Peu importe la saison, le trappeur et sa conjointe, Carine Valin, vont souvent en forêt
Peu importe la saison, le trappeur et sa conjointe, Carine Valin, vont souvent en forêt

La faune après un incendie : le récit d’un trappeur

En 2005, un feu a ravagé le territoire de trappe de Jean-Pierre Verreault. Quinze ans plus tard, les arbres et les animaux sont de retour. Mais comment est-ce que la faune s’adapte après un feu comme celui qui a brûlé au nord du Lac-Saint-Jean cet été ? Réponses.

Jean-Pierre Verreault est un Ilnu de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean. Il a passé son enfance à trapper et à chasser le long de la rivière Mistassini avec ses parents. « On montait dans le bois quelques semaines avec mon père. On tendait des pièges pour attraper du castor, de la martre, du vison », dit le trappeur.

Ses parents lui ont tout appris. En les regardant faire, celui qui est aujourd’hui âgé de 54 ans est devenu trappeur. 

Ses parents vivaient dans le bois pendant de longues périodes. Quand il était enfant, la famille dormait dans une tente de prospecteur, avant que son père construise un chalet en bois rond. 

À 16 ans, Jean-Pierre Verreault prend une grande décision : il ira passer un an dans le bois avec son père. « C’était la meilleure période. Il n’y avait pas autant de gens dans la forêt qu’aujourd’hui. Il y avait beaucoup d’animaux. »

Il se rappelle avoir chassé son premier orignal sur la neige, au printemps. Comme l’animal s’enfonce dans la neige durcie, les chasseurs peuvent le poursuivre et l’attraper plus facilement. Il se souvient aussi des journées passées à visiter les pièges avant de revenir au campement apprêter les peaux.

Avec le temps, la trappe est devenue une activité de moins en moins payante. Jean-Pierre Verreault trappe surtout pour la viande.

Jean-Pierre et ses parents parlent le nehlueun, la langue des Ilnus de Mashteuiatsh. « Les noms des  bêtes, des choses; tout ça était nommé en ilnu », raconte le chasseur. 

La famille vend ses peaux à la Compagnie de la Baie d’Hudson jusqu’au tournant des années 2000, où elle commence à faire affaire avec un encan international, en Ontario. Avec les années, la trappe devient une activité de moins en moins payante. « Tu ne couvres même pas tes dépenses », explique M. Verreault. 

Si une peau de lynx pouvait se vendre jusqu’à 1000 $ il y a trente ans, elle ne vaut que 40 $ en 2020.

En 2005, un grand feu fait rage près de la rivière Mistassini. Au moment où le brasier s’enflamme, Jean-Pierre Verreault est dans la forêt. Il sort rapidement du bois. « Je suivais l’évolution pendant la semaine. Je voyais que le feu grossissait tout le temps. »

L’incendie brûle de la mi-juin jusqu’à la fin du mois. En juillet, le chasseur est de retour sur son territoire. Déjà, des plantes recommencent à pousser un peu partout, mais les animaux ont quitté la forêt. « Après un feu comme celui de Chute-des-Passes, il n’y a plus beaucoup d’animaux dans le bois », estime Jean-Pierre Verreault.

Les premiers à revenir sont les orignaux. Arrive ensuite le petit gibier, comme les perdrix, les martres et les castors. « Quand les petits animaux sont là, tu vois arriver les lynx, les renards, les ours , ajoute le trappeur. Les premières années, les animaux ne restent pas. Ils sont de passage parce qu’il n’y a pas assez de végétation. »

Il faut attendre deux ou trois ans avant que la faune s’installe à nouveau.

Le territoire de trappe de Jean-Pierre Verreault s’étend le long de la rivière Mistassini.

Avant que tout soit rentré dans l’ordre, il faut laisser passer « au moins 15 ans », croit Jean-Pierre Verreault. « Depuis quelques années, le gibier commence vraiment à être bon sur mon territoire. »

Pour ce qui est de la pêche, les feux n’affectent pas tellement les poissons, selon le trappeur. Après un incendie, il est possible de taquiner la truite ou le doré comme avant. 

Jean-Pierre Verreault continue de trapper et de chasser. Il a transmis cette passion à ses trois fils. « Ma place est en forêt. C’est là que j’ai passé ma vie », termine-t-il.