Le site Everhere.com republie des avis de décès publiés dans les pages Web des maisons funéraires partout au Canada.

«Vol» d’avis de décès: une entreprise de Québec montrée du doigt

Une entreprise de Québec qui republie en ligne des avis de décès repris sur les pages Web de maisons funéraires fait l’objet de critiques partout au Canada et même d’une demande de recours collectif.

Autrefois connue sous le nom d’Afterlife.co, l’entreprise a récemment fermé ses portes pour renaître de ses cendres sous le nom d’Everhere.com. Le site Web offre les mêmes services et appartient au même homme d’affaires de Québec, Pascal «Paco» Leclerc, cofondateur et ancien actionnaire de la compagnie Thaizone.

Marie-Ève Garneau, représentante pour le Québec de l’Association canadienne des services funéraires et directrice générale du groupe Garneau de Lévis, avoue que le cas d’Afterlife/Everhere a fait beaucoup jaser lors du dernier congrès de l’Association à Ottawa en juin.

Droit d’auteur

«Il y a un réel problème au niveau du droit d’auteur car c’est nous qui rédigeons ces avis de décès qu’Afterlife/Everhere republie. On a discuté avec des spécialistes du Web et ils nous ont expliqué qu’à chaque fois qu’on nous “vole” un avis de décès republié sans autorisation, on nous “vole” une visite sur notre site Internet», explique-t-elle.

Mme Garneau ajoute que des familles se plaignent d’erreurs causées par les «robots» qui repiquent les avis de décès mais qu’Afterlife/Everhere ne corrigerait pas.

L’Association canadienne des services funéraires travaille présentement avec la société ontarienne Frontrunner Profesionnal afin de trouver un moyen de protéger les sites de ses membres contre ces «vols» d’avis de décès.

Commercialisation

Mais au-delà de la question du droit d’auteur, c’est cependant la commercialisation des avis de décès ainsi recopiés et republiés qui dérange Mme Garneau. «“Repiquer” les avis de décès que nous composons, d’autres sites comme Le Nécrologue le font, mais ce n’est pas la même chose car ils n’essaient pas de vendre des produits connexes sur le dos des familles», explique-t-elle.

Everhere.com, et son prédécesseur Afterlife.com, vendent en effet des «bougies virtuelles» avec un message qui s’ajoute en bas de l’avis de décès au coût de 5,99 $ pour une semaine, 9,99 $ pour un mois, 19,99 $ pour un an et 29,99 $ pour «l’éternité».  

La famille ne serait cependant pas avisée du geste posé à la mémoire du défunt. «C’est là que j’ai un problème. De façon détournée, ils font de l’argent sur le dos des gens endeuillés et les familles ne sont même pas au courant! Une dame de l’Alberta a essayé d’acheter une “bougie” sous l’avis de décès de son fils récemment décédé et elle n’a jamais rien reçu l’en avisant!» explique Mme Garneau.

Annie Saint-Pierre, directrice générale de la Corporation des thanatologues du Québec, partage les inquiétudes de Marie-Ève Garneau. «Nous ne cautionnons pas du tout cette vente de “bougies virtuelles”. Bien sûr que nous publions les avis de décès sur le Web, mais nous demandons toujours le consentement aux familles avant de le faire et on ne se sert pas de ça pour vendre des “bougies virtuelles” et toutes sortes de choses», explique-t-elle.

Fleurs et autorisation

Le site Everhere.com offre aussi la possibilité de faire livrer des fleurs à une famille endeuillée en vertu d’une entente avec une entreprise spécialisée dans le domaine. Cette semaine, l’Albertain Rick Laursen s’est inquiété dans les pages du Calgary Herald de voir sa mère souffrant de démence recevoir des fleurs à la suite du décès de son père, dont elle ne se souvient pas en raison de sa condition, en raison de la publication de son avis de décès sur Everhere.com.

D’autres familles canadiennes, notamment celles des victimes de l’accident d’autobus des Broncos de Humboldt, se sont insurgées du fait que les avis de décès aient été publiés sans leur autorisation et que le site proposait de leur envoyer des fleurs alors que l’avis de décès stipulait pourtant de ne pas envoyer de fleurs et de plutôt faire un don à un organisme de bienfaisance.

Le Soleil a tenté, sans succès, de contacter l’homme d’affaires Pascal Leclerc mercredi afin d’avoir la version de son entreprise dans ce dossier.

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RECOURS COLLECTIF INTENTÉ CONTRE AFTERLIFE.CO

Autrefois connue sous le nom d’Afterlife.co, l’entreprise a récemment fermé ses portes pour renaître de ses cendres sous le nom d’Everhere.com.

Lancée en janvier 2017, l’entreprise de Québec Afterlife.co fait déjà l’objet d’une demande de recours collectif déposée par un homme de Terre-Neuve, Stewart McKelvey, pour la publication non autorisée sur son site d’avis de décès et de photographies.

En cas d’homologation du recours, tous les Canadiens dont le travail aurait été illégalement utilisé par Afterlife deviendraient alors membres du recours collectif. 

L’avocate terre-neuvienne Erin Best est à l’origine de la demande d’homologation du recours, qui réclame aussi que les avis de décès soient retirés du site. «Ils sont créés à un moment où les familles et leurs êtres chers sont les plus vulnérables. S’approprier des avis de décès et les photos qui les accompagnent pour un gain commercial privé est répréhensible et requiert des sanctions de ce tribunal», écrit-elle dans son appel à la Cour fédérale du Canada.

Me Best a déclaré plus tôt cette année à CBC que le recours collectif pourrait inclure des milliers de personnes puisque le site regroupe environ 250 000 avis de décès. L’avocate disait avoir été inondée de plaintes depuis qu’un résident de St. John’s, George Murphy, avait dénoncé la publication de l’avis de décès de sa mère sur Afterlife.co.

Avertissement de l’OPC

Au Québec, la Corporation des thanatologues avait rapporté les pratiques de l’entreprise 10 638 706 Canada Inc, qui gérait Afterlife.co, à l’Office de la protection du consommateur (OPC) plus tôt cette année. En avril, l’Office avait ensuite envoyé au président de l’entreprise Pascal Leclerc un avis lui indiquant qu’il avait constaté que certaines dispositions de la loi pourraient ne pas avoir été respectées dans le cadre de ses activités commerciales.

L’Office l’enjoignait ainsi, advenant qu’un tel manquement ait effectivement eu lieu, à le corriger dans les meilleurs délais. «En outre, l’Office tiendra compte du fait que le présent avis vous a été transmis si une action ultérieure devait être prise à votre égard», écrivait alors Johane Hébert, inspectrice de conformité législative et réglementaire.