Julie Bouchard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) au Saguenay-Lac-Saint-Jean
Julie Bouchard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) au Saguenay-Lac-Saint-Jean

La disponibilité du matériel de protection inquiète le personnel soignant

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Les réponses du premier ministre du Québec sur la disponibilité du matériel de protection pour le personnel soignant ne sont pas suffisantes pour freiner l’inquiétude grandissante dans les centres au sein du personnel hospitalier du Québec, alors que la courbe de croissance du nombre de personnes infectées fait des bonds importants chaque jour.

«Si le ministère de la Santé et des Services sociaux sait que le matériel de protection comme les masques N95 n’est pas disponible en quantité suffisante, qu’il le dise et qu’on adopte immédiatement des mesures pour économiser ces équipements. La ministre de la Santé dit à chaque jour qu’elle a l’inventaire du matériel pour chaque centre; elle est donc en mesure de répondre à cette question de nos membres», affirme la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Julie Bouchard.

Depuis le début de la pandémie, les syndicats du secteur de la santé font preuve d’une grande discrétion quant à la gestion de la crise par le gouvernement du Québec. Mais la question du matériel de sécurité va devenir, selon Julie Bouchard, une préoccupation qu’il sera impossible de taire ou de dissimuler. Ce n’est pas quand les cas vont se multiplier et se présenter dans les centres hospitaliers qu’il sera temps, selon elle, de prendre des mesures.

«On pose des questions au CIUSSS et ils ne sont pas en mesure de nous répondre. On sent que les informations sont contrôlées par le ministère. Notre personnel n’est pas informé de ce qu’il y a dans les entrepôts. On ne sait pas non plus de combien de masques nous aurons besoin par jour pour traiter les cas de coronavirus. Il doit y avoir moyen d’avoir au moins les chiffres des besoins en situation normale afin d’être en mesure de prévoir comment il en faudra de plus! On sait que les soignants de l’hôpital Notre-Dame ont dépensé 50 masques pour traiter un cas pendant 12 heures. Est-ce que c’est la norme?», interroge Julie Bouchard.

Elle ne voudrait pas que cette politique du ministère de ne pas agir avec transparence à l’endroit de ceux et celles qui vont s’exposer directement à la pandémie dans les services de soins intensifs, les urgences et les unités de soins, pousse certains à tout simplement démissionner. «C’est beau de donner des soins et les gens veulent le faire. Mais ils ont aussi à cœur de protéger leur famille quand ils retournent à la maison et les équipements de protection font partie de cette assurance.»

Julie Bouchard a des entretiens avec les autres organisations syndicales, dont les membres seront aux premières loges de la pandémie. Elle affirme que le même son de cloche émane des autres catégories d’employés et que malheureusement, les dirigeants syndicaux ne sont pas en mesure de rassurer les membres puisqu’ils n’ont aucune autre information que celles transmises quotidiennement par le premier ministre à l’effet que le matériel était disponible pour quelques semaines et qu’il y avait des commandes auprès des fournisseurs et des discussions avec le gouvernement fédéral.

inquiétude grandissante

La dirigeante du plus important syndicat du CIUSSS affirme qu’elle a déjà commencé à recevoir des informations qui traduisent bien l’inquiétude des membres. Certains ont soulevé au syndicat que des professionnels de la santé ne se gênaient pas pour utiliser du matériel de protection sans trop de restriction. Elle invite la Direction des services professionnels du CIUSSS, qui encadre le travail des médecins, à faire son travail et informer ses membres de la situation.

En plus de l’équipement, la FIQ émet des réserves quant à la lenteur avec laquelle le ministère établit les protocoles de travail pour tout le secteur des services à domicile. La présidente régionale affirme qu’il faut effectivement protéger le personnel qui se rend dans les maisons, mais qu’il faut aussi éviter que le professionnel de la santé devienne un vecteur de propagation chez les personnes âgées, alors qu’il effectuera six à sept visites par jour.

Le Quotidien a soumis la question au CIUSSS mercredi. Le service des communications assure que les établissements ont tout le matériel de protection nécessaire pour faire face aux besoins.