Gilles Bergeron et Danielle Tremblay, de la boutique Conception Cuir
Gilles Bergeron et Danielle Tremblay, de la boutique Conception Cuir

L’ absence de croisiéristes fait mal à La Baie

Samuel Duchaine
Samuel Duchaine
Le Quotidien
En temps normal, la mi-octobre sonne comme la fin de la saison des croisières à La Baie. Les commerçants se réjouissent des dizaines de milliers de visiteurs qui ont pris d’assaut les rues et visité leurs commerces. Cette année, le constat est bien différent alors que plusieurs commerçants ont dû revoir leur façon de faire et leurs heures d’ouverture, en plus de composer avec la crainte de devoir mettre la clé dans la porte.

C’est le cas de Danielle Tremblay, présidente de Conception Cuir, sur la rue Victoria. La saison des croisières a été très difficile pour sa boutique, qui connaît habituellement ses meilleurs moments durant la forte saison, à l’automne.

« Juste les bateaux, c’est plus de 30 % de notre clientèle, mais les gens ne font pas juste acheter. Ils regardent ce qu’on a et peuvent ensuite commander sur le Web », souligne d’entrée de jeu Mme Tremblay.

Elle n’est pas la seule pour qui l’absence des 60 000 passagers et 30 000 membres d’équipage a été terrible cet automne. Tout compte fait, c’est autour de 20 M $ que se situent les retombées économiques du passage des navires.

Du côté du Bistro Victoria, le manque de personnel, jumelé à la Prestation canadienne d’urgence, a forcé le restaurant à prendre une pause, au début de l’automne. Il n’est toujours pas rouvert. « Nous profitons de cette période moins achalandée afin de reposer notre petite équipe et de restructurer l’entreprise. Ceci dans le but de pouvoir répondre à la demande », a laissé savoir le restaurant, sur sa page Facebook, le 11 septembre.

La crainte de devoir fermer guette également Conception Cuir. « Définitivement, avoue, Mme Tremblay, les larmes à l’oeil. On a monté tout ça depuis 1987. C’est environ 400 000 $ qu’on a investis pour déménager de Jonquière à La Baie, il y a deux ans. Il y a des années plus difficiles que d’autres, mais on finit par s’en sortir. Cette année, c’est vraiment difficile. »

Les clients locaux aussi réticents

Il n’y a pas seulement la clientèle des croisières qui se fait rare pour les commerçants de La Baie. Les clients locaux sont aussi moins enclins à visiter les commerces, ce qui rend les choses encore plus difficiles.

« Même quand on était en zone jaune, les gens ne sortaient plus, ne venaient plus magasiner. Avant, on avait un flot de clients qui passaient devant et arrêtaient voir nos produits. Maintenant, les gens n’osent plus entrer. C’est la même chose à notre boutique de Québec. Le week-end de l’Action de grâce est habituellement un de nos plus gros de l’année et cette année, on n’a presque rien vendu », raconte Mme Tremblay.

Pour contrer ce phénomène, Danielle Tremblay travaille sur l’extérieur de la boutique, afin de la rendre plus attrayante.


« On investit sur le visuel. On change les auvents à l’extérieur, on se fait de belles vitrines, mais on met de l’argent qu’on n’a pas. »
Danielle Tremblay

Elle doit cependant conserver un inventaire intéressant pour les gens qui s’y aventurent, afin d’offrir une variété de produits. « Je ne peux pas avoir des présentoirs vides, alors on doit continuer la production, mais à plus petite échelle. C’est difficile de conserver nos employés dans ces conditions. On se demande même pourquoi on reste ouverts. »

Le Web : facile à dire, difficile à faire

Mme Tremblay est consciente que son entreprise doit revoir son modèle d’affaires pour survivre. Déjà présente sur le Web, elle avoue que c’est un monde où il est difficile de faire sa place. « Ça va tellement vite. Notre site Web est mis à jour et une semaine plus tard, il ne l’est plus. Oui, ça te permet d’élargir ta clientèle, mais c’est difficile de se démarquer quand les gens ne voient pas le produit de leurs propres yeux. De plus, la concurrence est très présente. Ça prend un virage drastique dans notre façon de faire, mais pour ça, on a besoin d’aide. »

De l’aide, elle en a reçu de la Société d’aide au développement des collectivités du Fjord, mais elle attend toujours après Promotion Saguenay pour revoir son modèle d’affaires. À ce sujet, Promotion Saguenay a refusé la demande d’entrevue du Progrès, affirmant que l’organisme avait « déjà accordé de nombreuses entrevues à ce sujet ».