La carboneutralité de GNL est possible

Le promoteur GNL Québec devra avoir recours à un bouquet de mesures pour réussir à réaliser son projet de terminal méthanier sans ajout d’émission de gaz à effet de serre lorsque sera mise en exploitation son usine dans le parc industriel de Grande-Anse.

La Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi a rendu public, lundi, son rapport de recherche sur le projet d’Énergie Saguenay, une filiale de GNL Québec qui émettra, uniquement pour le terminal méthanier, 402 000 tonnes de CO2.

Selon le directeur de la Chaire, Claude Villeneuve, le rapport de recherche déposé publiquement ne constitue pas un appui au projet. Il s’agit d’un éclairage sur les pistes de solution réalistes pour atteindre l’objectif de la carboneutralité. « Si le promoteur a vraiment la volonté d’atteindre l’objectif, il peut le faire », assure le scientifique. 

Les chercheurs devaient répondre aux questions suivantes : « Comment une entreprise qui sera un grand émetteur final canadien peut-elle trouver des moyens crédibles pour devenir carboneutre dans le contexte mondial actuel ? Quelles solutions peuvent être mises en œuvre et selon quel ordre de priorité ? »

Claude Villeneuve

Au terme d’un rapport de 104 pages qui contient les démarches, analyses et veilles technologiques réalisées par l’équipe de la chaire, il est recommandé à GNL Québec d’évaluer sérieusement quatre secteurs prioritaires qui permettraient d’aspirer à atteindre la carboneutralité.

Le plus important potentiel de réduction des émissions réside dans le captage, la purification et l’utilisation du CO2 émis pendant la liquéfaction du gaz. Cette avenue oblige toutefois le promoteur à mettre en place un parc industriel qui valoriserait le CO2 tout en récupérant la chaleur résiduelle du complexe méthanier (une idée déjà lancée par le conseiller Jean-Marc Crevier).

« Il y a tout le potentiel pour développer un parc d’écologie industrielle », insiste Claude Villeneuve. Les auteurs ont mis l’accent sur tout le volet économique entourant l’atteinte de la carboneutralité. Ce chapitre a, selon les propos du chercheur, « jeté en bas de leurs chaussures » les représentants du promoteur.

La valeur marchande du gaz carbonique a, à elle seule, un potentiel impressionnant. Le gaz que le citoyen utilise dans son injecteur pour faire son eau gazeuse se vend dans les fourchettes de 175 $ US la tonne en Amérique du Nord et 200 euros sur le Vieux Continent. L’usine de Saguenay produira une première tranche de 190 000 tonnes de CO2 propre et il suffirait de modifications techniques pour arriver à compléter tout le traitement du CO2 de l’usine afin de le mettre en marché.

« Avec 420 000 tonnes de CO2, on peut aussi produire 45 millions de litres de biodiesel », ajoute le biologiste, en soulignant que tous les calculs du rapport ont été soigneusement vérifiés.

En plus de produire du gaz carbonique, ce complexe aura des surplus de chaleur importants. Les calculs démontrent que la construction d’un complexe de serres trois fois plus grand que celui des serres Toundra à Saint-Félicien permettrait de diminuer de 18 000 tonnes métriques par année les émissions de CO2.

Plantation : du long terme

Le recours aux plantations d’arbres pour créer des puits d’absorption de carbone ne constitue pas une solution à court terme. Elle permettrait d’obtenir des gains à long terme et les terres privées disponibles n’offrent pas les superficies suffisantes pour offrir des gains appréciables.

L’entreprise devra obligatoirement se tourner vers les marchés du carbone. Ce qui signifie d’acheter des crédits de carbone disponibles dans les marchés structurés des différents états.

« Ces crédits peuvent être achetés sur le marché réglementaire SPEDE ou sur les marchés volontaires. Il existe suffisamment de crédits sérialisés crédibles actuellement disponibles sur les marchés volontaires pour assurer la carboneutralité, au moins pour la période 2025-2030, et il est probable qu’au fur et à mesure du déploiement des deux autres mesures, il sera possible de compléter, par des achats de crédits compensatoires, le solde des émissions annuelles d’Énergie Saguenay pour la durée de ses opérations », précise le sommaire de l’étude. La piste du gaz naturel renouvelable (production à base de résidus forestiers), est pour le moment écartée. Les résidus de bois sont en ce moment répartis pour les utilisations traditionnelles dans les pâtes et papiers, sans oublier la société Énergir qui veut exploiter cette filiale pour diminuer le bilan carbone du Québec.

