La présidente de la FIQ régionale, Julie Bouchard,  a plus ou moins apprécié les commentaires de la ministre responsable de la région, Andrée Laforest.
La présidente de la FIQ régionale, Julie Bouchard,  a plus ou moins apprécié les commentaires de la ministre responsable de la région, Andrée Laforest.

La FIQ presse le CIUSSS pour de l’aide de l’extérieur

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La FIQ du Saguenay-Lac-Saint-Jean demande à la direction du CIUSSS et au ministère de la Santé et des Services sociaux de mettre en oeuvre une stratégie incitative afin d’obtenir rapidement des renforts en infirmières et infirmières auxiliaires en provenance de régions où la situation le permet.

La présidente de la FIQ régionale, Julie Bouchard, s’attendait beaucoup plus de la visite du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, qui était de passage à Chicoutimi lundi. « Il aurait très bien pu nous faire le même message à Québec puisqu’il n’a rien dit pour régler les véritables problèmes que nous vivons en ce moment au CIUSSS », tranche la leader syndicale.

Julie Bouchard ne veut pas alarmer la population, mais considère que cet appel à l’aide est justifié. En point de presse mardi, le premier ministre du Québec a confirmé que la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean était celle qui vivait la situation la plus difficile au Québec avec encore 89 cas et 4 décès additionnels.

La catastrophe survenue au CHSLD de la Colline pendant la première vague, avec les décès et les impacts pour le personnel, se répète au même rythme au CHSLD Jacques-Cartier, selon la présidente de la FIQ. Au moment de l’entrevue qu’elle accordait au Quotidien, Julie Bouchard venait tout juste de s’entretenir avec une infirmière qui avait accumulé 80 heures de travail en cinq jours.

Il y a jusqu’à maintenant 90 cas dans ce CHSLD, dont 41 employés et 49 résidents, avec 10 décès.

« La situation est vraiment grave. Je ne sais pas si le CIUUSS a fait un rapport au ministre, mais quand vous avez des ruptures de services par manque de personnel, c’est parce qu’il n’y a plus de monde. On pensait que le ministre allait annoncer un plan spécial d’incitation pour permettre d’obtenir de l’aide de l’extérieur, mais il n’a pas vraiment voulu s’engager dans cette direction, si ce n’est que Québec n’est pas loin. »


« Ce n’est pas de la fierté que nous avons besoin en ce moment. Ce sont des bras en plus pour permettre de combler les quarts de travail. Il n’y a pas de COVID-19 et on ferme des départements à Dolbeau. Ils ne viendront pas nous aider et c’est aussi fragile à Roberval. »
Julie Bouchard

À la limite

La présidente de la FIQ espère que la direction du CIUSSS va faire ses devoirs adéquatement avant de passer à l’étape ultime pour forcer les déplacements de personnel vers les sites à risque comme Jacques-Cartier, le département D2 de l’hôpital de Chicoutimi et certains sites de l’hôpital d’Alma, comme il est possible de le faire en activant les arrêtés ministériels.

« Quand bien même ils vont vouloir forcer les gens à se rendre dans ces secteurs, ils ne pourront pas. Nous sommes partout à la limite. Il n’y a plus de marge de manoeuvre. Au printemps, nous avons réussi à faire face à de la Colline en fermant un département à l’hôpital de Chicoutimi, mais cette fois, cette marge de manoeuvre n’existe tout simplement pas. »

La présidente de la FIQ régionale n’a pas été plus tendre à l’endroit de la ministre régionale Andrée Laforest. Elle ne voit pas pourquoi la fierté régionale va permettre de passer à travers la COVID-19. « Ce n’est pas de la fierté que nous avons besoin en ce moment. Ce sont des bras en plus pour permettre de combler les quarts de travail. Il n’y a pas de COVID-19 et on ferme des départements à Dolbeau. Ils ne viendront pas nous aider et c’est aussi fragile à Roberval. »

Le président du syndicat FSSS-CSN qui regroupe les préposés aux bénéficiaires et le personnel technique du CIUSSS, Gaston Langevin, abonde sensiblement dans le même sens que sa collègue de la FIQ sur la problématique des ressources en raison des éclosions qui se multiplient. Certes, indique Gaston Langevin, le CIUSSS a embauché 200 préposés aux bénéficiaires, mais ces embauches ont à peine comblé la pénurie qui persistait pour cette catégorie d’emplois. Il faut compter sur le personnel retiré pour des raisons de sécurité en plus de ceux et celles qui sont en congé maladie.

« La visite du ministre de la Santé et des Services sociaux n’a pas bien passé auprès de nos membres. On nous laisse entendre sans le dire directement qu’il y a possiblement des problèmes avec le port des équipements. Les gens en ont assez de se faire dire qu’ils portent mal les équipements. Il peut y avoir à l’occasion un problème, mais personne ne veut attraper la maladie. Ça fait depuis le printemps que les gens travaillent avec ces équipements », a martelé Gaston Langevin.

Le CIUSSS a toutefois réussi à mettre en place une zone rouge de 7 lits à l’hôpital d’Alma. En quelques heures, six des sept lits ont été alloués à des personnes atteintes de la COVID-19. Il est toutefois important de préciser qu’advenant une détérioration de l’état de santé dans cette zone chaude, la personne sera transférée aux soins intensifs de l’hôpital de Chicoutimi.


« Les gens en ont assez de se faire dire qu’ils portent mal les équipements. Il peut y avoir à l’occasion un problème, mais personne ne veut attraper la maladie. Ça fait depuis le printemps que les gens travaillent avec ces équipements. »
Gaston Langevin

Situation critique partout

La situation de la main-d’œuvre est aussi difficile pour les résidences privées pour personnes âgées. Véronique Bouchard, du Groupe Desainay, qui possède la Villa des Sables, explique qu’il n’y a que trois agences dans la région. La résidence de Jonquière a maintenant 50 cas confirmés et a eu des difficultés à recruter du personnel.

« Le CIUSSS est en contact avec nous. Ils ont fait des recommandations pour nous aider à mieux contrôler l’éclosion et ont fourni des équipes spécialisées pour le contrôle des infections. Ce n’est pas facile puisque nous avons perdu nos deux gestionnaires pendant un certain temps », a expliqué au Quotidien Mme Bouchard, en confirmant qu’il y avait eu des décès.

Le CIUSSS a réalisé mardi une opération de dépistage dans cette résidence afin d’avoir une meilleure idée de la situation. Pendant ce temps, la Santé publique confirme des cas dans d’autres résidences privées pour aînés de la région, dans la MRC de Lac-Saint-Jean-Est.

 Système d’alerte déployé 

Dans un autre ordre d’idée, Le Quotidien a recueilli au cours des derniers jours deux événements reliés au système d’alerte de la Santé publique. Dans un premier cas, un homme a été contacté par la Santé publique. Il a été informé qu’il avait été en contact avec un cas confirmé de COVID-19 neuf jours plus tôt. Pendant cette période, il a poursuivi ses activités en plus d’exposer sa famille.

Le Quotidien a été informé d’un second cas du même genre où la personne a été contactée par la Santé publique 10 jours après avoir été en contact avec une personne contaminée.