Suzie Guertin, Marco Bonenfant, Marijane Bonenfant et Julie Ménard tenaient à sortir de l'anonymat pour témoigner de l'épreuve qu'il ont vécu afin d'inciter d'autres victimes à dénoncer les agressions sexuelles.

Victime de Jean-Marc Campion: la famille incite les gens à dénoncer

En levant le voile sur son identité, Marijane Bonenfant souhaite sensibiliser et pousser les victimes d'agressions sexuelles à dénoncer et à porter plainte.
Marijane n'accepte pas que ce «grand-père» qu'elle aimait lui ait violé son intimité. Elle va trouver la manière dans les prochains mois de témoigner de ce drame pour inciter les jeunes filles comme elle, qui ont subi une agression, de dénoncer.
Suzie Guertin, Marco Bonenfant, Marijane Bonenfant et Julie Ménard tenaient à sortir de l'anonymat pour témoigner de l'épreuve qu'il ont vécu afin d'inciter d'autres victimes à dénoncer les agressions sexuelles.
La jeune fille de 13 ans, sa mère Julie Ménard, son père Marco Bonenfant et sa grand-mère Suzie Guertin ont tenu à s'adresser aux médias pour expliquer toutes les répercussions qu'a eues cette histoire d'abus sexuel commis par Jean-Marc Campion. Ils sont sereins devant la situation. «On ne veut pas passer pour des victimes ou des héros. On veut seulement dire aux gens de croire en la justice et de ne pas hésiter à dénoncer», mentionne Suzie Guertin.
Il est rare que des victimes ou l'entourage acceptent de parler aux journalistes. Cette famille, qui est passée par un véritable «tsunami», ressort «grandie» par l'expérience, bien qu'elle ait le coeur brisé. «C'est Marijane qui voulait ça. Elle a dit que, dans le fond, elle n'a rien fait de mal. Elle n'a rien à se reprocher. Les gestes qu'il a posés ne lui appartiennent pas. Elle a dit que si ça peut aider d'autres gens à en sortir plus grands et les aider à dénoncer, Eh bien! tant mieux», mentionne sa mère Julie Ménard avec sa fille à ses côtés.
Jamais, les parents n'ont remis en doute les aveux de leur fille. «Avec Marijane, comme parents, on a pris la décision de dénoncer. On l'a fait dans le but de protéger notre fille. Et comme citoyen, on a le devoir de protéger les autres. Après, on a mis ça dans les mains de l'enquêteur et de la procureure et on a décidé d'embarquer là-dedans sans attente, sans rien. Nous, on a fait notre travail et on était à l'aise avec ça, après c'était la justice qui prenait le relais. C'est lourd, c'est long, mais ça valait la peine», témoigne la mère.
Cette dernière comprend que certaines personnes ne veulent pas aller au bout d'un tel processus, tant les démarches sont longues et ardues. Elle conseille tout de même de le faire pour que ces agresseurs soient punis.
Croire son enfant
Marco Bonenfant est satisfait du travail de la justice. «Au début, il y a des gens qui m'ont dit qu'il ne se passerait rien. Ils n'avaient pas confiance en la justice. Eh bien! la justice, elle s'est occupée de lui et elle lui dit ''paye pour ce que tu as fait! ''»
Le père donne ce conseil: «Écoutez vos enfants et assurez-vous de les protéger. Ils n'inventent pas des histoires comme celle-là.»
La famille ne se réjouit pas de la peine imposée à Jean-Marc Campion. Ils se soucient peu du nombre de mois qu'il va purger. Ce qu'ils voulaient, c'est que Marijane soit protégée et Campion accusé pour ses crimes.
Par contre, on est loin du pardon pour cette famille. On souhaite seulement un début de repentir de la part de Jean-Marc Campion. «Ce que je trouve dur, c'est qu'il n'ait pas admis ses crimes. Il a toujours nié. Je pensais qu'il nous avait aimés et qu'il aurait avoué un peu les torts qu'il a causés. Eh bien! non. Il aura tout le temps de réfléchir», lance-t-il.
La famille n'est pas agressive envers Campion. Elle souhaite seulement qu'il prenne la «chance qu'il a d'aller chercher de l'aide pour soigner sa déviance. Pour son bien-être à lui», souhaite Julie Ménard.
Marijane n'accepte pas que ce «grand-père» qu'elle aimait lui ait violé son intimité. Elle va trouver la manière dans les prochains mois de témoigner de ce drame pour inciter les jeunes filles comme elle, qui ont subi une agression, de dénoncer. Elle veut briser ce mur du silence, souvent trop opaque.
témoignges agressionPhoto Le Quotidien Louis Potvin
Trahie par celle qu'elle a aimé
«Je voulais me tenir debout pour ma petite fille!»
Quand Suzie Guertin a appris que Jean-Marc Campion avait fait des attouchements à sa petite-fille, ce sont 20 ans de vie commune qui s'effondraient. «Tu te dis ''ça ne se peut pas ce qui est arrivé'. Ça ne peut pas être vrai, cette personne-là, je l'aime! J'étais là, ça n'a pas pu se passer devant moi et que je ne l'ai pas vu.'' Si tu acceptes ça, ta vie éclate en mille morceaux», a-t-elle témoigné.
La femme âgée de 60 ans est la victime collatérale de ce drame qui a brisé, mais aussi soudé cette famille. L'homme qu'elle a aimé l'a trahie. Un deuil incommensurable qu'elle a réussi à traverser grâce à sa famille, ses amis et des thérapeutes.
Une épreuve terriblement douloureuse qui l'a transformée. «J'aurais pu sombrer dans la dépression, mais l'aide que j'ai reçue m'a aidée énormément. Ça prend beaucoup d'amour pour passer à travers une épreuve comme ça. Le plus facile, c'est de tomber dans le négatif et l'agressivité. On n'est jamais tombés là-dedans. On voit le côté positif de cette expérience. Ça fait de nous de meilleures personnes», avoue-t-elle, la gorge nouée par l'émotion.
Jamais elle n'aurait cru que Jean-Marc Campion aurait pu faire un geste pareil. «Quand je l'ai su, j'ai dit à ma fille et à Jean-Marc ''moi, je ne prendrai pas position et je vais laisser faire la justice.'' Je ne voulais pas reprocher à ma fille et petite-fille d'avoir brisé ma vie ou de prendre pour lui. Non, je voulais laisser la vie m'amener les événements, les faits, et quand je me serai positionnée, j'aurai à subir les conséquences de tous ces événements. Et c'est ça qui est difficile.»
Surtout, elle ne voulait pas jouer à l'autruche pour éviter cet éclatement de la famille. «De faire la loi du silence, tu te confortes dans des espoirs de maintenir un malheur confortable. Tu sais qu'il y a quelque chose de pas bien, mais tu voudrais l'ignorer. En faisant le contraire, tu acceptes que ta vie éclate. Tu te lances dans l'inconnu. C'est sûr que ça demande du courage et de la résilience, mais de ne pas le faire, est-ce que tu vas être plus heureux de rester avec cet aveuglement toute ta vie?», laisse-t-elle tomber.
Suzie Guertin ne regrette rien. Elle s'est tenue debout devant une situation qui a brisé une partie de sa vie.