La fermeture du CLSC de L’Anse-Saint-Jean dénoncée par 1600 personnes

Denis Villeneuve
Denis Villeneuve
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
La fermeture soudaine et inattendue du CLSC du Fjord à L’Anse-Saint-Jean, décrétée par le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, suscite le mécontentement et la colère au Bas-Saguenay, ce qui a incité plus d’une douzaine de professionnels de la santé à signer une lettre adressée au ministre de la Santé Christian Dubé, à sa collègue Andrée Laforest et au député de Dubuc, François Tremblay, de même qu’aux élus locaux.

Ces professionnels réclament des politiciens qu’ils se positionnent afin de remédier à la situation et de trouver des solutions durables afin de protéger la communauté du Bas-Saguenay. Le texte de la lettre a fait l’objet d’une pétition en ligne signée par plus de 1600 citoyens.

Le document en date du 19 octobre s’adresse également aux maires de Petit-Saguenay, L’Anse-Saint-Jean, Rivière-Éternité et Saint-Félix-d’Otis, fait état de la vive inquiétude de ces professionnels face à la décision de procéder à la fermeture, dite temporaire, du CLSC du Fjord. « Nous sommes d’avis que la cessation de cette prestation de service peut entraîner des conséquences néfastes et irrémédiables sur la santé de la population », y lit-on.

On y rappelle que la mission d’un centre local de services communautaires (CLSC) est d’offrir en première ligne des services de santé et des services sociaux courants à la population du territoire qu’il dessert, ainsi que des services de nature préventive ou curative, de réadaptation ou de réinsertion, ainsi que des activités de santé publique.

Selon les signataires, la population desservie par le CLSC se situe sur un vaste territoire en région éloignée, ce qui fait en sorte que certains résidants devront faire plus d’une centaine de kilomètres pour obtenir des soins sur une base quotidienne ou hebdomadaire.

Les conditions hivernales rigoureuses et la distance significative à couvrir vers l’hôpital de La Baie pour une grande proportion de personnes âgées, patients atteints de maladies chroniques et d’enfants habitant sur le territoire et nécessitant des soins quotidiens ou hebdomadaires constituent un obstacle et un frein pour une clientèle particulière.

Selon eux, « la non-prestation de services pourrait avoir des conséquences graves sur leur état de santé sans compter que la population devra se déplacer sur le territoire alors que nous sommes en pleine pandémie et que la restriction de la mobilité s’inscrit dans la stratégie d’atténuation de la propagation de la COVID-19 ».

Ils ajoutent que le choix de fermer le CLSC est contraire aux recommandations de la Santé publique du Québec. « Nous nous interrogeons fortement sur l’aspect temporaire de la fermeture. Depuis sept ans, l’offre de service en heures du CLSC du Fjord n’a cessé de diminuer et nous souhaitons obtenir des assurances concernant la continuité future de l’offre de service du CLSC du Fjord une fois la présente situation résolue ainsi que le rétablissement des services perdus au cours des dernières années », y lit-on.

Selon les signataires, le CLSC du Fjord doit être considéré officiellement comme étant un point de service prioritaire par le CIUSSS puisque la prestation de soins de santé de proximité aux citoyens est au coeur et va de pair avec la vitalité de la région.

Ils concluent en sollicitant l’appui des élus et souhaitent que ces derniers prennent des actions concrètes afin de remédier à cette situation.

Le document est signé par les docteurs Michelle Dumais et Steve Mawn, médecins de famille ; Dre Marie Lévesque, dentiste ; Marie-Pier Breton, pharmacienne ; Geneviève Goudreault, acupunctrice ; Noelly Desbiens, infirmière ; Maryse Dubreuil, physiothérapeute ; Dre Lydia Bussieres, chiropraticienne, et Donald Tremblay, paramédic.

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FRANÇOIS TREMBLAY PROMET UNE SOLUTION D'ICI VENDREDI

Le député caquiste de Dubuc, François Tremblay, croit qu’il sera possible de régler le problème de pénurie de main-d’oeuvre du CLSC du Fjord d’ici vendredi en lançant un appel à des ressources externes afin de combler un poste d’infirmière clinicienne.

Depuis l’annonce de la fermeture du CLSC, M. Tremblay avoue qu’il a été interpellé par les citoyens, les maires du Bas-Saguenay et le préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay, tous inquiets de voir l’établissement ne jamais rouvrir. « J’ai vu passer la pétition. De vendredi à dimanche, plus de 1000 citoyens ont signé le document. Ce matin (lundi), j’ai reçu la lettre des professionnels du Bas-Saguenay. Ça crée un rapport de force pour la continuité du service », affirme le député.

Il précise que la fermeture d’un CLSC en milieu rural est susceptible d’avoir une incidence sur la vitalité économique du milieu qui voit ainsi sa population aller se faire soigner dans la ville voisine, ce qui est susceptible de créer des pertes au plan commercial.

M. Tremblay affirme avoir discuté du dossier avec la ministre responsable de la région, Andrée Laforest, afin de tenter de recruter de nouvelles ressources infirmières. « Le CIUSSS me confirme qu’il aurait besoin de 200 ressources actuellement. Il est fort possible qu’on lance dans les prochains jours un appel pour combler les besoins. On a des ressources ciblées. Ma première priorité est de combler les besoins au Bas-Saguenay. »

Selon le scénario envisagé, il est question de recruter ou de dégager une infirmière clinicienne à temps partiel, ce qui permettrait d’offrir des services adéquats et de combler les besoins du Bas-Saguenay au moins jusqu’en janvier prochain. « On est à quelques jours de trouver une solution. On ne veut pas qu’il n’y ait jamais de rupture de services. »

Le député reconnaît que le contexte actuel est plutôt au négatif et que la population vit du stress, y compris au Bas-Saguenay, de sorte qu’une nouvelle de fermeture du CLSC ne fait que s’ajouter à la pile. 

« On s’engage à maintenir le climat social et il n’est pas question de pénaliser le milieu rural. Avec les maires, on a fait du bon travail. C’est notre rôle de lever un drapeau. On est en milieu rural et les gens ont besoin de services », conclut-il.

François Tremblay, député de Dubuc

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LE MAIRE DE PETIT-SAGUENAY APPUIE LA DÉMARCHE

La démarche des professionnels de la santé du Bas-Saguenay et de la population reçoit l’appui du maire de Petit-Saguenay, Philôme La France, qui s’interroge sur les efforts déployés par le CIUSSS pour trouver une solution réelle à la situation.

En entrevue, M. La France affirme être en contact avec le bureau du député de Dubuc, François Tremblay, afin qu’un portrait global de la situation soit dressé. Le maire affirme que des solutions présentées par des employés n’ont pas été étudiées en profondeur tout simplement parce que le CIUSSS ne veut pas les envisager.

Selon lui, le Bas-Saguenay fait face depuis plusieurs années à une baisse de prestation de services en service social, en santé courante, et ce, parce que dans le cadre de la réforme Barrette, une partie des services a été confiée au groupe de médecine familiale (GMF) de La Baie, le tout assaisonné d’un refinancement. 

« On a moins de service au niveau du travail social et on assiste présentement à une réorganisation des services à domicile pour les personnes âgées. On craint une autre réduction d’heures, comparativement à ce qu’il existait auparavant », a fait valoir Philôme La France.

Le maire de Petit-Saguenay, Philôme La France.