La mairesse de Saguenay, Josée Néron, le maire d’Alma, Marc Asselin, et les présidents des syndicats Unifor et Métallos, Alain Gagnon et Sylain Maltais, ont rencontré la presse, mercredi, à Ottawa, afin de forcer le gouvernement à apporter des modifications dans la mise en œuvre de l’ACÉUM et ainsi protéger l’industrie canadienne de l’aluminium.

La délégation régionale fait pression pour protéger l'aluminium

La délégation du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de passage à Ottawa mercredi, a sensibilisé la vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, sur l’importance de protéger l’aluminium dans le cadre de la mise en œuvre de l’entente Canada-États-Unis-Mexique (ACÉUM) afin de protéger les milliers d’emplois reliés à ce secteur industriel.

Au cours d’une entrevue accordée au Quotidien en fin d’après-midi, la mairesse de Saguenay, Josée Néron, a affirmé que les demandes logées au gouvernement du Québec concernant la protection de l’aluminium ont été de nouveau présentées à la vice-première ministre. Tout indique cependant qu’il sera impossible d’accorder pour l’industrie de l’aluminium les mêmes garanties que celles pour l’acier dans le texte officiel.

« Pour ce qui est de l’acier, les trois pays avaient avantage à ce qu’il y ait des mesures, puisque chaque pays a des intérêts. Pour l’aluminium, neuf des dix alumineries sont situées au Québec », a soutenu Josée Néron, au terme de la rencontre avec la vice-première ministre.

Le risque identifié pour l’industrie de l’aluminium se situe au Mexique. Ce pays pourrait légalement importer de l’aluminium chinois ou russe à bas prix, le transformer et l’exporter dans les deux autres pays signataires de l’entente sans pénalité. Déjà, avant l’entrée en vigueur de l’entente, les grands producteurs ont suspendu les projets de développement pour les alumineries québécoises, et cette décision a des impacts pour les villes d’Alma et Saguenay, qui comptent sur ces investissements pour supporter leur économie.

« Nous avons surtout mentionné à la ministre l’importance d’éviter les dommages collatéraux de la mise en œuvre de l’entente pour les centaines de PME qui font partie de ce secteur industriel. »

Un suivi après la ratification

De son côté, la vice-première ministre, qui a dirigé la négociation avec les États-Unis, a rassuré ses interlocuteurs, en leur disant qu’il serait possible de faire des représentations après l’adoption de l’entente par le gouvernement canadien. Elle s’est engagée à faire un suivi du secteur de l’aluminium dans le cadre de la mise en œuvre du traité.

« Nous avons demandé à la ministre une lettre d’engagement pour le suivi de la mise en œuvre », a insisté la mairesse de Saguenay.

En plus d’une politique de traçabilité, la délégation régionale souhaite la mise en place d’une aide à l’entreprise. La mairesse de Saguenay indique que le fonds mis en place pour contrer l’effet des surtaxes sur l’acier et l’aluminium canadien dispose d’un solde de 1,3 G$.

« Nous demandons au gouvernement fédéral de remettre l’argent à des organismes publics pour aider financièrement des projets. On sait que dans plusieurs projets, c’est souvent le financement qui fait défaut », a ajouté Mme Néron.

La délégation présente à Ottawa ne souhaitait pas que son message soit assimilé à une opposition à l’adoption par le gouvernement canadien de l’accord de libre-échange.

Dans le volet de l’aluminium, le gouvernement canadien compte sur un allier de taille, l’Association de l’aluminium du Canada, qui regroupe les grands producteurs, et qui a donné son aval à la conclusion de l’ACÉUM.

+

DES PERTES DE 6,2 MILLIARDS $ POUR L'INDUSTRIE

L’entrée en vigueur de l’accord Canada–États-Unis–Mexique (ACÉUM) sans mesure de protection pour l’aluminium produit en Amérique du Nord pourrait créer des pertes d’activités économiques de l’ordre de 6,2 G $, lesquelles auraient généré un total de 2988 emplois directs, indirects et induits.

C’est ce qui ressort d’une étude menée par le Groupe Performance Stratégique (GPS) pour le compte du Comité deux villes/deux alumineries, qui regroupe Saguenay, Alma, les syndicats des deux complexes industriels et les organismes de développement économique.

