Me Olivier Théorêt, en défense, a souligné les efforts de son client.

Une réhabilitation « exceptionnelle »

Un Jonquiérois de 47 ans aurait pu écoper d’une peine de pénitencier pour des introductions par effraction et des vols qu’il a commis, à peine sorti de prison pour les mêmes délits, au printemps dernier. Mais sa « réhabilitation exceptionnelle » et sa « remontée spectaculaire », soulignées par le juge de la Cour du Québec Richard P. Daoust, lui ont évité une longue incarcération, jeudi, au Palais de justice de Chicoutimi.

Accro au jeu et à la drogue et ayant sombré dans une descente aux enfers qui l’a mené à vendre les jouets de ses enfants et à pénétrer par effraction chez des inconnus pour leur dérober leurs biens, l’individu a été salué autant par le juge que par la Couronne pour le travail réalisé sur sa personne.

L’individu menait une vie somme toute normale lorsqu’il a dérapé, en 2016. Diagnostiqué d’un trouble bipolaire, une séparation difficile a eu raison de lui. Il a commencé à consommer des amphétamines et à jouer, deux dépendances qui lui ont fait perdre son travail, sa maison et ses enfants.

D’une honnêteté rarement vue devant les tribunaux, comme l’a souligné la procureure de la poursuite, Me Marianne Girard, l’homme a raconté comment il avait sombré, en allant jusqu’à vendre les jeux vidéo de ses enfants chez des prêteurs sur gages pour assouvir son obsession pour le jeu.

« Le jeu, c’est un vrai fléau. Personne ne peut comprendre cette obsession avant qu’elle nous atteigne », a expliqué l’homme au juge Daoust.

Complètement à sec, l’homme a commencé à faire des introductions par effraction en 2018, avant d’être épinglé et accusé. Il avait écopé de six mois de détention pour sept introductions par effraction, en janvier 2019. À peine sorti de prison, il a récidivé.

Il a été arrêté de nouveau en avril 2019, après avoir commis cinq autres vols dans des résidences privées.

En poursuite, la procureure Me Marianne Girard, a affirmé qu’on voyait rarement autant de franchise et de transparence de la part d’un accusé.

« Je prenais la barre à jack et j’y allais. C’était plus fort que moi. J’ai honte et je ne suis vraiment pas fier. Je n’en reviens même pas lorsque je vois jusqu’où je suis allé », a expliqué l’homme, père de deux jeunes enfants et qui était accompagné de sa belle-soeur, lorsqu’il a reçu sa sentence, jeudi.

L’homme était prêt à retourner en prison, puisqu’il savait que les deux parties ne pouvaient demander une peine autre que de la détention ferme, compte tenu de la gravité des gestes commis.

Thérapie

L’individu a avoué avoir volé chez des personnes qu’ils ne connaissaient pas, en s’assurant au préalable que les résidences étaient désertes. Il dérobait des bijoux et des biens qu’il pouvait ensuite revendre pour se procurer de la drogue et jouer aux machines à sous.

Il a même avoué être pénétré chez une connaissance, lorsque cette dernière lui avait dit qu’elle partait en vacances. Il s’est excusé le lendemain par texto, après n’avoir rien volé, rongé par les remords. Après sa seconde arrestation, l’individu a complété une thérapie fermée pour venir à bout de son obsession pour le jeu. Il a également cessé de consommer de la drogue.

Il a consulté son psychiatre pour trouver une médication adéquate pour son trouble bipolaire. Il fréquente le groupe Gamblers Anonymes. Il a retrouvé ses enfants, il a décroché un nouvel emploi. Autant sa famille que ses employeurs sont au courant de ses déboires.

« Mes enfants savent que papa s’en va en prison », a affirmé le quadragénaire. Son employeur aussi. Une lettre garantissant son emploi à sa sortie de prison a été remise en cour.

Son ex-femme a aussi écrit une lettre au juge Daoust, expliquant qu’elle avait retrouvé le père qu’il était avant sa descente aux enfers.

Le juge Richard P. Daoust a félicité l’accusé pour sa «réhabilitation exceptionnelle».

« Ce n’est pas rare que les ex-femmes écrivent des lettres au tribunal. Mais c’est rare qu’elles disent des choses positives », a souligné le magistrat.

Des efforts

Autant la défense, représentée par Me Olivier Théorêt, que la Couronne, représentée par Me Marianne Girard, ont souligné le parcours et les efforts de l’accusé.

« Monsieur a fait preuve d’une transparence et d’une franchise qu’on voit rarement devant le tribunal. Tout ça est très positif et nous le reconnaissons. Mais il faut tout de même comprendre que les crimes sont graves et qu’il y a eu violation d’intimité pour ces victimes qui ont été volées », a affirmé la procureure de la poursuite.

« C’est toute une descente aux enfers, c’est assez incroyable de voir jusqu’où vous vous êtes rendu. Après avoir vendu les jeux de vos enfants, vous avez commencé à rentrer chez les gens. Mais je vois ici un homme qui a fait une remontée spectaculaire, qui a tout fait pour s’en sortir et qui semble avoir réussi », a affirmé le juge Richard P. Daoust.

La Couronne demandait 18 mois de détention pour les crimes commis. Mais n’eût été la réhabilitation de l’homme, une peine de pénitencier aurait été soumise.

Du côté de la défense, Me Olivier Théorêt a plaidé pour 12 mois de détention, mais en soustrayant le temps passé en thérapie et le temps préventif.

Le juge a rendu sa décision sur le banc, jeudi en fin de journée. Il a opté pour la suggestion de la défense. L’homme a donc pris le chemin de la prison de Roberval, où il lui restera près de six mois à purger.

Une séparation douloureuse, un trouble bipolaire mal soigné et des dépendances au jeu et à la drogue ont formé un cocktail explosif pour un homme de Jonquière.

Il a été menotté en cour et amené par la détention du palais de justice. Il a pris soin de remercier sa belle-soeur présente et de lui faire un large sourire, en la saluant.