Toutes trois anciennes serveuses au défunt restaurant Bobbie, Lynda Simard, Hélène Simard et Guylaine Bérubé ont organisé un événement retrouvailles.

La belle époque du Bobbie

Il y a presque dix ans, le restaurant Bobbie d’Arvida était rasé par les flammes. Pour les employés et les clients, près de 30 ans de souvenirs s’envolaient en fumée. À l’aube de ce triste anniversaire, un groupe de serveuses de l’époque s’est retroussé les manches pour organiser une grande fête. La nostalgie était donc à l’honneur, dimanche soir, mais l’humour aussi, comme dans le temps.

L’événement se tenait au Pichet du Faubourg Sagamie en empruntant la formule 5 à 7. Ce n’est pas un hasard si ce lieu a été choisi puisque la brasserie a été le théâtre de moult rencontres entre collègues du restaurant, une bande tissée serré comme une grande famille. 

L’idée de rassembler les anciens employés émane de Lynda Simard, Hélène Simard et Guylaine Bérubé, qui ont toutes été partie prenante des belles années du Bobbie. Les trois femmes s’entendent pour dire que cette époque fut en tous points formidable. Elles avaient du plaisir à travailler, les patrons étaient généreux et les salaires étaient bons. Rencontrées vendredi, alors qu’elles ficelaient les derniers préparatifs en vue de leur événement retrouvailles, les membres du coloré trio ont témoigné d’une période faste pour le domaine de la restauration. Dans les années 80 et 90, le contexte économique n’était pas celui que l’on connaît aujourd’hui et les gens déliaient plus facilement les cordons de leurs bourses. Les clients n’étaient pas chiches et n’hésitaient pas à mettre la main dans leurs poches. De plus, les règles entourant la déclaration des pourboires étaient beaucoup moins strictes, ce qui permettait aux serveuses de récolter entre 600 et 700$ net pour une semaine de travail. C’était en plus de leur salaire. 

Un incendie survenu en 2008 a sonné le glas du Bobbie, une institution à Arvida, après presque 30 ans d’activités.

Lynda Simard a travaillé chez Bobbie pendant 13 ans, de 1986 à 1999, avant de réorienter sa carrière comme préposée aux bénéficiaires. Le fait de revenir sur ces années un peu folles sème des étincelles dans les yeux de l’Arvidienne.

«Il n’y avait pas de barrières. Les patrons nous faisaient confiance et s’amusaient avec nous. On avait du plaisir entre employés et avec les clients. Il y avait aussi une belle complicité avec les cuisiniers. On avait des journées thématiques où tout le monde se costumait. Je me souviens d’avoir servi les clients en patins à roulettes», relate-t-elle. Lynda Simard ajoute que les mauvais tours et les attrapes étaient légion entre les murs du restaurant familial réputé pour sa copieuse poutine et ses hot-dogs généreusement garnis de frites. La réputation de la plantureuse pizza Bobbie traversait aussi les frontières de la cité du métal gris.

La fille de Lynda Simard en compagnie de la mascotte Bobbie.

Bobbie tatoué sur le coeur

Guylaine Bérubé a enfilé l’uniforme de serveuse du restaurant Bobbie, rouge et doré, cinq jours sur sept pendant 18 ans. Pour elle, une certaine magie se dégageait de l’ambiance, un climat de travail qu’elle n’a jamais retrouvé ailleurs. Les clients éméchés au milieu de la nuit, les touristes déboussolés, les réguliers qui avaient besoin de jaser étaient le lot quotidien de Guylaine Bérubé, une dame dotée d’un grand sens de l’humour qui, aux dires de ses anciennes consoeurs, était toujours partante pour un brin de rigolade.

«On avait des patrons qui étaient humains. Ils venaient même nous aider sur le plancher quand on était dans le jus. Ils riaient avec nous et ils embarquaient dans nos folies», raconte-t-elle. Guylaine Bérubé parle d’André Boucher et de Marc McRae, deux hommes au sujet desquels elle ne tarit pas d’éloges. L’entreprise a plus tard été dirigée par les enfants de Marc McRae, les jumeaux Yannick et Karen. Yannick est toutefois décédé tragiquement alors qu’il se trouvait en voyage, ce qui a secoué la grande famille du restaurant Bobbie. 

Des journées thématiques, des carnavals, des serveuses en patin en roulette, l’ambiance était souvent à la fête au restaurant familial Bobbie.

De merveilleux souvenirs pour Hélène Simard

Avec 25 années de service, Hélène Simard peut se targuer d’être l’une des doyennes du Bobbie, un restaurant dont la mascotte a longtemps fait le bonheur des tout-petits.

Qui ne se souvient pas de ce charismatique personnage tacheté de pepperonis et coiffé de frites? En un quart de siècle, l’ancienne serveuse a tissé des liens avec la clientèle. Certains réguliers sont devenus des amis et elle a souvent joué le rôle de confidente.

L’un des plus beaux jours de la vie professionnelle d’Hélène Simard remonte à l’an 2000, ce soir où les propriétaires ont convié tous les employés à une grande fête à saveur médiévale. Costumes et transport aller-retour en limousine fournis, il n’y avait rien de trop beau pour les employés du Bobbie. Tous ont eu droit à un repas gargantuesque mangé avec leurs doigts. 

Jour de deuil  

Le 17 avril 2008 marquera les annales du restaurant Bobbie. Ce jour fatidique a sonné le glas des activités du restaurant. Pendant quelques années, certains ont nourri l’espoir de voir l’emblématique établissement du boulevard du Royaume renaître de ses cendres. Leurs attentes sont cependant demeurées vaines. Aujourd’hui, une autre «institution» d’Arvida, évoluant toutefois dans un créneau bien différent, a élu domicile dans l’enceinte de l’ancien restaurant. Dimanche, pour finir leur soirée en beauté, les anciens du Bobbie se sont promis d’aller boire un verre au cabaret JR. Le tenancier de la place a même été avisé des intentions de la délégation. Lyne, Hélène et Guylaine avaient bien hâte de voir de quoi leur ancien milieu de travail a l’air. Cependant, les trois femmes se doutaient bien qu’il y régnera une tout autre atmosphère.