Ce montage présente André Gauthier avant son arrestation en 2015 et après sa première détention à Dubaï, vers 2017.

La famille d’un Québécois emprisonné au Moyen-Orient réclame son rapatriement

La famille du Baieriverain d’origine André Gauthier et le député de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martel, réclament du gouvernement canadien le rapatriement d’urgence de l’homme d’affaires de 65 ans, qui est emprisonné au Moyen-Orient, un « calvaire » qui dure depuis plus de trois ans.

Détenu en Oman, André Gauthier pourrait être extradé aux Émirats arabes unis d’ici vendredi, où sa sécurité serait menacée, selon son avocate, Radha Stirling. Le pays le tient responsable d’une fraude d’environ 30 millions de dollars, alors qu’il aurait plutôt tenté de recouvrer l’argent des investisseurs de la firme Gold AE après avoir constaté les pertes.

Dimanche, son fils, Alexis Gauthier, a également interpellé le sultan d’Oman, Qaboos bin Said Al Said, afin qu’il intervienne. « Nous sommes effrayés, épuisés et déchirés après des années pour essayer de libérer mon père de la persécution qu’il a subie aux Émirats arabes unis », a écrit le citoyen de Québec. Sa fille de 17 mois n’a toujours pas rencontré son grand-père.

« André Gauthier a une bonne réputation et est bien connu dans le milieu des mines. C’est la responsabilité du Canada de faire tout son possible pour le ramener », affirme en entrevue téléphonique le député Richard Martel. Son équipe et lui travaillent sur ce cas depuis mars, moment où des membres de la famille sont venus le rencontrer à son bureau. Ils sont en contact avec le cabinet de la ministre fédérale des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

« On veut que le Canada prenne les mesures nécessaires pour ramener mon père immédiatement, au nom de la justice et du gros bon sens », soutient Alexis Gauthier.


« Nous sommes effrayés, épuisés et déchirés après des années pour essayer de libérer mon père de la persécution qu’il a subie aux Émirats arabes unis. »
Alexis Gauthier

Fraude

André Gauthier s’est associé à Gold AE en 2013. Le projet semblait alors prometteur et bénéficiait du soutien royal. 

« Rapidement, André a commencé à remarquer des signes d’irrégularités chez la direction. L’actionnaire majoritaire lui a refusé d’examiner les comptes et se montrait évasif sur les questions de finances », relate, par voie de communiqué, l’avocate basée à Londres.

M. Gauthier a mené son enquête et a découvert qu’il manquait près de 30 M$. Il a alerté le président de la compagnie, qui a convoqué une assemblée d’actionnaires. Les dirigeants et les actionnaires majoritaires ont quitté le pays avant qu’elle ait lieu. Ceux-ci auraient transféré l’argent pour leur usage personnel dans des comptes en Suisse, en Jordanie, en Turquie et en Arabie saoudite.

« Mon père est un homme loyal, très solidaire, poursuit Alexis Gauthier. C’était son rêve de travailler à l’étranger et il a eu de belles opportunités. Son métier, c’est d’aller chercher des investisseurs. Il croyait en ce projet, et c’est ça qu’il a fait. Il a attiré des gens qu’il connaissait bien. Quand il a découvert la fraude, il se sentait redevable envers eux et il est resté pour minimiser les dommages. »

En décembre 2015, André Gauthier a été arrêté par les autorités à Dubaï en raison de plaintes de plusieurs clients de la compagnie. Il a été emprisonné pendant un an et demi. 

Il a été relâché, mais sans son passeport. Il s’est rendu en Oman, le pays voisin, pour obtenir des documents de voyage d’urgence pour rentrer au Canada, mais il a été appréhendé à l’aéroport. Il risque maintenant l’extradition.

« Mon père n’est pas au meilleur de sa forme. Il fait de la haute pression, et tout ce stress n’aide pas. Ç’a été très compliqué pour qu’il ait accès à ses médicaments. Il va faire face à de lourdes conséquences s’il retourne aux Émirats arabes unis », déplore Alexis Gauthier, qui a de brefs contacts avec son père une fois par semaine.

Par courriel, Affaires mondiales Canada se dit « au courant qu’un citoyen canadien est détenu à Oman ». Très peu de commentaires ont été partagés en raison de la Loi sur la protection des renseignements personnels. 

« Les fonctionnaires du gouvernement du Canada suivent de près le dossier, et des services consulaires sont fournis au citoyen canadien et à sa famille au Canada. Pamela Goldsmith-Jones, la secrétaire parlementaire, travaille activement sur ce dossier et l’a soulevé directement avec des représentants du gouvernement d’Oman », écrit la porte-parole, Amy Mills, dimanche.

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UN PIONNIER DU DÉVELOPPEMENT MINIER

Ancien professeur d’André Gauthier à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Jayanta Guha s’inquiète pour celui qu’il décrit comme un « pionnier québécois » dans le développement minier au Pérou et qui œuvrait en se souciant des populations locales. 

« Grâce à son travail, les géologues québécois étaient très respectés. Il est quelqu’un de très intègre », assure M. Guha, dans une lettre transmise au Quotidien. Il mentionne aussi une percée importante d’André Gauthier comme entrepreneur en Chine. 

Le professeur émérite s’indigne de la « justice travestie » appliquée par les autorités à Dubaï. Selon lui, il faut « souligner les dangers auxquels nos entrepreneurs doivent faire face dans les pays dirigés par des autocrates ». Il encourage les gouvernements canadien et québécois à mieux protéger les gens d’affaires qui « suivront la piste de la globalisation », comme M. Gauthier, qui « ouvrait les chemins pour des professionnels québécois pour rayonner dans l’international ».