Le projet retenu par la Fabrique Saint-Philippe consisterait en la construction d'une nouvelle aile de la Résidence Saint-Philippe, située tout juste à côté.

La démolition de l'église Saint-Philippe recommandée

La Fabrique Saint-Philippe d'Arvida recommande aux paroissiens d'avaliser la vente de leur église pour qu'elle soit démolie et fasse place à une nouvelle aile de la Résidence Saint-Philippe. La décision finale serait prise par l'Évêché de Chicoutimi.
C'est ce qui ressort d'une conférence de presse tenue jeudi matin au sous-sol de l'église. Elle est intervenue au lendemain d'une rencontre avec une centaine de paroissiens qui ont convenu de tenir le vote lors d'une autre assemblée qui aura lieu le mercredi 3 mai à 18 h 30 au même endroit.
« L'évêque nous demande 60 %, mais à 55 % on va peut-être débattre un peu avec l'Évêché », a lancé le président de la fabrique, René Lapointe, en entrevue avec Le Quotidien.
Les membres de la fabrique ont commencé à étudier plusieurs options, au début de 2016. « Les espoirs qu'on avait au début de 2016 se sont amenuisés dans les 14-15 derniers mois », a raconté le président de la fabrique, René Lapointe. 
L'église Saint-Philippe a été construite en 1964 et est initialement demeurée ouverte jusqu'en 1971, faisant suite à une longue bataille judiciaire. Le dôme a été retiré et l'église a été rouverte en 1986. « Puisqu'elle a été classifiée comme reconstruite en 1986, elle ne peut être considérée au niveau patrimonial et n'est donc éligible à aucune subvention de la part du Conseil du patrimoine religieux du Québec », a expliqué René Lapointe. Aujourd'hui, des travaux à la toiture sont urgents et nécessiteraient au minimum une somme oscillant entre 250 000 $ et 350 000 $. Le clocher mériterait également d'être retapé.
Selon René Lapointe, la fabrique a en banque 160 000 $. En 2016, les revenus ont été de 150 000 $, comparativement à 196 000 $ dix ans plus tôt. « Les gens qui nous donnent sont ceux qui disparaissent. On va perdre d'ici cinq ans 25 % des donateurs et 50 % d'ici 10 ans. On pense être capable d'opérer jusqu'à la fin de 2021. La fabrique ne peut plus attendre de n'avoir rien dans le compte de banque », a-t-il poursuivi.
C'est pourquoi un projet est proposé aux citoyens pour aller au-devant des coups.
Qui est propriétaire ?
Lors de la conférence de presse, il avait été expliqué aux journalistes que le terrain était la propriété de Rio Tinto, en raison de l'histoire d'Arvida. C'est ce qui avait été mentionné aux paroissiens mercredi soir. Or, une vérification faite par Le Quotidien auprès de l'entreprise a révélé que ce n'était pas le cas. « Le terrain de l'église ne nous appartient pas », a partagé la porte-parole de l'entreprise, Xuân-Lan Vu. Une vérification dans le Rôle d'évaluation de Saguenay a permis de constater que le propriétaire est bel et bien la Fabrique Saint-Philippe d'Arvida. Le bâtiment est évalué à 2,1 M $ et le terrain à 416 300 $. Selon René Lapointe, l'information serait parvenue de l'Évêché.
Lors de leur processus d'évaluation, la fabrique croyait que pour pouvoir céder l'église, il fallait que la mission de l'église soit conservée, et ce, pour que Rio Tinto autorise la cession des droits. Selon René Lapointe, cette exigence demeure valide, car elle sera tenue en compte par l'Évêché. Le rez-de-chaussée de l'aile d'une quarantaine d'unités serait réservé aux personnes aux prises avec des troubles cognitifs. 
Selon lui, ceci pourrait inciter l'Évêché à accepter le transfert, contrairement à un projet strictement commercial. Le changement de zonage devrait être approuvé par Saguenay également.
Impossible d'en garder une partie
Le directeur général du Groupe BeauQuartier qui est propriétaire de la Résidence Saint-Philippe, Michel Dallaire, aurait bien aimé intégrer une partie de l'église Saint-Philippe dans le projet, mais les normes de sécurité incendie ont rendu cette option impossible.
« Dans le projet initial, on voulait garder un tiers de la bâtisse. Mais en raison des normes incendie, on n'avait pas de marge à cause de la grandeur du terrain. Malheureusement, on ne peut pas garder une partie de l'église », a-t-il expliqué lorsque joint au téléphone par Le Quotidien.
Il n'a pas été possible de connaître le montant d'une éventuelle transaction. Cependant, la démolition, dont le coût est évalué au minimum à 275 000 $ par Michel Dallaire, serait aux frais du promoteur.
Une chapelle
Malgré la destruction de l'église, l'entreprise permettrait aux citoyens du quartier d'utiliser une petite chapelle pouvant accueillir une trentaine de personnes. « Mais on ne peut pas célébrer de baptême ou de mariage », a-t-il poursuivi. Des approches avec l'Évêché de Chicoutimi pourraient permettre d'élargir cette mission. Pour l'instant, deux messes ont lieu chaque semaine à l'église Saint-Philippe.
L'acceptabilité
Michel Dallaire accorde une grande importance à l'acceptabilité sociale du projet. Il veut que ce soit bien perçu dans le quartier, d'autant plus que, selon lui, environ 95 % des résidants sont des Arvidiens. Il ne veut pas être vu comme celui qui a causé la disparition de leur église. « Je porte attention à tout le côté de comment on va être perçu », a-t-il ajouté. Le directeur général se dit prêt à agir également pour ne pas se retrouver avec une église placardée et abandonnée, comme il est arrivé avec les églises Saint-Joachim et Fatima.
Le Groupe BeauQuartier possède cinq résidences dans la région, une à Québec et une à Sherbrooke. « Je travaille sur d'autres projets. Dans six mois, je vais peut-être passer à autre chose », a mentionné le DG, en parlant d'un projet possible du côté de Sherbrooke.
Carl Dufour ira avec le vote
Le conseiller municipal du district #6, Carl Dufour, se pliera à la décision des paroissiens de Saint-Philippe.
Il a assisté à la rencontre avec les paroissiens mercredi soir. « La Ville n'a pas vraiment de pouvoir sur la décision. Je vais suivre ce que les citoyens veulent », a indiqué le conseiller, qui aurait quand même souhaité voir plus d'une centaine de citoyens, pour une décision aussi importante.
Carl Dufour se désole du dossier de l'avenir du patrimoine religieux. « Les églises au Québec sont dans un état extrêmement précaire », s'est-il désolé, en mentionnant qu'une grande part des 5000 églises actuelles au Québec ne serait plus réservée pour le culte d'ici une dizaine d'années. Il désire éviter de se retrouver avec une église placardée.