Les auteurs de l’étude partent de la prémisse que les grands producteurs d’aluminium québécois vont retarder pendant 10 ans la mise en chantier de six projets d’expansion et de modernisation des usines québécoises que l’on retrouve au Saguenay–Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord. Ils supposent que le Mexique aura la possibilité de continuer à s’approvisionner en aluminium ailleurs dans le monde pour la production de pièces exportées par la suite au Canada et aux États-Unis, principalement pour le secteur de l’automobile.

« L’inclusion éventuelle de l’aluminium à cet amendement ne pourra être revue avant dix ans, ce qui compromet gravement la réalisation de six projets majeurs d’investissement dans le secteur de l’aluminium au Québec : la phase 3 de l’Aluminerie Alouette à Sept-Îles, la phase 2 de l’Usine Alma, la phase 1-B d’AP-60 à Jonquière, la phase 1-C d’AP-60, les phases 2 et 3 d’AP-60, ainsi que l’expansion du centre de coulée de billettes d’Alma », stipule le sommaire exécutif.

Il s’agit d’un amendement apporté à la toute dernière minute dans l’accord, lequel apporte des précisions quant à la définition du contenu régional pour l’acier et qui ne comprend pas l’aluminium.

« Un amendement de dernière minute à l’ACÉUM est venu définir et clarifier le flou de la définition de contenu nord-américain pour l’acier, en introduisant la notion de production dite régionale qui exige que tous les procédés de fabrication de l’acier aient lieu sur le territoire de l’une ou l’autre des parties signataires. L’aluminium est exclu de cet amendement. »

Les chiffres sont encore plus évocateurs lorsque les auteurs de l’étude procèdent à une évaluation cumulative des impacts économiques pour les phases de construction et d’exploitation de ces six projets. Les impacts sont également significatifs pour les gouvernements fédéral et provincial, qui sont privés de revenu de taxes et impôts prélevés sur les achats de biens et services et sur les salaires des travailleurs.

« Au total, de 2020 à 2029, en combinant les impacts économiques des phases de construction et d’opération des six projets compromis par la non-inclusion de l’aluminium à l’amendement de l’ACÉUM, ce sont des investissements/dépenses de 16 242 milliards $ qui auraient créé/soutenu 60 419 postes, affichant un salaire moyen de 59 775 $ par an, qui seront perdus pour le Québec », précise le document.

En plus de décortiquer les impacts d’une adoption sans modification de l’accord de libre-échange nouvelle génération, la firme attire l’attention des décideurs sur les impacts de cette situation pour la grappe industrielle de ce secteur. Elle identifie donc pas moins de 101 entreprises dont les activités sont étroitement associées aux grands projets de l’industrie de l’aluminium. Les deux régions affectées par cette situation sont le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord.

+

MARIO SIMARD MISE SUR LES NÉGOCIATIONS

Le député du Bloc québécois dans Jonquière, Mario Simard, mise sur les négociations entre son chef, Yves-François Blanchet, et le gouvernement libéral pour obtenir des mesures dans la mise en place de l’ACÉUM afin de protéger l’industrie de l’aluminium, qui est concentrée au Québec.

« Nous avons débuté le travail de mobilisation avant les Fêtes avec les syndicats et les villes. Des négociations se poursuivent pour protéger l’industrie de l’aluminium », a rappelé le député bloquiste.

Ce dernier est demeuré discret sur la nature des discussions en cours entre sa formation politique et le gouvernement. Il est toutefois convaincu qu’il est possible d’apporter des améliorations dans la mise en œuvre du traité. M. Simard juge que la vice-première ministre, Chrystia Freeland, a fait preuve d’ouverture à la période des questions lorsque le Bloc a offert sa collaboration.

Le Bloc québécois a demandé le consentement des formations politiques aux Communes pour déposer l’étude réalisée pour le compte de la délégation régionale. Ce consentement a toutefois été refusé.

Mario Simard a soulevé le fait que son collègue conservateur de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martel, n’a pas cru nécessaire de prendre place avec la délégation régionale pour le point de presse. « Tout le monde dans la région a démontré de la solidarité, incluant les deux syndicats. Pendant ce temps, le député Richard Martel a préféré suivre la ligne de parti. Je vais lui rappeler quand il va nous parler des grands projets de la région », a conclu le député bloquiste.