Lors d’une visite de Laboratoire PhytoChemia en marge du congrès de l’ACFAS mardi soir, le chimiste Dany Massé a expliqué comment le cannabis et d’autres plantes sont analysés.

La chimie du cannabis fascine

La légalisation prochaine du cannabis aura peu d’impact sur le nombre de clients de Laboratoire PhytoChemia. Cependant, elle permettra à la petite entreprise saguenéenne de mieux développer ses connaissances dans le domaine. C’est l’ensemble de la communauté scientifique qui en tirera profit, estime le cofondateur du labo, Hubert Marceau.

C’est ce qu’il a laissé entendre mardi soir, à l’occasion d’une visite guidée des installations offerte au grand public en marge du congrès de l’ACFAS. La délégation a pu découvrir les nouveaux locaux de la compagnie, situés sur le boulevard du Saguenay, à Chicoutimi.

Alors que la légalisation arrive à grands pas, l’intérêt pour cette plante polyvalente aux multiples propriétés est grandissant. La chimie du cannabis en fascine donc plus d’un. 

Laboratoire PhytoChemia, ce n’est pas qu’une histoire de cannabis. L’entreprise se spécialise dans la standardisation et le contrôle de la qualité chimique de produits naturels médicinaux, cosmétiques ou alimentaires. Mais depuis 2014, la PME détient une licence de Santé Canada pour effectuer le contrôle de la qualité du cannabis médical et du chanvre industriel pour des producteurs certifiés. Hubert Marceau et son équipe, qui avaient vu venir la légalisation et qui voyaient dans le créneau du cannabis de belles et grandes opportunités de recherche, se sont hâtés de demander une licence de possession. 

« La légalisation va faciliter la recherche dans le domaine. On entend souvent l’expression “data is the new oil”. Au fur et à mesure qu’on va amasser des données, on va faire des corrélations qui permettront d’approfondir nos connaissances, qui sont toujours en développement », a-t-il fait valoir. Du même souffle, Hubert Marceau a rappelé qu’il existe plus d’une centaine de cannabinoïdes dans la plante. Ces groupes de substances chimiques activent les récepteurs chez l’être humain. Le THC en est un, mais la plupart des molécules actives et leurs vertus ne sont pas encore connues et suscitent l’intérêt de chercheurs de partout dans le monde.

« La plante produit plus d’une centaine de composés. Certains sont euphorisants, certains sont analgésiques, certains sont probablement sans effets », a expliqué Hubert Marceau. Laboratoire PhytoChemia évolue dans un marché de niche et se démarque en faisant de l’éducation. C’est ainsi que l’entreprise fondée par Marceau et ses collègues Alexis St-Gelais et Laurie Caron souhaite se démarquer. 

Développer des méthodes

Une douzaine d’employés gravitent autour du laboratoire, dont le chimiste Dany Massé, qui a fait ses études à l’UQAC. C’est à lui qu’incombait la tâche, mardi soir, d’expliquer les procédés de séchage, d’extraction et de dosage, de même que les étapes d’analyse de la plante. Les clients de Laboratoire PhytoChemia détiennent tous une licence pour produire du cannabis et proviennent de partout au Canada.

« Le client nous fournit des cocottes. Notre défi est de le satisfaire en trouvant le bon cannabinoïde [...]. On ne vise pas le marché des grosses serres. On est un petit labo de famille et on vise un petit marché plus accessible. On travaille dans le développement de nos méthodes », a indiqué Dany Massé, qui se réjouit lui aussi des possibilités qu’offrira la légalisation, notamment en matière d’analyse des composantes de produits dérivés du cannabis. 

Hubert Marceau a rappelé qu’environ 50 pour cent des médicaments qui se trouvent sur le marché proviennent de produits naturels et que les recherches scientifiques sur les végétaux permettent de découvrir de nouveaux composés qui ont des effets sur le corps.

Kevin Armstrong présent

Le conseiller municipal jonquiérois Kevin Armstrong était du groupe de visiteurs. Chimiste de formation, il a visité le labo par intérêt personnel, mais aussi en sa capacité de président de la Commission de la sécurité publique de Saguenay. 

« La légalisation du cannabis aura un impact majeur sur la sécurité publique et sur le travail des policiers. Je vais participer à un panel de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) la semaine prochaine en vue de discuter de l’adoption de règlements municipaux de paix et bon ordre. À partir du moment où ça devient légal, qu’est-ce qu’on fait ? Le défi, ce sera de rendre ça opérationnel », a observé le conseiller. 

