La thérapie suivie par Stéphane Girard et la détention préventive pourrait l’aider à éviter la prison. C’est du moins la demande de son avocat, Me Charles Cantin.

Une 6e faculté affaiblie: la réhabilitation mise de l'avant

Stéphane Girard, le motoneigiste coupable d’une sixième conduite en état d’ébriété, doit bénéficier d’un sursis de sentence. Son avocat, Me Charles Cantin, a noté sa réhabilitation acquise au cours des 32 derniers mois, sa détention préventive de deux mois et demie et sa thérapie fermée et réussie de trois mois.

Le criminaliste y est allé de cette suggestion au juge Paul Guimond, de la Cour du Québec, vendredi, lors des représentations sur sentence tenues au Palais de justice de Chicoutimi.

Il faut se souvenir que Girard, âgé de 44 ans, a été impliqué dans un accident de motoneige le 27 mars 2015. Alors qu’il remorquait son ami et « deuxième père », Michel Gagnon, dans un sentier régional de motoneige à Lac-Kénogami, Girard s’est aperçu que l’engin de son compagnon avait quitté le sentier et était allé s’écraser contre un panneau. M. Gagnon en est décédé.

Acquitté d’avoir causé la mort de son ami, Girard a tout de même été reconnu coupable de conduite avec les facultés affaiblies. Il avait déjà été reconnu coupable en 1991, 1993, 1997, et deux fois en 2009, où il avait écopé de deux années de pénitencier.

« La pierre angulaire de ma plaidoirie tournera autour de la réhabilitation acquise de mon client et de jurisprudences récentes qui démontrent que les tribunaux tiennent compte de cet aspect pour imposer des peines moins sévères à des récidivistes de l’alcool au volant », a commencé par expliquer Me Cantin.

« Mon client est abstinent depuis les 32 derniers mois. Il n’a pas consommé une goutte d’alcool et a respecté ses conditions de remise en liberté à la lettre. Avant le 27 mars 2015, il n’avait pas compris qu’il avait un problème d’alcool, mais il l’a réalisé depuis et il l’admet aujourd’hui », affirme Me Cantin.

Ce dernier a abordé quelques décisions rendues au Québec et en Ontario pour justifier sa demande de sursis de sentence. Il a notamment été question de l’arrêt Fleischer, un homme de 60 ans condamné à quatre mois de détention pour une 15e faculté affaiblie, et du sursis de sentence à un militaire arrêté une sixième fois en état d’ébriété.

« Dans ces deux cas, il a été démontré une réhabilitation acquise. Ça n’arrive qu’une fois sur 100. Mais lorsqu’il s’agit d’un cas rare, il est possible de plaider des peines qui n’iront pas en gradation avec la dernière sentence reçue », illustre l’avocat en défense.

« Il est possible d’avoir une peine qui ira comme un gant à un accusé. Une peine sévère pourrait envoyer un mauvais message à ceux qui se réhabilitent comme mon client. Il a repris le contrôle de sa vie », note-t-il.

Me Sébastien Vallée, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), présentera sa plaidoirie le 7 décembre. Me Vallée devrait suggérer une peine de détention assez longue en raison des antécédents judiciaires en pareille matière de Girard.

Repentant

Avant le début des représentations sur sentence, Stéphane Girard a mentionné au juge Guimond que la thérapie suivie à la maison Caroline-Roy (Lac-Mégantic) était sa première.

« Mais j’aurais dû la suivre bien avant et peut-être que nous ne serions pas ici aujourd’hui. La thérapie a changé ma vie. Je suis allé chercher des outils pour avancer. J’en suis sorti grandi. Je ne consomme plus depuis 32 mois. C’est une lutte de tous les jours. J’ai aussi changé mes fréquentations. »

« Mais j’ai aussi perdu un grand ami, quelqu’un qui était un deuxième père pour moi. Je pense à Michel (Gagnon) tous les jours et je lui demande de m’aider », avoue Girard.

Il a confirmé à la Couronne qu’il n’avait jamais cru avoir besoin d’une thérapie avant mars 2015.