syndicat des professeurs de l’université a confirmé avoir été contacté il y a un an par des membres en lien avec le climat de travail au sein du programme de physiothérapie.

« Quand les membres sont venus nous voir, nous les avons accompagnés dans leur démarche », a indiqué le président du syndicat, Gilles Imbeault. Le syndicat refuse d’intervenir directement dans le processus d’enquête et préfère attendre les conclusions des enquêteurs.

Une gestion autoritaire

De façon générale, il n’existe aucun lien d’autorité entre un directeur de programme et les professeurs ou autres employés dans un programme d’enseignement. Les décisions sont prises de façon collégiale en tenant compte des avis de tout le monde et des différentes priorités identifiées par le groupe.

À la limite, le président du syndicat indique que certaines personnes éprouvaient un certain malaise au sein du programme en raison de la situation personnelle de Gilles Michaud. Ces personnes ne savaient plus vraiment à qui confier les problèmes de fonctionnement du programme découlant du virage autoritaire qui s’est opéré sur une période de 24 à 36 mois.

Dans le présent cas, M. Michaud aurait voulu imposer une direction beaucoup plus autoritaire au sein du programme de physiothérapie. Il s’est heurté à une forme de résistance et le tout a dégénéré pour finalement créer un climat difficile au sein de l’équipe.

Selon la chronologie des événements, la plainte officielle a été déposée au service des ressources humaines de l’UQAC à la fin du mois de septembre. La direction de l’université a procédé à une nouvelle affectation de Gilles Michaud après la réception de la plainte et la décision de la secrétaire générale de l’UQAC de confier le mandat d’enquête à une firme privée.

La directrice des communications de l’UQAC, Marie-Karlynn Laflamme, a indiqué au Quotidien que l’établissement avait systématiquement recours à une firme externe pour des enquêtes de cette nature afin d’assurer une plus grande indépendance dans le processus. Dans le présent cas, l’UQAC soutient avoir agi rapidement à partir du moment où la plainte a été déposée.

Avant le dépôt de la plainte et son changement officiel d’affectation, Gilles Michaud, qui a toujours le statut de professeur invité, avait participé à des activités liées au processus de planification stratégique initié par la rectrice.

L’UQAC ne fera aucun commentaire en lien avec la situation qui prévaut au programme de physiothérapie en raison de la confidentialité des dossiers des membres du personnel et du processus d’enquête.

Gilles Michaud a été embauché au département de physiothérapie à titre de professionnel. Il est devenu professeur invité afin de remplir les conditions de mise en place du programme pour occuper la direction, puisque le professeur qui assume tout le volet académique doit consacrer une partie de son temps à la recherche.

Depuis 2015, le statut de professeur invité de Gilles Michaud a été renouvelé par une lettre d’entente avec le syndicat à la demande des collègues, mais la situation a changé depuis. Il serait surprenant, selon Gilles Imbeault, que ces derniers appuient une nouvelle demande pour accorder un autre contrat de professeur invité à Gilles Michaud.

Des décisions controversées

L’affaire a rapidement été récupérée par le noyau d’opposants à la rectrice Nicole Bouchard. Ces derniers classent la présente situation dans les décisions controversées de la direction de l’UQAC, au même titre que l’embauche par Alexandre Cloutier pour une période déterminée dans le temps d’un ex-attaché politique. Dans le présent cas, c’est la réaffectation d’un professeur invité qui ne fait plus du travail d’enseignement et de gestion de programme à un poste qui n’existe pas dans l’organigramme qui soulève les critiques.

Avant son embauche à l’UQAC, Gilles Michaud a été gestionnaire dans le réseau de la santé, notamment à l’hôpital de Jonquière. Des cadres de cet ancien établissement maintenant intégré au CIUSSS ont confirmé que Gilles Michaud était un gestionnaire compétent, qui ne faisait toutefois pas dans la diplomatie dans la mise en oeuvre de ses décisions. Il a fait un détour par l’hôpital de Shawinigan avant de revenir dans la région et d’être embauché comme professionnel au programme de physiothérapie de l’UQAC.