L’ex-huissière audiencière Sabrina Desbiens (en mortaise), représentée par Me Charles Cantin, a profité de son accès à la zone sécurisée des bureaux des juges pour voler de l’argent dans les bourses des officiers de justice alors qu’ils se trouvaient sur le banc.

Vol d'un juge: une ex-huissière plaide coupable

Sabrina Desbiens, l’ex-huissière-audiencière du Palais de justice de Chicoutimi, a plaidé coupable d’avoir dérobé au moins 130 $ à une juge de la Cour supérieure du Québec, alors que la magistrate se trouvait sur le banc pour entendre un dossier au civil. Tout ça dans une zone sécurisée.

La cliente de Me Charles Cantin était présente devant le juge Jean Hudon pour entendre le plaidoyer de culpabilité de l’ancienne employée du ministère de la Justice, qui a été suspendue dès le moment où elle a été confrontée à la situation. Les représentations sur sentence se dérouleront le 4 mars 2019.

Si Desbiens a été prise à voler, c’est qu’en novembre 2017, une juge de la Cour supérieure du Québec et deux des adjointes du bureau avaient noté qu’il manquait de l’argent dans leur porte-monnaie respectif. Une plainte avait été déposée aux policiers et aux constables spéciaux du Palais de justice de Chicoutimi.

Par la suite, avec la permission de la juge, une caméra de surveillance a été installée le 6 février 2018 dans son bureau. Durant quelques mois, il ne s’est rien passé.

Mais le 30 avril 2018, une juge de l’extérieur s’est installée dans le bureau de la magistrate où la caméra avait été installée.

Sabrina Desbiens avait été désignée pour accompagner la juge durant les procédures judiciaires pour un règlement dans une cause civile.

La huissière-audiencière a été en mesure de quitter la salle d’audience. À quatre reprises, entre 9 h 54 et 11 h 50, elle s’est rendue dans le bureau de la juge pour fouiller dans son portefeuille.

« La juge était arrivée avec 175 $ dans son porte-monnaie, dont un billet de 50 $. Lorsqu’elle s’est rendue au restaurant, elle a remarqué qu’il ne lui restait que 40 $. Elle en a glissé un mot au juge avec qui l’accompagnait. Comme celui-ci était au courant de la situation, il a avisé immédiatement le responsable des constables spéciaux », a expliqué Me Marianne Girard, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Sabrina Desbiens

« Ceux-ci ont visionné les bandes vidéo et ont remarqué que l’accusée s’était rendue à quatre reprises dans le bureau. L’accusée a été rencontrée le 1er mai par le responsable du Palais de justice et a été suspendue immédiatement », de poursuivre Me Girard.

Par la suite, deux constables spéciaux ont procédé à l’arrestation de Sabrina Desbiens. Ils l’ont avisée de la situation. Lors de la fouille, ils ont trouvé une somme de 1900 $ en argent dans les affaires de l’accusée.

« Elle a dit qu’on était pour lui enlever l’argent qu’elle avait difficilement gagné pour un travail dans un hôtel. Mais une vérification a démontré qu’elle avait quitté l’emploi en décembre 2016, bien avant son arrestation du 1er mai 2018 », a repris la représentante de la Couronne.

Me Girard a précisé au juge Hudon qu’elle ne pouvait l’accuser pour des sommes qui auraient pu être dérobées avant le 30 avril 2018 et que l’accusation ne portait que sur les 130 $ qui manquaient dans le porte-monnaie de la juge.

À son entrée dans la salle d’audience, l’accusée a lancé un commentaire au journaliste du Quotidien. « Tache à mar... », a-t-elle mentionné avant d’aller prendre place.

Me Charles Cantin a demandé à reporter les représentations sur sentence au 4 mars. Il veut analyser la jurisprudence pour des cas similaires.

« Avant de plaider coupable, je devais vérifier une information sur la légalité de l’installation des caméras de surveillance. Comme c’était légal, ma cliente a décidé de plaider coupable. La preuve était importante et il était difficile de penser tenir un procès devant une telle évidence. »

« Nous avons reporté pour les représentations sur sentence. Il s’agit d’un dossier particulier pour un vol de 130 $ par une personne en fonction. Je dois vérifier la jurisprudence. Je n’écarte absolument rien comme sentence possible », précise Me Cantin.

Cette peine pourrait être une absolution inconditionnelle à une sentence de prison, en passant par la détention en société.