Alain Lalancette trouve difficile d’avoir été reconnu coupable de négligence criminelle.

Un professeur acquitté de voies de fait graves

L’ancien enseignant aux adultes Alain Lalancette est acquitté d’avoir mis le feu à un ancien étudiant et de l’avoir agressé sexuellement, mais est coupable de négligence criminelle pour ne pas lui avoir prodiguer les soins nécessaires.

La juge Isabelle Boillat, de la Cour du Québec, a livré son verdict, jeudi, au Palais de justice de Roberval. Elle l’acquitte de voies de fait graves, de voies de fait causant des lésions, d’agression sexuelle, de possession et de trafic de stupéfiants.

La magistrate a eu affaire à deux versions contradictoires dans cette histoire. La victime a prétendu que son ancien enseignant avait tenté de le brûler, alors que l’accusé dit ne pas savoir comment cela est arrivé. La victime se trouvait à la cuisine et lui au salon au moment du drame.

Le jeune homme a été brûlé au deuxième degré supérieur profond et sa condition a nécessité des opérations et une greffe de peau.

Le 15 avril 2016, la victime de 20 ans se présente chez son ancien professeur et lui montre la cocaïne qu’il vient de se procurer pour 200 $. Lalancette lui dit, après en avoir appliqué sur sa langue, qu’il s’est fait avoir.

Le jeune homme est frustré et se dirige vers la cuisine. Malgré tout, les deux hommes consomment de l’alcool et des drogues.

À un moment donné, l’accusé entend la victime crier et s’aperçoit que ses vêtements sont enflammés. La chemise est en feu et le pantalon du jeune homme aussi. La victime mentionne qu’il brûle à l’entrejambe.

Dans sa version donnée à la magistrate, Lalancette, qui a remarqué les brûlures au haut du corps, a amené son ancien étudiant dans sa chambre, lui a baissé les culottes, lui a tassé les testicules afin de voir s’il était touché. La manœuvre aura duré une quinzaine de secondes.

Lalancette a prétendu qu’il n’a jamais eu d’intention sexuelle, alors que le jeune homme prétend le contraire.

Face à ces versions contradictoires, la juge Boillat a rappelé que le fardeau de la preuve incombait au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et qu’il fallait démontrer une preuve hors de tout doute raisonnable.

Me Philippe-Luc Boutin et son client Alain Lalancette étudieront la décision de la juge Isabelle Boillat dans les semaines à venir.

« La version de l’accusé me semble vraisemblable. On avait un témoin fiable. Il dit qu’il était au salon lorsque la victime s’est retrouvée enflammée. »

« Concernant l’agression sexuelle, il n’y a pas eu d’intention. L’accusé a voulu vérifier si la victime était brûlée aux parties génitales. Il faut analyser les circonstances, le but et le geste. Il y avait de la panique et une situation d’urgence. Je crois que l’accusé a fait preuve de nervosité lorsqu’il a dit au jeune homme qu’il avait un petit pénis », de préciser la juge, qui a acquitté Lalancette de ces chefs d’accusation.

Elle l’acquitte aussi de possession de stupéfiants et de trafic de drogue.

Négligence criminelle
L’accusé est cependant reconnu coupable de négligence criminelle pour ne pas avoir prodigué les soins nécessaires à la victime. Même si elle ne voulait pas aller à l’hôpital et que son père soit au courant de la situation, le client de Me Philippe-Luc Boutin aurait dû le conduire au centre hospitalier plutôt que de s’improviser comme aide-soignant.

« La victime a dit qu’elle était comme une torche vivante et qu’elle était très souffrante. Vous avez même dit qu’il était en crise et que c’était terrible comme situation. Vous n’avez pas appelé le 911 ni amené la victime à l’hôpital. »

« Une personne normale dans les mêmes circonstances aurait agi autrement. Je ne comprends pas l’insouciance et la témérité de l’accusé et c’est pourquoi je vous condamne de négligence criminelle », a conclu la juge Boillat.

Analyse
Me Amélie Gilbert, de la Couronne, mentionne que le tribunal a livré une décision détaillée.

« On prend la décision comme elle est. Nous étudions toujours la possibilité d’un appel, comme on le fait dans tous les dossiers, mais il est tôt pour se prononcer pour le moment », indique-t-elle.

En défense, Me Boutin indique que son client n’est pas tout à fait satisfait de la décision, même si elle lui est favorable en grande partie.

« Mon client est tout de même sous le choc d’être coupable de négligence criminelle. Nous allons étudier la décision et nous verrons la suite. Il lui faudra un certain temps pour diriger le tout. »

« Mon client a déjà mentionné qu’il regrettait ce qui s’est passé. Il faut savoir que c’était la panique », a mentionné Me Boutin.