La CRÉ a déjà tranché

La consultation menée par la Conférence régionale des élus (CRÉ) sur la pertinence de proposer des aires protégées diminuant la possibilité forestière régionale de 300 000 mètres cubes n'a plus sa raison d'être puisque l'organisme a déjà demandé au forestier en chef d'intégrer ces « aires protégées candidates » dans le calcul final de la possibilité forestière qui doit être dévoilée au cours des prochaines semaines.
C'est ce qu'il faut déduire d'une lettre signée de la main du forestier en chef du Québec, Gérard Szaraz, et publiée sur le site internet officiel de l'organisme gouvernemental. Ce document, qui porte le titre de Fiche d'amélioration du CPF (calcul de la possibilité forestière) suite à la revue externe résume les éléments qui seront intégrés aux calculs pour en arriver à un portrait final quant à la possibilité forestière.
« Les éléments suivants ont été jugés importants et nécessitent des ajustements pour le calcul final des possibilités forestières 2014-2018 des unités d'aménagement de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean », écrit le forestier en chef.
Il poursuit son analyse dans la rubrique « Protection du territoire », en spécifiant les demandes de la CRÉ et de la direction générale des opérations du ministère des Ressources naturelles du Québec: « Intégration des aires protégées candidates dans les unités d'aménagement concernées. Demande provenant de la Conférence régionale des élus et de la direction générale régionale (DGR02). »
Dans le jargon du ministère, la DGR02 désigne la direction générale des opérations régionales du ministère des Ressources naturelles du Québec. Le fait que la direction générale des opérations soit associée à cette demande de la CRÉ contredit les déclarations récentes du ministre Alexandre Cloutier et du député Denis Trottier à l'effet que cette initiative ne relevait pas du gouvernement, mais bien de la CRÉ.
Cette décision de la CRÉ de proposer la création d'aires protégées presque exclusivement au sud de la limite nordique de la forêt boréale commerciale déchaîne le Lac-Saint-Jean depuis quelques semaines. Les impacts d'une telle réduction de la possibilité forestière, selon les chiffres officiels utilisés par le gouvernement du Québec dans les documents officiels, se traduiraient par la disparition de 1000 emplois et d'une activité économique de 60 M$ par année.
Cette publication, qui remonte au 17 décembre dernier, confirme que la CRÉ a, d'une certaine façon, court-circuité sa démarche de consultation publique qui doit prendre fin vendredi prochain. La CRÉ a mené la consultation en deux étapes et devait en soumettre les résultats à la Table régionale d'analyse de carence en aires protégées.
La procédure suivie par la CRÉ va à l'encontre d'un communiqué officiel émis par l'organisme le 27 novembre 2013: « À la fin du deuxième exercice (vendredi prochain), la TRACA analysera les éléments soumis et élaborera une proposition finale qui sera approuvée par le conseil d'administration de la CRÉ et déposée au gouvernement du Québec. » Or, la TRACA n'a pas encore statué sur la stratégie et le conseil d'administration de la CRÉ n'a pas été saisi de la question, alors que le forestier en chef a déjà intégré les impacts des aires protégées candidates à ses calculs.
La porte-parole du forestier en chef, Mme Lise Guérin, a indiqué au Quotidien que les chiffres officiels sur la possibilité forestière seraient publiés d'ici les prochaines semaines ou mois. Il a toutefois été impossible d'obtenir une entrevue avec le forestier en chef pour obtenir des explications sur cette missive qu'il a signée.
En milieu de journée, hier, le porte-parole régional de la FTQ, Jean-Marc Crevier, a confirmé au Quotidien avoir réclamé la tenue d'un conseil d'administration d'urgence afin de bloquer le processus. Il demande aux maires et autres représentants qui siègent à la CRÉ de ne pas participer au manège gouvernemental.
«Si le gouvernement veut diminuer la possibilité forestière, qu'il le fasse et qu'il choisisse les aires protégées. On nous demande de nous amputer d'une source d'emploi et de retombées économiques», a insisté le leader syndical.