Lise Lantagne travaillera en étroite collaboration avec les intervenants de la justice pour trouver des solutions afin d'éviter à un individu de prendre le chemin de la prison.

Un projet-pilote pour les accusés atteints de troubles mentaux

Le milieu judiciaire de Chicoutimi lance un projet-pilote afin de permettre aux accusés souffrant de troubles mentaux de pouvoir réintégrer la société sans danger et surtout tout mettre en oeuvre pour éviter qu'ils reviennent devant les tribunaux.
Le juge Richard P. Daoust, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), les avocats de la défense, la probation, la détention, les policiers, les services judiciaires, le CIUSSS, l'Aide juridique et la responsable de l'Association canadienne pour la santé mentale (ACSM), Lise Lantagne, ont lancé le Programme d'Accompagnement justice santé mentale, le 3 avril dernier.
« Les intervenants en justice reconnaissent que plusieurs personnes présentant des problèmes de santé mentale, de délinquance, de toxicomanie et d'itinérance reviennent régulièrement devant les tribunaux criminels pour des crimes récurrents », lance Mme Lantagne, lors d'un entretien avec Le Progrès.
Au cours des derniers mois et même des dernières années, plusieurs individus souffrant de troubles mentaux ont dû prendre le chemin de la prison en raison, notamment, d'un manque de ressources appropriées à leur cas.
Les intervenants du monde de la justice en sont conscients et cherchent donc à trouver d'autres solutions que l'emprisonnement automatique.
« L'objectif final est de ramener ces personnes dans la société et s'assurer de la sécurité du public. Nous pensons qu'il est préférable de traiter ces clients à l'intérieur du programme plutôt que de les diriger automatiquement vers la prison », précise celle qui possède un baccalauréat en science de la criminologie.
L'idée n'est pas nouvelle au Québec. Elle a été lancée dans le district judiciaire de Saint-Jérôme. Le juge Daoust en a entendu parler, il y a environ un an, et a analysé l'idée de l'implanter dans le district de Chicoutimi pour commencer.
Les clients éligibles au programme doivent avoir commis un délit (sommaire) et avoir une problématique de santé mentale. L'individu doit aussi démontrer une volonté de participer au programme.
« Lorsque nous aurons des clients, un processus d'évaluation sera mis en branle. Plusieurs intervenants seront impliqués afin de déterminer le meilleur encadrement possible. Nous voulons offrir un cadre soutenu par les responsables du programme afin d'assurer un suivi individualisé », ajoute Mme Lantagne.
« La durée du programme sera variable d'un individu à un autre, mais il se collera à la problématique de la personne et du délit qu'elle a commis. Ça pourrait varier de six à 18 mois. Les résultats peuvent varier et diverses avenues peuvent être envisagées allant de l'arrêt des procédures à l'imposition de peines non privatives de liberté dans le cas où l'accusé complète le processus avec succès et que les circonstances le permettent », mentionne l'intervenante.
Idée appréciée
Me Olivier Théorêt, de l'Aide juridique, a travaillé à l'élaboration du projet-pilote et se dit bien satisfait de la mise en place du programme.
« Au lieu d'avoir une justice punitive, nous misons sur la réhabilitation par rapport à l'incarcération. Nous voulons lui donner les outils nécessaires et l'encadrement pour éviter la détention. Nous voulons l'aider et la soutenir », note Me Théorêt.
« L'intervenante aura des contacts avec tous les responsables afin d'établir les outils nécessaires à l'individu. Tout sera mis en place pour éviter de le revoir », indique le criminaliste.