Le colonel William Radiff soutient que les militaires sont habitués d’accomplir des tâches comme celles entourant le G7 de Charlevoix. « Si la réunion du G7 était ailleurs au Québec, notre rôle serait le même. Là, c’est simplement plus proche et c’est un avantage pour nous. »

La Base de Bagotville prête à intervenir

(Normand Boivin) – Malgré les apparences, la tenue du G7 dans Charlevoix les 7 et 8 juin ne perturbera pas outre mesure les activités de la Base militaire de Bagotville. Même si elle sera au cœur des activités entourant la réunion des sept pays les plus industrialisés, son commandant soutient que c’est simplement la poursuite de la mission qui lui est confiée par le NORAD.

« Nous sommes habitués de faire ça. Si la réunion du G7 était ailleurs au Québec, notre rôle serait le même. Là, c’est simplement plus proche et c’est un avantage pour nous », a expliqué le colonel William Radiff, mercredi, devant le Cercle de presse du Saguenay.

Les chasseurs CF-18 seront prêts à intervenir 24 heures sur 24, sept jours sur sept, si un aéronef viole la zone d’exclusion aérienne entourant le Manoir Richelieu. C’est ce que fait déjà l’Aviation royale canadienne à l’échelle du Canada. « Ce n’est pas nous qui allons décider. Les ordres vont venir du NORAD (le système de défense aérospatial de l’Amérique du Nord) », dit le colonel Radiff.

Bagotville aura également un rôle relativement passif dans l’arrivée des chefs d’État Macron, Merkel et autre Trump. « Nous, on va accueillir les avions qui vont atterrir à la base. La sécurité des dignitaires, elle relève de la GRC », poursuit le commandant. D’ailleurs, ce dernier ne pouvait confirmer si les sept grands vont poser le pied à Bagotville. « Nous, on planifie les recevoir tous, a-t-il répondu à un journaliste. Mais on ne sait pas s’ils vont tous atterrir à Bagotville. Il y a des stratégies là dedans et des enjeux de sécurité peuvent venir tout changer à la dernière minute. Le 10 au matin, quand tout le monde sera retourné chez eux, je pourrai vous dire qui est venu à Bagotville. »

Cela dit, comme c’est le cas pour la police de Saguenay, il n’y a pas de jours de congé qui seront accordés aux militaires de Bagotville pendant le G7. Le commandant veut voir tout son monde pour pallier toute éventualité.

F-18 australiens
William Radiff ne sait pas s’il y aura des F-18 australiens à Bagotville ou si on peut compter sur l’implantation d’un escadron de drones comme le souhaitait l’ancien député fédéral Denis Lemieux.

Ce sont des dossiers qui relèvent du politique à Ottawa et en ce qui concerne les 18 chasseurs usagés que le Canada veut acquérir, le commandant ne sait même pas si le contrat d’achat est signé. Si jamais la transaction se conclut, on ne sait pas combien chacun des cinq escadrons de chasse pourrait en recevoir, mais à ce sujet, le colonel Radiff a été clair : « La flotte de CF-18 canadienne est à la fine pointe, capable de remplir ses missions, et s’intègre bien avec ses alliés, grâce notamment au travail de nos techniciens. Quand je le pilote, je suis fier d’être à bord. »

Cela dit, il ne refusera certainement pas que de nouveaux chasseurs viennent grossir sa flotte et permettre plus d’heures de vol.

Quant aux drones, il rappelle qu’il faudra tout d’abord que le Canada décide quel type de mission ils auront à remplir avant de déterminer où ils sont basés.

Effectifs
Comme la plupart des employeurs, les Forces armées canadiennes peinent à trouver du personnel et sont en période intensive de recrutement.

Le colonel Radiff explique que ce n’est pas tout d’avoir des effectifs, car une fois en poste, ils ont souvent une formation à compléter pour atteindre les niveaux de compétence requis pour chaque tâche.

Un technicien d’aéronef, par exemple, ne peut travailler de façon autonome à ses débuts et doit cumuler des années d’expérience avant de pouvoir signer le carnet d’entretien de l’appareil. Même chose pour le pilote qui, après sa graduation à Cold Lake, doit progresser d’ailier à pilote de tête et commander deux, quatre et six avions. Le colonel estime que pour bien fonctionner, 85 % des postes doivent être pourvus.

+ Quatre missions

(Myriam Arsenault, Stagiaire) – La protection aérienne de l’Amérique du Nord et la recherche et sauvetage restent au cœur des préoccupations de la 3e Escadre de Bagotville, a confirmé le colonel William Radiff. Mais la mission de la base va beaucoup plus loin que ça, rappelle son commandant.

Car depuis 2014, elle accueille également la 2e Escadre expéditionnaire et pour le colonel Radiff, la tenue du spectacle aérien tous les deux ans occupe une place primordiale. La 2e Escadre a comme mission d’être en mesure de se préparer rapidement comme unité autonome, pour appuyer un escadron en déploiement. Elle peut être appelée à se déplacer partout à travers le monde.

Mission première

Le NORAD reste la mission primordiale de la base. Elle consiste à surveiller l’espace aérien du Canada et des États-Unis et à se préparer pour toutes éventualités. C’est sur quoi la majorité des militaires de la 3e Escadre se concentrent quotidiennement.

L’Escadron 439, composé d’une flotte d’hélicoptères, agit comme soutien aux pilotes. Lorsqu’un CF-18 décolle, une équipe de recherches et sauvetage doit être prête à intervenir en cas d’éjection pour le récupérer. Mais comme le faisait remarquer William Radiff, l’Escadron 439 a une tâche secondaire qui prend beaucoup d’importance au Saguenay. Avec des citoyens passionnés par le plein air, l’équipe exécute des recherches et sauvetages, lorsque des personnes sont perdues en forêt. De toutes les bases au Canada, l’Escadron 439 est celui qui réalise le plus grand nombre de recherches de civils. Pour le colonel, c’est une façon de redonner des services à la communauté, comme lorsqu’ils offrent un spectacle aérien gratuit.

Spectacle aérien

Le prochain se tiendra à l’été 2019. Pour le militaire, cette mission est particulièrement importante, puisqu’elle permet d’attirer les touristes et d’engendrer des retombées économiques pour la région. Avec ces démonstrations, le public comprend mieux ce que font les militaires. Mais le plus bénéfique, selon William Radiff, c’est que les spectacles inspirent et permettent d’effectuer un recrutement chez les jeunes dans plusieurs disciplines. Il se rappelle : « À 7 ans, j’ai assisté à un spectacle aérien et j’ai voulu devenir pilote. » En 2006, il a été le pilote de démonstration du CF-18 et a appris, quelques années plus tard, qu’il avait inspiré des carrières militaires lors de son spectacle à Québec, ce qui le rend particulièrement fier.