Cofondateur de Laboratoire PhytoChemia, Hubert Marceau explique que la légalisation du cannabis permettra de pousser la recherche plus loin et de découvrir l’ensemble des propriétés de cette plante qui comporte une centaine de molécules.

+ Trois points de vue sur la légalisation

Des experts ont pu échanger sur les enjeux liés à la légalisation du cannabis, mardi soir, dans le cadre du bar des sciences de l’ACFAS.

La table ronde intitulée « Cannabis : récréation ou aliénation » était dirigée par Anne-Sophie Blondin, animatrice de l’émission Les Années lumières de Radio-Canda. 

Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, Louis Richer, neuropsychologue au département de santé de l’UQAC, et Marie Jauffret-Roustide, chargée de recherche et sociologue à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), en France, ont échangé sur les effets positifs et négatifs du « pot », sous l’angle de la santé des jeunes et de la sécurité publique.

Louis Richer a fait ressortir certains facteurs de risque chez les consommateurs, notamment les adolescents.

« S’il s’agit d’un garçon, qu’il a consommé avant l’âge de 16 ans, qu’il a un cortex mince et qu’il possède une prédisposition génétique aux problèmes de santé mentale, si cette personne développe la schizophrénie, ça peut devenir permanent », a déclaré le spécialiste. Il a ainsi fait écho aux propos du psychiatre de l’hôpital de Chicoutimi, Laurent Couloudon, qui a livré un discours semblable à des étudiants de l’école secondaire L’Odyssée/Dominique-Racine il y a quelques mois. 

Jean-Sébastien Fallu a attiré l’attention sur le fait qu’en général, les études démontrent qu’il y a peu d’augmentation de la consommation dans la foulée de la légalisation du cannabis. Il a toutefois appelé à la prudence en ce qui a trait aux modèles de commercialisation, lesquels pourraient faire accroître l’usage.

Marie Jauffret-Roustide a pour sa part rappelé que les jeunes des Pays-Bas, où le cannabis est légal, ont moins tendance à consommer que d’autres Européens du même âge. 

« C’est faux de dire que la légalisation fait augmenter la consommation. Ce n’est pas un produit anodin, mais l’alcool et le tabac, des produits légaux, comportent eux aussi des dangers. Des produits autorisés peuvent donner lieu à des dommages sanitaires importants », a signifié la sociologue. 

+ Lock-out à l’UQTR: des conférenciers se désistent

Des professeurs et chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), en lock-out depuis le 2 mai, se sont désistés du congrès de l’ACFAS.

L’un d’eux, rencontré sur le campus de l’UQAC, a expliqué qu’il avait jugé important de se rendre à Saguenay et de faire acte de présence à son colloque, lequel devait avoir lieu mardi. Invoquant le conflit de travail, il a cependant expliqué à son auditoire qu’il ne pourrait livrer sa présentation

« Sur une base personnelle, on ne travaille plus. On nous interdit de tout faire. Plusieurs de mes collègues ne sont pas venus, mais moi, je trouvais important de me déplacer pour expliquer aux gens ce qui s’est passé », a résumé le professeur, qui ne veut pas être identifié.

Selon lui, le geste posé par la direction de l’UQTR est d’« une violence inouïe » et va à l’encontre même de la mission de l’ACFAS, qui est la transmission et la diffusion du savoir et de la recherche. Le professeur espère d’ailleurs que l’ACFAS manifeste son appui aux quelque 450 employés de l’université touchés par le lock-out.

Les parties patronale et syndicale de l’UQTR n’ont pas réussi à s’entendre sur trois principaux points. L’enjeu fondamental demeure l’augmentation de la charge d’enseignement à cinq cours par année, ce qui, selon le syndicat, compromettrait les activités de recherche et ouvrirait une brèche dans tout le réseau de l’UQ.

Pas d’action

Au Syndicat des professeurs de l’UQAC, Gilles Imbeau indique qu’il n’y a pas de gestes de solidarité à prévoir cette semaine. Selon lui, c’est en fait la tenue de l’ACFAS qui place les actions potentielles sur pause.

Le président précise toutefois qu’une assemblée générale pourrait être convoquée sous peu afin de discuter de la possibilité de verser une aide financière aux collègues trifluviens, si le conflit se prolonge. Une journée de solidarité pourrait aussi avoir lieu à Trois-Rivières, impliquant divers syndicats de professeurs de la province.