La fermeture d’une dizaine de services de garde donne des maux de tête aux parents de Roberval

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Plusieurs parents de Roberval et des alentours ont peine à trouver une garderie pour leurs enfants. Une dizaine de services de garde en milieu familial subventionnés ont fermé leurs portes au cours des derniers mois. Du jamais vu, admet la coordonnatrice du service pour le secteur de la MRC du Domaine-du-Roy, Nathalie Julien, également directrice adjointe au CPE La Culbute.

« Des places, on en a. Ce n’est pas ça le problème. Le problème, c’est qu’on n’a pas de candidats, de responsables pour les prendre, les opérer », constate Mme Julien.

Depuis plusieurs mois, des parents doivent rivaliser d’imagination pour trouver une solution de rechange. Près de 70 enfants se sont retrouvés sans garderie, et parfois, à 24 heures d’avis.

« On m’a appelé le dimanche soir pour m’aviser que la garderie fermait. Il fallait se débrouiller seul pour trouver une solution. Ce sont nos parents qui deviennent essoufflés de nous aider », raconte une mère de famille de Roberval, qui n’a toujours pas de place après des mois d’attente.

Selon les règles régissant les services de garde en milieu familial subventionné, les responsables doivent aviser tout changement dans un délai de 30 jours.

« Ç’a été difficile pour certains parents qui ont en effet appris à la dernière minute la fermeture de leur service de garde. Mais on n’a pas de pouvoir là-dessus. Ce sont des travailleuses autonomes. Il y a des règles, dont celle du 30 jours. C’est une question de respect envers les parents de le faire », exprime Mme Julien.

À court d’idée et de ressources, les parents doivent se tourner vers des gardiennes privées et souvent payées sous la table. « C’était ma seule option. Elle accepte de prendre mon enfant au noir, mais je ne peux pas déclarer et retirer des sommes du gouvernement pour la payer. Mais je suis rendue là », exprime la mère d’une petite fille.

« Et ça va même jusqu’à remettre en question mon projet d’avoir un autre enfant. Faire un autre enfant relève de l’insouciance », ajoute-t-elle.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer la fermeture de ces services de garde. La pandémie n’a certainement pas encouragé l’émergence de ce type d’établissements. Et la pénurie de main-d’oeuvre, qui frappe tous les secteurs, n’épargne pas la garde d’enfants.

« Autrefois, on voyait des responsables qui faisaient ce métier pendant 30 ans. Aujourd’hui, il y a des gens qui font ça pendant deux ou trois ans et arrêtent. Il y a aussi eu la COVID-19 qui n’est pas facile pour les établissements. Et il y a tellement d’emplois dans plusieurs domaines qu’elles choisissent d’aller ailleurs. Et les responsables sont aussi en négociations avec le gouvernement », rappelle Mme Julien.

Des Robervalois ont demandé une rencontre avec la députée caquiste Nancy Guillemette, afin de trouver des solutions rapides pour les parents sans service. Des lettres ont également été envoyées au ministre de la Famille par des mères et pères de la MRC du Domaine-du-Roy, au cours des dernières semaines.

Négociations

Les quelque 10 000 responsables de services de garde en milieu familial du Québec sont en négociations depuis plusieurs mois. Le salaire est au coeur du litige. Dans un sondage réalisé auprès des éducatrices en milieu familial et publié l’hiver dernier, avant la pandémie, près de 47 % des répondantes avaient manifesté le désir de changer de travail si le gouvernement ne bonifiait pas les salaires.

Selon les chiffres du syndicat, les responsables en services éducatifs en milieu familial (RSE) sont actuellement rémunérées sous le salaire minimum. Elles gagneraient l’équivalent de 12,42 $/h et la dernière offre du ministère aurait fait passer leur salaire à l’équivalent de 12,83 $/h. Les syndicats demandent un montant de 16,75 $/h, soit le même salaire qu’en CPE.

Ce salaire de moins de 13 $ de l’heure serait calculé en se basant sur un horaire de 50 heures semaine. Sur le site du ministère de la Famille, on peut lire qu’une responsable de service de garde reçoit près de 30 $ par enfant par jour, en plus du 7 $ sur les quelque 8 $ que les parents déboursent. Une responsable, qui ouvre sa garderie pendant 236 jours (avec 25 jours de congé subventionnés) et qui reçoit six enfants à la maison devrait recevoir un revenu de 50 000 $ (valeur de 2014). Mais selon l’ADIM, le gouvernement oublie d’inclure les dépenses reliées à ce travail, dont la nourriture pour les enfants, les jeux, et maintenant les heures supplémentaires reliées à la désinfection des lieux.