La militaire à la retraite Katia-Isabelle Boivin a appris à vivre avec son état de stress post-traumatique. Elle assure aujourd’hui revenir de très loin et elle encourage ceux et celles qui vivent des épisodes de problèmes de santé mentale à ne jamais abandonner.
La militaire à la retraite Katia-Isabelle Boivin a appris à vivre avec son état de stress post-traumatique. Elle assure aujourd’hui revenir de très loin et elle encourage ceux et celles qui vivent des épisodes de problèmes de santé mentale à ne jamais abandonner.

L’ autre guerre, une incursion dans le stress post-traumatique

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La Chicoutimienne Katia-Isabelle Boivin revient de loin. Dans son livre Mémoires d’une déjantée, cette technicienne médicale à la retraite des Forces armées canadiennes raconte son parcours, elle qui a refusé de stagner dans un état dépressif. Elle attribue aujourd’hui son stress post-traumatique à son travail sur le terrain dans des contextes aussi dramatiques que le conflit de l’ex-Yougoslavie ou le génocide du Rwanda.

La principale intéressée avise dès le départ que ce livre n’est en aucun moment un récit de guerre décrivant les scènes horribles qui ont été à la source de ses problèmes de santé mentale. En effet, tout au long de l’entrevue accordée au Progrès dans la foulée de la publication de son livre, l’ex-militaire a très peu fait état de cette période de sa vie qui a pris fin en 2003, avec son départ à la retraite de l’armée, accompagné d’un diagnostic de dépression.

« Mémoires d’une déjantée traduit ce que j’ai vécu. J’ai eu des passages de la vie où j’ai expérimenté la folie. Après ma sortie de l’armée, j’ai réussi à vivre pendant cinq ans dans un fragile équilibre, comme je le faisais à mon travail. L’équilibre permet de demeurer sur un fil très mince pour continuer à fonctionner, mais toujours sur le bord de tomber », explique l’ex-militaire.

Le fil a cassé cinq ans après son départ de l’armée, lorsque deux incidents sont venus perturber sa vie. D’abord, son fils a failli se noyer. Puis, dans le cadre du feu d’artifice de la fête du Canada, Katia-Isabelle Boivin a été rattrapée par son passé. Elle a rapidement développé des symptômes associés à la dépression. Son corps ne répondait plus et le fragile équilibre qui lui permettait de fonctionner correctement s’est rompu.

« Un an après ces événements, j’étais devenue une vraie loque humaine, tranche Katia-Isabelle Boivin. Quand vous êtes en mission, votre corps est toujours au maximum. Vous êtes toujours dans un état pour survivre. À la longue, ça devient très épuisant, mais vous résistez. Ce sont des symptômes physiques qui découlent du fait que votre corps est toujours aux aguets, prêt à réagir. »


« Quand vous êtes en mission, votre corps est toujours au maximum. Vous êtes toujours dans un état pour survivre. À la longue, ça devient très épuisant, mais vous résistez. »
Katia-Isabelle Boivin

La militaire à la retraite s’est accrochée à la vie. Elle a surtout décidé de tout faire pour être en mesure de se reconstruire, principalement pour ses deux enfants. Sa vie amoureuse a dérivé et tout son monde a changé, notamment avec la perte d’amis.

« Une personne peut demeurer dans un état dépressif pendant plusieurs années avec des médicaments. Mais j’ai décidé de faire autre chose et d’évaluer différentes avenues », reprend l’ex-militaire, qui a tenu à préciser qu’elle n’est pas opposée à la prise de médicaments pour traiter un problème de santé mentale.

Pendant cettee longue traversée du désert, Katia-Isabelle Boivin a bénéficié du support de l’organisme Anciens Combattants Canada, qui a financé ses thérapies. Elle est même parvenue à les convaincre d’accepter de défrayer les coûts pour de nouvelles approches dans le traitement de la santé mentale. Elle est aujourd’hui reconnaissante pour tout le soutien dont elle a pu bénéficier de cet organisme, lequel supporte les anciens combattants qui ont subi des blessures physiques ou qui éprouvent des problèmes de santé mentale au terme de leur carrière.

En tant qu’ex-technicienne médicale, Katia-Isabelle Boivin a été prudente et a eu recours à des thérapies qui avaient été soumises à des études scientifiques. Tout au long de son livre, elle cite les études en question en appui à ce qu’elle avance.

La Chicoutimienne a été suivie en psychologie par deux professionnels et la pratique du yoga a été salutaire dans son cas, tout comme le recours à la technique du neurofeedback.

« L’essentiel du message que je souhaite laisser à la population est que même dans les situations les plus difficiles en matière de santé mentale, il faut trouver une avenue. Il faut au moins essayer des avenues pour identifier celles qui peuvent vous aider. Ne pas abandonner. On peut bien vivre malgré un état de stress post-traumatique. »

Katia-Isabelle Boivin est consciente qu’elle n’est pas guérie à 100 %. Mais elle a accepté le fait qu’elle allait devoir vivre jusqu’à la fin de ses jours avec cette réalité. Elle a refait sa vie, a un nouveau cercle d’amis et profite aujourd’hui de ce que la vie lui apporte.