Aucune décision n’a été prise quant à la démolition des installations qui font partie du paysage saguenéen depuis le début des années cinquante.

La fin de la chaufferie

La chaufferie de la rue Jacques-Cartier fermera ses portes au printemps 2019, pour des raisons de rentabilité. Les membres de La Centrale de chauffage SENC inc. de Chicoutimi, qui approvisionne en vapeur l’hôpital, le cégep, une partie de l’UQAC ainsi que les congrégations du Bon Conseil, des Antoniennes et des Augustines, en ont pris la décision lors de leur dernière assemblée générale.

Les membres en règle de l’organisme à but non lucratif sont le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, les congrégations du Bon Conseil et des Antoniennes ainsi que le cégep, la cathédrale et l’évêché (ces deux entités n’achètent plus de vapeur). Michel Maltais, qui représente le CIUSSS, où il occupe la fonction de directeur de la logistique et des services techniques, est président du conseil de l’OBNL.

La décision a été prise à l’unanimité et annoncée aux sept employés qui assurent le bon fonctionnement de ce système complexe comportant plusieurs kilomètres de canalisation ainsi que des tunnels reliant les immeubles à la centrale. « La volonté est unanime pour les membres puisque nos coûts de production de vapeur sont de beaucoup supérieurs à ce qu’il est possible d’avoir en ce moment dans le marché de la vapeur », explique l’ingénieur.

Du même souffle, a repris le président, les membres ont pris la décision de procéder à l’évaluation des coûts nécessaires pour doter chacun de ces immeubles de son propre système de production de vapeur en remplacement de la centrale. 

De façon plus précise, les clients de la centrale doivent payer 34 $ pour l’achat de chaque tranche de 1000 livres de vapeur (il s’agit de l’unité de mesure de ce type d’énergie). Normalement, en fonction des prix du gaz naturel, le juste prix pour la même quantité d’énergie est de l’ordre de 20 $. Il y a donc une différence de 14 $ qui, selon Michel Maltais, ne peut plus se justifier pour les organismes publics qui tentent par tous les moyens de diminuer les coûts d’énergie par différentes mesures.

Le problème ne réside pas dans la désuétude de la centrale ou même ses opérations, mais dans sa dimension et sa capacité de production de vapeur qui dépasse aujourd’hui de beaucoup les besoins des clients de 1951, année de mise en service du système de bouilloire.

« La centrale a déjà livré 140 millions de livres de vapeur par année à ses clients. Depuis, la demande ne cesse de diminuer avec le développement des programmes d’économie d’énergie comme celui réalisé au Cégep de Chicoutimi avec la géothermie. Nous sommes passés de 140 millions de livres de vapeur à 67 millions de livres cette année. Nos coûts fixes ne changent pas pour ce qui est de l’exploitation de la centrale et il est impossible de réaliser des économies de ce côté en raison des normes gouvernementales », explique Michel Maltais.

L’exploitation de bouilloires comme celle de la centrale est soumise à une réglementation très sévère en matière de sécurité. Ces équipements sont performants, mais nécessitent un niveau d’entretien et de surveillance très élevé en raison du risque qu’ils représentent puisque ce sont des « Presto » géants.

La centrale de Chicoutimi, en raison de sa capacité de production, doit être sous surveillance humaine permanente par des techniciens détenant le plus haut niveau de classification dans ce domaine. Michel Maltais rappelle que la main-d’œuvre n’est pas en cause et qu’il s’agit bien d’une question reliée à la capacité de la centrale par rapport à ses ventes d’énergie. 

Les gestionnaires de la centrale n’ont aucune marge de manœuvre pour tout le volet surveillance et entretien.

« Une volonté claire a été exprimée par les membres de l’organisme. Nous sommes maintenant à l’étape de la vérification des solutions pour chacun des clients et des coûts pour la solution de rechange. »

Interrogé à savoir si la grande cheminée qui fait partie du paysage saguenéen depuis l’époque de la construction du parc d’immeubles publics et privés au début des années 50 allait disparaître, Michel Maltais adopte la prudence. La démolition du complexe nécessitera des études techniques afin d’établir les coûts de la remise en état de ce site. Le terrain de la centrale a surtout accueilli des produits pétroliers et des résidus de bois, au fil des ans, en fonction du mode d’alimentation des brûleurs des bouilloires. Aujourd’hui, le système est alimenté au gaz naturel.

Selon l’ingénieur Michel Maltais, le problème ne réside pas dans la désuétude de la centrale ou même ses opérations, mais dans sa dimension et sa capacité de production de vapeur qui dépasse aujourd’hui de beaucoup les besoins des clients de 1951, année de mise en service du système de bouilloires.

L’hôpital de Chicoutimi, un bon exemple

L’exemple de l’hôpital de Chicoutimi permet de bien expliquer les enjeux de la fermeture de la Centrale de chauffage SENC inc. de Chicoutimi pour la remplacer par des systèmes dotés d’une plus petite quantité de production de vapeur adaptés aux besoins des clients.

Selon les chiffres fournis par l’ingénieur Michel Maltais, l’installation d’une centrale de production de vapeur pour l’immeuble de l’hôpital de Chicoutimi nécessitera des investissements qui pourraient atteindre le million de dollars. Un système de cette envergure permettrait de produire la vapeur nécessaire au coût de 20 $ par volume de 1000 livres, pour des économies de plus ou moins 14 $ par tranche de 1000 livres. Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean réaliserait une économie de 250 000 $ dès la première année d’installation.

« Dans notre projet, nous estimons avoir un retour sur l’investissement après les quatre ou cinq premières années. Il s’agit d’un projet plus qu’intéressant pour nous », reprend Michel Maltais.

Il souligne qu’en général, les projets d’économie d’énergie sont évalués en fonction d’un retour sur une période de 10 ans. Dans le contexte financier actuel, un retour sur l’investissement après quatre ans seulement devient une opportunité très intéressante.

Le problème de la chaufferie centrale risque de s’accentuer dans les prochaines années si aucune décision n’est prise. Chaque client va poursuivre ses projets d’économie d’énergie et diminuera pratiquement chaque année sa consommation de vapeur pour le chauffage alors que les coûts d’exploitation de la centrale vont augmenter.

Il y a eu le projet d’énergie géothermique du cégep et, avant la création du CIUSSS, l’hôpital de Chicoutimi avait lancé un vaste programme d’efficacité énergétique nécessitant des investissements de 9 M$ dans l’objectif de diminuer significativement sa facture.

Michel Maltais confirme que les systèmes les plus économiques en ce moment disponibles sur le marché sont alimentés au gaz naturel. La technologie est éprouvée et permet d’atteindre les objectifs rapidement. Les bouilloires alimentées à la biomasse forestière coûtent en général quatre fois plus cher que le système au gaz naturel. 

L’hôpital de Roberval a jadis fait l’expérimentation de la biomasse et le projet s’est révélé être une véritable catastrophe.