La 100e Exposition agricole n’aura pas lieu cette année

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La Seconde Guerre mondiale n’avait pas empêché les « cultivateurs » de l’époque d’organiser le rendez-vous annuel de l’Exposition agricole de Chicoutimi, laquelle constituait l’une des rares grandes attractions estivales. Cette fois, le coronavirus force le directeur général de l’événement, Louis-Joseph Jean, à repousser d’une année la 100e édition de cet événement populaire.

Au cours d’un entretien avec Le Quotidien, le directeur général de l’exposition a expliqué qu’il était impossible pour ses organisateurs d’envisager la tenue de la 100e édition avec des mesures de distanciation sociale. Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec a émis des directives très claires sur la tenue des expositions d’animaux.

« Nos différents comités ont travaillé pour faire un événement de grande envergure avec cette 100e édition. On a déjà annulé la fête champêtre, qui devait avoir lieu le 6 juin à la ferme de M. Daniel Gobeil. On doit maintenant évaluer ce que nous allons pouvoir faire pour conserver l’intérêt de nos bénévoles et aussi de la population », reprend le directeur général, visiblement déçu de cette situation.

Louis-Joseph Jean a d’une certaine façon redonné vie à l’exposition agricole de Chicoutimi, qui a survécu malgré la fin de plusieurs événements du genre, dont L’expo de Saint-Félicien. À 89 ans, il voulait organiser la 100e expo avant de tirer sa révérence.

« Si ma santé me le permet, je vais être de retour l’an prochain. Ça ne sera pas facile, mais il faut comprendre que c’est aussi très dur pour tout le monde en ce moment. Malgré toute la bonne volonté, on ne peut pas faire ce genre d’événement avec les contraintes. Les exploitants de manèges ne peuvent pas opérer facilement et ce sont de véritables problèmes à résoudre. »

Louis-Joseph Jean a toutefois des craintes pour les prochaines années. Il a en tête des exemples qui démontrent qu’il est difficile de faire revivre un événement après une interruption, comme c’est le cas cette année pour l’exposition. Il ne sait pas comment les éleveurs vont réagir à cette interruption malgré un regain d’intérêt de leur part au cours des dernières années.

« Il faut trouver un moyen d’encourager nos éleveurs. À l’époque des fermes familiales, il y avait une forme de fierté de présenter une belle bête à l’exposition. Aujourd’hui, les fermes sont devenues de véritables entreprises avec du personnel. La structure a changé. On constate que les fermes participent à l’exposition avec moins d’animaux. C’est quand même du travail supplémentaire dans une période très active dans les fermes. »

L’exposition du centenaire réservait de belles surprises avec la participation de La Fabuleuse à l’ouverture, ainsi que la présence de vieux équipements. Les comités avaient également travaillé sur le volet historique des éleveurs qui ont présenté des animaux à l’exposition au fil des ans. Il est aussi possible que les concours d’animaux aient débuté avant 1920, selon Louis-Joseph Jean.

Au cours des 25 dernières années, l’Exposition agricole de Chicoutimi a été transformée en activité familiale. Le directeur général a convaincu les administrateurs d’ouvrir les portes aux familles à revenus modestes qui n’ont pas nécessairement les moyens de s’offrir des activités avec des coûts importants. Depuis, le succès populaire ne s’est pas démenti et des dizaines de milliers de personnes passent les entrées du terrain du Centre Georges-Vézina pour la visite des expositions et les tours de manège.

Le directeur de l’expo préfère agir avec prudence et éviter d’engager des sommes importantes dans un événement qui ne serait pas à la hauteur des célébrations du 100e anniversaire. Malgré le risque de suspendre une édition, il croit que c’est la meilleure chose à faire dans les circonstances.