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La carte de la douceur ne fonctionne pas avec Rio Tinto, selon Marc-Urbain Proulx

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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L’économiste Marc-Urbain Proulx invite la mairesse de Saguenay Josée Néron à relire l’histoire récente de la région avec Rio Tinto afin de vérifier si la stratégie de la douceur a été avantageuse pour l’économie et la création d’emplois alors que le Saguenay-Lac-Saint-Jean entreprend un déclin démographique qui aura des répercussions dans toutes les sphères d’activités.

«Nous sommes à un moment charnière pour l’avenir de la région et on a bien vu ce qui s’est passé au conseil municipal de Saguenay lundi. Jean-Marc Crevier, qui ne sait plus quoi faire pour mobiliser les gens, propose la nationalisation des barrages. Quelques minutes plus tard, la mairesse de Saguenay brise déjà le consensus en affirmant qu’il ne fallait pas frapper sur la compagnie si la région voulait que Londres investisse dans la région», résume le professeur de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Marc-Urbain Proulx affirme qu’il faut demander plus qu’une simple usine de remplacement qui va créer un boom économique de quelques années. Il réitère l’importance de forcer Rio Tinto à s’engager de nouveau dans la transformation de l’aluminium dans la région puisque les usines d’électrolyse vont créer encore moins d’emplois que les cuves précuites de Jonquière.

«On a vu ce qu’ils ont fait. Au début des années 2000, après les concessions des syndicats, ils ont annoncé qu’ils acceptaient d’entrer dans le monde de la transformation de l’aluminium. Mais dès qu’ils ont obtenu le renouvellement du bail de la Péribonka, en 2006, pour une période de 52 ans, ils ont décidé de se retirer de la transformation et Rio Tinto a poursuivi dans cette direction. La région a joué la carte de la douceur et des accommodements avec Rio Tinto et elle est en train d’entreprendre son déclin», plaide l’économiste.

Ce dernier revient sur les ententes à long terme qui ont été signées pour la rivière Péribonka et leur valeur économique. Il partage la même évaluation que son collègue Louis-Thomas Bernard de l’Université d’Ottawa à l’effet que l’énergie hydroélectrique, avec la crise climatique, a une bien plus grande valeur économique que ce qu’elle avait au moment de la transaction Alcan-Rio Tinto.

Selon l’économiste de l’UQAC, la valeur des ententes à long terme pour la production énergétique a été prise en compte dans le prix de la transaction. Aujourd’hui, cette valeur doit être remise sur la table dans le nouveau contexte environnemental mondial provoqué par la crise climatique.

«Je ne veux pas dire qu’il faut dire des méchancetés à l’entreprise ou lui faire la guerre. Mais on doit leur faire comprendre que nous sommes conscients de la valeur des avantages énergétiques dans le contexte actuel et que nous sommes en droit de réclamer plus que ce que nous avons en ce moment. C’est ce qui implique que les villes, les syndicats et le milieu politique régional doivent faire front commun.»

Marc-Urbain Proulx croit que l’idée de la nationalisation ne serait pas si simple à réaliser en raison de la valeur du réseau hydroélectrique de Rio Tinto, comme en faisait foi Louis-Thomas Bernard dans l’entrevue qu’il a accordé au Quotidien . L’économiste juge préférable d’obtenir une plus grande participation de l’entreprise à la diversification économique dans la transformation, puisque la technologie provoque une érosion de l’emploi dans les usines d’électrolyse.

Dans l’épreuve de force qui s’annonce avec la multinationale de l’aluminium, Marc-Urbain Proulx croit que les positions respectives des maires de Saguenay et Alma feront foi de tout. Les maires des deux principales villes doivent, selon le professeur, lancer le mouvement de solidarité au lieu de souffler le chaud et le froid en même temps afin de plaire à l’entreprise.

En plus de la transformation, l’entreprise devait construire une aluminerie de 500 000 tonnes à Jonquière avec la technologie AP60 et ajouter 120 000 tonnes à Alma. Nous sommes 15 ans plus tard, il y a 60 000 tonnes à Jonquière, résume le professeur de l’UQAC.