Raphaël Champagne, propriétaire de la Boutique Hors-Circuits à Chicoutimi, a tenté de trouver des fournisseurs canadiens pour pallier les ruptures de stock. — Photo Le Progrès, Rocket Lavoie
Raphaël Champagne, propriétaire de la Boutique Hors-Circuits à Chicoutimi, a tenté de trouver des fournisseurs canadiens pour pallier les ruptures de stock. — Photo Le Progrès, Rocket Lavoie

La demande d'équipement de plein air excède l’offre

Vous aurez besoin d’un peu de chance si vous pensez à faire l’achat d’un vélo, d’une planche à pagaie ou d’une motomarine, cet été. Ou, du moins, vous devrez vous contenter de ce qui reste dans les magasins du Saguenay–Lac-Saint-Jean, car plusieurs modèles sont en rupture de stock. Et la situation est la même partout au Québec.

Centre de vélo de montagne de Saint-Félicien, on voit tout de suite l’engouement pour le sport. Par un beau mardi matin du début de juin, le stationnement est pratiquement complet, une situation que l’on ne voit habituellement que quelques jours pendant l’été. « On a connu une hausse de 30 % des abonnements de saison, avec maintenant 300 membres. Certains jours, on vend plus de 50 billets journaliers », souligne Martin Demers, président du Club Vélo2max, qui gère le centre en été.

Cet engouement se fait aussi sentir dans les boutiques de vélos du centre-ville de Saint-Félicien, alors que Sport Experts et Atelier 1 Cycles & Café sont en rupture de stock pour presque tous les types de vélos de moins de 5000 $. 

« Dès la fin mai, tout notre inventaire était parti, alors qu’on finit d’habitude d’écouler notre stock à la fin de l’été, note Youri Boutin, copropriétaire d’Atelier 1 Cycles & Café. Il nous reste seulement des vélos haut de gamme. »

Même son de cloche pour Julien Fillion, propriétaire du Sport Experts de Saint-Félicien. « Depuis le début juin, il ne reste plus de vélos pour monsieur et madame Tout-le-Monde », dit-il, soulignant qu’il reste tout de même des vélos pour enfants et des modèles spécialisés. 

Dès que les magasins ont pu rouvrir, les clients étaient présents pour se munir de jouets de plein air pour profiter de l’été au Québec, car les frontières sont toujours fermées et la plupart des gens profiteront des vacances localement. « On a vendu jusqu’à une douzaine de vélos par jour », ajoute Julien Fillion, qui a pu se réapprovisionner une fois pour répondre à la hausse de la demande. 

Mais il est maintenant presque impossible de recevoir de nouvelles livraisons, assure-t-il. « Certains manufacturiers essaient de devancer la production pour nous en fournir d’ici la fin de la saison », ajoute-t-il, heureux de cet essor après quelques mois de fermeture. 

Outre les vélos, tous les équipements de sports individuels ont été pris d’assaut par les Québécois. Ainsi, Julien Fillion a vendu une dizaine de planches à pagaie, ce printemps, alors qu’il n’en avait vendu que quatre en deux ans. « Des gens du Saguenay sont même venus en chercher à Saint-Félicien parce qu’il n’en restait plus nulle part dans la région », ajoute l’entrepreneur. 

Les kayaks sont aussi partis rapidement, et le nombre de demandes est si élevé que Julien Fillion compte investir davantage dans ce créneau au cours des prochaines années.

La situation est la même partout dans la région, alors que plusieurs modèles de vélos, de kayaks, de canots et de planches à pagaie sont aussi en rupture de stock à la Boutique Hors-Circuits à Chicoutimi. 

« L’approvisionnement est très difficile cette année, car la production a été arrêtée pendant plusieurs semaines, explique Raphaël Champagne, propriétaire. Pour les produits importés, il faut aussi patienter pour le dédouanement et la quarantaine du matériel. »

Ainsi, plusieurs produits ne sont pas disponibles en ce moment, mais l’entrepreneur a travaillé très fort pour trouver des fournisseurs canadiens qui ont encore du matériel. « On devrait recevoir une flotte de planches à pagaie et une quarantaine de kayaks cette semaine », se réjouit ce dernier. 