Il est important de rappeler que l’étude visait uniquement l’exploitation du terminal méthanier. Le projet de gazoduc n’a pas été analysé, tout comme les 10 000 à 120 000 forages qui devront être faits dans l’Ouest canadien pour fournir les volumes nécessaires à l’approvisionnement du terminal méthanier de Saguenay.

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LE RAPPORT BIEN ACCUEILLI PAR GNL

(LT) — L’entreprise GNL Québec accueille avec satisfaction le rapport de la Chaire en éco-conseil de l’UQAC sur les pistes de solution pour en arriver à ériger un terminal méthanier « carboneutre » à Saguenay.

Stéphan Tremblay

Le directeur du développement régional pour le promoteur, Stéphan Tremblay, a salué le travail réalisé par l’équipe de l’UQAC. Il considère que ce rapport apporte des solutions intéressantes qui s’adressent à tous les grands émetteurs de gaz à effet de serre.

« Le rapport confirme que le défi est ambitieux », indique d’entrée de jeu le directeur du développement régional. Il signale que l’entreprise était consciente de la difficulté d’atteindre l’objectif de la corboneutralité et que la recherche menée par l’UQAC confirmait que malgré le défi, il est possible d’atteindre l’objectif.

La valeur du CO2 émis pendant la liquéfaction du produit a étonné GNL Québec. Ces derniers ont bien compris la valeur de ce résidu industriel qui peut devenir une ressource très importante pour d’autres entreprises.

L’autre piste est celle du gaz naturel produit avec des résidus forestiers. Encore là, GNL comprend bien les défis, mais son porte-parole juge qu’il est primordial d’étudier les solutions qui permettront de créer de la richesse au Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’est la même logique pour l’achat de crédits de carbone. Il existe déjà au Saguenay un réseau de crédits carbone érigé à partir des PME et Stéphan Tremblay voit d’un très bon œil l’achat de ces crédits pour atteindre l’objectif final.

Dans ce rapport, la chaire de l’UQAC lance certains messages politiques afin d’accélérer les modifications réglementaires pour être en mesure d’utiliser différentes solutions pour atteindre les objectifs de carboneutralité. Stéphan Tremblay affirme que ces éléments du rapport font partie de la liberté académique des auteurs et que GNL Québec respecte cette liberté.

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DES INITIATIVES LIMITÉES PAR QUÉBEC

(LT) — L’atteinte de la carboneutralité dans le projet de terminal méthanier nécessitera des modifications réglementaires de la part du gouvernement du Québec afin d’offrir des opportunités de compensation.

Au cours de l’entrevue qu’il accordait au Quotidien, le directeur de la Chaire en éco-conseil, Claude Villeneuve, a attiré l’attention sur le problème du reboisement. Cette solution, qui aurait pu offrir un gain important au promoteur, a été écartée.

« Il n’y a pas assez de superficie de forêt privée pour permettre de faire des gains en utilisant le reboisement. Nous utilisons les landes forestières pour notre projet Carbone boréal puisque nous sommes une université, mais le ministère de l’Environnement du Québec n’a pas encore de protocole pour l’ouverture des landes forestières à des stratégies massives de reboisement et le ministère des Forêts n’est également pas prêt pour un tel projet », explique Claude Villeneuve.

Les calculs démontrent qu’il serait possible de diminuer d’un trait de 8 % les émissions du Québec en ouvrant les landes forestières à des projets de captation par le reboisement. Cette initiative lancée il y a plusieurs années par les scientifiques de l’UQAC n’a toujours pas fait son chemin dans les méandres de l’appareil administratif québécois.

Le biologiste est convaincu que l’ouverture des landes aurait des effets économiques majeurs pour la communauté tout en permettant de lutter efficacement contre les changements climatiques. Il voit dans le projet de GNL un défi qui fait appel à toutes les composantes, incluant l’entreprise, les gouvernements et les communautés. 

Tout l’aspect réglementaire de l’État doit donc être revu et ajusté pour faciliter les solutions à portée de main comme le font la Suisse et la Norvège qui intègrent les forêts dans les calculs d’atteinte des objectifs des accords internationaux.

Globalement, a conclu Claude Villeneuve, le projet de GNL Québec est un développement économique basé sur le modèle de développement du 19e siècle. 

Les solutions industrielles et économiques proposées pour atteindre la carboneutralité du projet sont des solutions de l’économie du 21e siècle.