La formation professionnelle rouvre en mode distanciation sociale

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Avec des demi-classes et toutes les normes de distanciation sociale qui s’imposent, les Centres de formation professionnelle sont les premières institutions d’enseignement à ouvrir leurs portes, outre les écoles primaires, laissant présumer de quoi pourrait avoir l’air le modèle éducatif en cette période de pandémie.

Avec de nombreux plateaux de travail pratique, le Centre de formation professionnelle du Pays-des-Bleuet a dû réaménager les locaux et ses façons de travailler. « On a pu offrir des apprentissages à distance pendant les semaines du confinement, mais la théorie doit être rattachée à la pratique, dans la formation professionnelle », souligne Patrice Boivin, le directeur général.

Selon les directives du ministère de l’Éducation, le CFP est soumis aux directives de la santé publique émises par le CNESST pour les milieux de travail. Ainsi, le centre d’enseignement a dû mettre sur pied un plan de lutte à la COVID-19 pour rouvrir ses portes. Les étudiants et le personnel doivent respecter la norme de distanciation de deux mètres en tout temps. Si des apprentissages nécessitent une plus grande proximité, des masques, gants et lunettes (ou visières) devront être portés. « Heureusement, on avait prévu le coup un peu d’avance pour commander suffisamment d’équipement de protection », se félicite Patrice Boivin.

Lors des cours pratiques, les classes seront coupées en deux. Par exemple, on enverra seulement 6 des 12 étudiants en voirie forestière à la fois s’exercer en forêt. « Quand un protocole a été élaboré pour une industrie, comme c’est le cas en forêt, on suit les recommandations de la CNESST », explique ce dernier. Ainsi, un autobus de 24 personnes sera utilisé pour transporter le groupe de six étudiants. De plus, le camion sera désinfecté à chaque changement de conducteur. L’autre groupe de six étudiants ira en forêt une autre journée.

La même stratégie s’applique à tous les cours offerts en personne, mais lorsque c’est possible, comme c’est le cas avec les cours de secrétariat ou de comptabilité, les cours seront offerts à distance. Les stages reprendront également au fur et à mesure que les entreprises pourront rouvrir leurs portes.

Le programme de coiffure est toutefois limité, car il est impossible d’accueillir des clients en ce moment. « Les étudiants travaillent sur des perruques, mais ça impose certaines limites », ajoute Patrice Boivin.

Offrir les cours pratiques avec la moitié moins d’étudiants que d’habitude force le CFP à s’adapter, car la situation impose des coûts supplémentaires. « Ça nous force parfois à rallonger la formation pour accommoder tout le monde et il faut trouver les professeurs pour donner deux fois plus de cours sur le terrain », note le directeur général, ajoutant toutefois que le personnel a démontré beaucoup de flexibilité pour adapter le modèle pédagogique.

Ce dernier remarque cependant que du rattrapage devra être fait dans plusieurs cours, car les étudiants ont perdu au moins huit semaines de cours. « On ne veut pas que les employeurs disent que c’est un étudiant qui a été formé pendant la pandémie parce qu’il lui manque des acquis, dit-il. Imaginez ce qui pourrait arriver si un étudiant en mécanique automobile n’a pas pu compléter le module sur les freins ! »

La réouverture des CFP permet de réaliser l’importance de la formation professionnelle et son rôle névralgique pour relancer l’économie et subvenir aux besoins des Québécois, estime Patrice Boivin.