Les jouets à moteur aussi en vogue

Mathieu Tremblay, propriétaire du Centre du sport Lac-St-Jean, à Alma, estime que les ventes sont en hausse de près de 30 % par rapport à l’an dernier. 



« Il ne reste plus de motomarines, ni de petites motos ou de VTT pour enfants, dit-il. Et ça commence à être dur à trouver, des VTT.  »
Mathieu Tremblay

Normalement, il reste toujours des inventaires en stock et il est possible de se réapprovisionner à n’importe quel moment, mais la COVID-19 a réduit la capacité de production des manufacturiers de 50 %, explique l’entrepreneur, qui s’estime chanceux d’être un concessionnaire multimarque pour avoir accès à plus de modèles. 

Les ventes sont aussi en forte croissance chez Évolution X, à Saint-Prime, où elles ont été excellentes en mai et en juin pour les VTT, les véhicules côte à côte et les motos.

Tous les entrepreneurs interviewés estiment qu’ils se retrouvent avec un beau problème, alors que la demande excède l’offre. « On aurait aimé pouvoir en profiter encore plus, mais personne ne pouvait prévoir l’ampleur de la situation », note Julien Fillion, qui se demandait si les clients allaient être au rendez-vous à la réouverture.

Devinci assemble la moitié des vélos qu’elle conçoit au Saguenay; l’autre moitié, en Asie.

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DEVINCI PROFITE DE L'AVANTAGE LOCAL

Même si Devinci est en rupture de stock de plusieurs modèles de vélo, l’entreprise saguenéenne profite de la croissance des ventes et est en bonne position pour tirer avantage de la situation en produisant localement. 

« On sent vraiment un énorme engouement, au cours des dernières années, et la pandémie a créé encore plus de demande, parce que les gens vont faire plus de tourisme localement au lieu de voyager », souligne David Régnier-Bourque, directeur des ventes et du marketing. 

Ainsi, tous les vélos de route et vélos urbains Devinci ont été écoulés depuis la fin mai, plutôt qu’à la fin août, à l’habitude. Bien qu’il reste encore certains modèles de vélo de montagne, ils se font de plus en plus rares et tout devrait être écoulé en juillet.

Étant donné que les manufacturiers prévoient leur production une année à l’avance, il était impossible de modifier les commandes à si court terme, d’autant plus que plusieurs usines ont dû cesser leurs activités pendant plusieurs semaines. 

« En tant que manufacturier, on doit essayer de lire le marché, avec différents outils et tendances, explique David Régnier-Bourque. Cette année, c’était impossible de prévoir ce qui allait arriver et ça va être encore plus dur de prévoir ce qui va se passer l’an prochain parce qu’il y a eu un bris de tendance. »

Comment la clientèle réagira-t-elle après cette année exceptionnelle ? Qui continuera à faire du vélo ? Les débutants voudront-ils acheter un modèle plus haut de gamme ? Telles sont les questions auxquelles devront tenter de répondre Devinci et les autres manufacturiers pour les modèles 2021. « On va produire plus, mais on doit faire attention de ne pas surestimer le marché », ajoute le directeur des ventes.

N’empêche que Devinci a un avantage important en ce qui a trait au développement de produit, en étant le plus gros manufacturier de cadres de vélo en Amérique du Nord. 

« On a une belle flexibilité par rapport à nos concurrents, car chaque année, on décide quels modèles seront assemblés ici au Saguenay ou en Asie, note David Régnier-Bourque. On a une meilleure connaissance de toutes les étapes, parce qu’on est là-dedans tous les jours. »

De plus, les restrictions de voyage font en sorte que le développement de produits en Asie est plus complexe par les temps qui courent. 

Par exemple, différents modèles sont parfois délocalisés en Asie lorsqu’il y a de grosses commandes de vélos en libre-service. Ces jours-ci, Devinci a justement complété l’assemblage de 1850 vélos en libre-service qui seront livrés à Toronto, au cours des prochains jours. 

Avec cet ajout, on retrouvera désormais 6850 vélos conçus par Devinci dans la Ville Reine, dont 300 vélos électriques. Depuis le début de son partenariat avec PBSC, Devinci a fabriqué plus de 80 000 vélos libre-service, lesquels sont utilisés dans 35 villes, dont Montréal, Chicago, Londres, Melbourne, Rio de Janeiro, Monaco et Honolulu.