La demande explose pour les producteurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean

« Est-ce qu’il y a un engouement pour l’achat local ? C’est clair ! » La directrice générale de la Table agroalimentaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Nancy Ouellet, est catégorique : la crise actuelle a fait exploser la demande chez les producteurs régionaux. Et selon elle, plusieurs de ces habitudes vont durer au-delà de la pandémie.

Mme Ouellet croit que deux éléments motivent les consommateurs. Le premier est la sécurité liée à la traçabilité des aliments et le second est la sécurité alimentaire. « Les gens ont peur d’en manquer, il faut réapprendre à s’approvisionner », explique-t-elle.

Mme Ouellet dit avoir senti « la folie » dès le départ avec la création du groupe Facebook Achat local Saguenay-Lac-Saint-Jean (voir encadré) qui regroupe près de 22 000 membres. Selon elle, 90 % des échanges sur la page touchent les produits alimentaires et quatre employés de la Table agroalimentaire la visitent régulièrement pour répondre aux questions, éduquer et démocratiser l’achat local.

Elle donne l’exemple des microbrasseries régionales. Sur la page, plusieurs consommateurs se questionnaient à savoir si elles offraient la livraison. Les employés de la Table ont précisé que la loi leur interdit, mais qu’ils peuvent se tourner vers les détaillants. Et, surtout, que les microbrasseries offrent le service à l’auto sans contact.

Une tendance provinciale

Quinze régions du Québec comptent sur des organismes de concertation pour les produits locaux et les responsables se parlent une fois par semaine. La directrice générale de la table régionale le confirme : c’est partout pareil.

« Toutes les tables connaissent une hausse de leur membership. Le besoin de consommer local est vraiment rehaussé. »

Nancy Ouellet est convaincue que plusieurs habitudes vont rester, car « une fois commencé, c’est facile de rester », assure-t-elle.

La crise a évidemment poussé les gens à aller plus vite dans le changement de leurs habitudes en les « confrontant ».

Si vous aviez l’intention de recevoir des paniers de légumes bios chaque semaine, pendant l’été, faites vite! En effet, l’engouement entourant l’achat local a fait en sorte que la quasi-totalité des paniers disponibles a été écoulée en 72 heures, comparativement à quelques semaines en temps normal.

« Adapter sa façon de consommer, c’est une habitude à plus long terme. La crise met l’accélérateur sur les besoins des gens et ça les pousse à aller plus vite. »

Elle prévient toutefois les gens qui veulent faire leur part et consommer régional : il faut augmenter ses connaissances en matière d’offre et suivre les entreprises pour être en mesure de se procurer les produits.

« Si tu veux consommer de façon locale, tu dois t’orienter vers ce qui est disponible, orienter tes recettes », précise Mme Ouellet, ajoutant que si tu apprécies ce que tu manges, tu vas comprendre pourquoi c’est un peu plus cher.

« Les gens ressentent la plus-value. C’est frais, de qualité. Si tu goûtes à une bonne vinaigrette régionale, tu n’auras pas le goût d’avoir une marque commerciale la semaine suivante », illustre-t-elle.

Paniers bios

Si vous aviez l’intention de recevoir des paniers de légumes bios chaque semaine, pendant l’été, faites vite ! En effet, l’engouement entourant l’achat local a fait en sorte que la quasi-totalité des paniers disponibles a été écoulée en 72 heures, comparativement à quelques semaines en temps normal.

« Plusieurs producteurs affichent déjà complet. Il faut appeler et faire des recherches pour en trouver. Certains ajustent même leurs récoltes pour répondre à la demande ! », explique Mme Ouellet.

Une autre preuve de l’engouement : les chocolats de Pâques dans les chocolateries régionales. « Les boutiques se faisaient vider. Nous avons vu de nouvelles façons de s’approprier », dit-elle, citant également l’exemple de la Boulangerie Chicoutimi-Nord, qui offre la livraison de trois différents paniers de pain, viennoiseries, etc.

« Les entreprises gagnantes sont celles qui se sont adaptées », précise Mme Ouellet, en faisant référence à la vente en ligne via un site Internet ou les réseaux sociaux.

Au cours des dernières semaines, l’achalandage a triplé sur le répertoire de la Zone boréale.

« Les gens font des recherches, veulent connaître les entreprises et les producteurs », se réjouit Mme Ouellet.

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21 500 MEMBRES

Le groupe Facebook Achat local Saguenay-Lac-Saint-Jean, créé le 22 mars dernier, a été pris d’assaut par les internautes. Au total, après un mois, quelque 21 500 abonnés se sont joints à la page. 

Le groupe a été créé par les bureaux des députés de la région, soit les caquistes Andrée Laforest, François Tremblay, Eric Girard et Nancy Guillemette, et le péquiste Sylvain Gaudreault. La page est gérée par les bureaux (Chicoutimi et Québec) de la ministre Laforest et elle a été créée pour « aider les commerçants à faire la promotion de leurs produits et services essentiels pendant la crise sanitaire de la COVID-19. Nous invitons les marchands à publier leurs différentes offres aux citoyens de notre région », peut-on lire dans la description du groupe.