La situation n'est pas de tout repos à l'intérieur de l'hôpital de Chicoutimi.
La situation n'est pas de tout repos à l'intérieur de l'hôpital de Chicoutimi.

La FIQ observe un effondrement du réseau de la santé

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Julie Bouchard, a tout bonnement l’impression que les hautes instances du ministère de la Santé et des Services sociaux ont les bras croisés pendant que le réseau régional de la santé s’effondre un peu plus chaque jour.

« Je ne regarde plus le nombre de cas quotidiens de COVID-19. Nous avons les yeux rivés sur l’augmentation des hospitalisations. Ce n’est pas compliqué, nous sommes au bout du rouleau. Il ne faudrait pas qu’une professionnelle en soin de plus soit infectée pour les soins intensifs COVID-19 », insiste la présidente qui comprend pourquoi le premier ministre Legault est préoccupé par la situation régionale.

Lors de son point de presse quotidien, il a demandé à la population régionale de donner un coup de barre. Julie Bouchard est sur la même longueur d’onde quant à l’obligation pour la population de faire des efforts additionnels pour freiner la propagation.

« On sait que les membres des familles des professionnels en soins sont conscients. Si les gens mettaient les pieds à l’hôpital en ce moment ou dans des sites comme le CHSLD Jacques-Cartier, ils comprendraient la gravité de la situation. On entend demander au CIUSSS de passer par le réseau scolaire pour faire parvenir des messages aux patients de faire encore plus attention avec les enfants puisqu’ils sont des vecteurs de transmission. Je sais que ce n’est pas facile, mais le réseau de la santé est très fragile », tranche Julie Bouchard.

Le CIUSSS avait bloqué 43 lits de soins COVID-19, incluant les soins intensifs COVID-19. Depuis mardi (ça peut changer rapidement), 47 des 53 lits sont occupés, dont 9 des 12 lits pour les soins intensifs en raison de l’augmentation quotidienne des hospitalisations. Julie Bouchard coupe court aux solutions de transférer des infirmières des autres départements. Il faut six semaines d’orientation à temps plein pour qu’une infirmière puisse travailler sécuritairement aux soins intensifs. Il est également hors de question d’avoir recours au personnel régulier des soins intensifs puisque nonobstant la COVID-19, l’hôpital de Chicoutimi doit aussi dispenser des soins à des personnes dont l’état de santé est précaire et qui nécessitent une grande attention.

« Notre rôle est de donner des soins sécuritaires et de qualité. C’est l’engagement que nous avons et en ce moment, ce n’est pas possible », reprend Julie Bouchard. Elle ne croit pas que le recours par le CIUSSS à l’arrêté ministériel qui permet à l’employeur d’imposer des quarts de travail de 12 heures la fin de semaine à partir de samedi prochain constitue une solution à cette situation. Au contraire, elle juge que cette décision ne va que jeter de l’huile sur le feu alors que ses membres n’ont pas nécessairement la souplesse de changer d’horaire de travail en raison de l’organisation familiale.


« On va se retrouver dans la situation où des familles vont devoir accepter qu’un proche soit transféré pour recevoir des soins à Québec et ne pourront le voir. C’est ce qui nous attend dans les prochaines heures s’il n’y a pas d’autre solution pour trouver des ressources. »
Julie Bouchard, FIQ

Du renfort toujours attendu

Pour le moment, la présidente de la FIQ régionale n’a aucune information lui permettant de croire que des renforts en quantité suffisante proviendront des autres régions du Québec. La situation n’est pas plus rose ailleurs, selon Julie Bouchard, et il est aussi difficile de trouver des ressources dans les hôpitaux de La Baie, Dolbeau-Mistassini et Roberval. Ces trois établissements sont déjà en situation déficitaire en situation normale, comme en témoigne la décision du CIUSSS d’ouvrir le service de gynécologie à temps partiel.

« On va se retrouver dans la situation où des familles vont devoir accepter qu’un proche soit transféré pour recevoir des soins à Québec et ne pourront le voir. C’est ce qui nous attend dans les prochaines heures s’il n’y a pas d’autre solution pour trouver des ressources. »

Dix des 101 nouveaux cas de la journée concernent des employés de l’hôpital de Chicoutimi, qui en compte 152 depuis le début de la seconde vague. Julie Bouchard ne peut expliquer les raisons pour lesquelles l’éclosion à l’hôpital est toujours si intense, mais elle évoque la grande fatigue du personnel et le stress de travailler en milieu COVID-19. « Les gens sont fatigués. Les journées sont longues avec le temps supplémentaire. Quand une personne est fatiguée, elle est plus vulnérable avec aussi un risque d’erreur. Et comme elles passent la journée dans un environnement avec une importante charge virale, elles finissent par se contaminer. Personne ne veut être malade. »


« Notre rôle est de donner des soins sécuritaires et de qualité. C’est l’engagement que nous avons et en ce moment, ce n’est pas possible. »
Julie Bouchard, FIQ

La présidente de la FIQ régionale considère que la gravité de la situation justifierait amplement que le ministère de l’Éducation, le ministère de la Santé et des Services sociaux ainsi que l’Ordre des infirmières entendent raison. Il serait possible selon la syndicaliste de suspendre les cours des finissantes de troisième année au collégial (39 uniquement au Cégep de Chicoutimi en soins infirmiers et 24 en inhalothérapie), afin de les intégrer dans les équipes de soins rapidement. Plusieurs d’entre elles ont travaillé comme externes ou préposées aux bénéficiaires, sans parler de celles qui ont déjà l’expérience des zones chaudes.

La propagation du virus dans les résidences privées pour personnes âgées risque d’accentuer la pression sur le réseau hospitalier dans les prochains jours. Les résidents infectés dans ces résidences font partie des groupes d’âge à risque de développer des formes plus sévères de la COVID-19 et donc de se retrouver dans les hôpitaux.

À titre d’exemple, le Domaine des aînés d’Alma (secteur Delisle) comptait à peine 5 cas le 11 novembre. Or, on y dénombre en ce moment 63 cas confirmés COVID-19 parmi les résidents. Tout comme à la Villa Goyette de La Baie avec 21 cas.

Éclosion maitrisée à Georges-Hébert

D’autre part, le CIUSSS semble avoir réussi à freiner l’éclosion au CHSLD Georges-Hébert de Jonquière, qui avait enregistré deux cas positifs chez les résidents. Selon Romane Le Gallou, porte-parole du CIUSSS, il a été possible de transférer rapidement dans la zone rouge du CHSLD Jacques-Cartier les deux résidents infectés.