Franck Molina espérait cumuler des heures d’expérience comme copilote sur un avion à turbines Beechcraft King Air, comme celui qu’on voit sur la photo.

Un pilote poursuit Exact Air

Un pilote professionnel d’origine française domicilié à Montréal, Franck Molina, poursuit la compagnie aérienne Exact Air pour près d’un demi-million de dollars pour congédiement injustifié.

La poursuite déposée en octobre 2018 au Palais de justice de Chicoutimi allègue que M. Molina, qui a fait sa formation initiale en France, avait été embauché par l’entreprise saguenéenne comme instructeur de vol pour le contrat annuel de formation des cadets de l’air à l’été 2018. Il soutient qu’à cette époque, il était sur le point d’obtenir un emploi du même type au collège Heritage de Gatineau, mais affirme avoir préféré l’offre d’Exact Air en raison d’une entente selon laquelle il pourrait travailler comme pilote de nolisement deux jours par semaine en plus des quatre jours comme instructeur, et ce, pour 35 000 $ par année.

Car selon cette entente, Franck Molina aurait agi comme copilote sur l’un des Beechcraft King Air de la division nolisement, ce qui lui aurait permis d’ajouter dans son carnet de vol 400 heures sur avion à turbines, un atout précieux pour quiconque veut poursuivre une carrière dans les lignes aériennes. Cet aspect était d’autant plus important pour le demandeur, ajoute la poursuite, car à 55 ans, il voyait arriver rapidement l’âge limite de 65 ans pour sa carrière de pilote.

Celui-ci était prêt à débourser 8500 $ pour sa formation initiale sur King Air, somme à être retenue sur son salaire pendant une période de deux ans.

Or, selon la poursuite, il a été congédié « sans raison » en septembre par le directeur des opérations et le contrôleur qui, de plus, lui réclamaient 6317 $ en salaire versé en trop.

M. Molina reproche à la compagnie de ne pas avoir tenu son engagement de le former sur King Air dès son embauche en février 2018 et d’avoir reporté le tout à la fin de l’été, après le contrat des cadets.

Il allègue que la compagnie était de mauvaise foi et avait utilisé l’attrait de la formation sur King Air pour recruter des instructeurs pour le contrat de formation des cadets de l’air dans un contexte de pénurie pour ce type d’emploi au Québec.

« Dans un tel contexte, le demandeur a misé l’entièreté de son plan de carrière, jusqu’à l’âge de la retraite de 65 ans, sur les promesses faites par les représentants de la défenderesse, et n’aurait jamais quitté son emploi antérieur sans ces engagements de la part des représentants de la défenderesse;

Le marché de l’aviation au Québec étant très restreint, l’attitude des représentants de la défenderesse dans le congédiement du demandeur fait en sorte de lui bloquer toute perspective intéressante d’emploi au Québec ;

En conséquence, le demandeur risque de devoir s’expatrier dans d’autres provinces pour parfaire sa formation sur King Air ou l’équivalent ;

Il est à noter qu’une expérience de 400 heures sur King Air ou sur turbines se donne également dans le privé au coût de 600 000 $ », peut-on lire dans l’affidavit.

La poursuite de 416 717 $ comprend le salaire de 81 000 $ qu’il aurait gagné en restant à l’emploi d’Exact Air ainsi que 240 000 $ représentant les émoluments qu’il aurait gagnés par la suite pendant trois ans comme pilote de nolisement sur turbine. S’ajoutent des dommages punitifs, des frais de déménagement et d’entraînement en pilotage pour le renouvellement de ses licences et annotations, pour lesquels il n’aurait rien eu à payer s’il était resté à l’emploi d’une compagnie aérienne.

+

PAS UNE PREMIÈRE

Franck Molina n’en est pas à ses premiers démêlés avec un ex-employeur. Le Quotidien a retrouvé la trace de deux autres causes impliquant une compagnie aérienne.

Le 30 juillet 2014, il avait déposé une plainte contre la compagnie néobrunswickoise Grand Falls Aviation, pour laquelle il avait travaillé six mois en 2013 et trois mois en 2014.

Encore là, il accusait son ex-employeur de l’avoir congédié illégalement en vertu de l’article 240 du Code canadien du travail.

Jugée en décembre 2016, la plainte avait été rejetée. Toutefois, il avait remporté une décision arbitrale en 2017 pour le remboursement de 2288 $ en salaire impayé.

Encore plus récemment, en mai 2019, la Cour du Québec division des petites créances rejetait une poursuite de 15 000 $ pour congédiement abusif que M. Molina avait engagée contre Eid Air Aviation, une entreprise établie à l’aéroport de Sherbrooke qui l’avait engagé comme instructeur du 3 avril 2015 jusqu’à son congédiement le 25 août, l’accusant de manquement à la sécurité et d’avoir utilisé le matériel de l’aéroport pour consulter des sites Internet inappropriés.

Franck Molina réclamait 5000 $ en perte de salaire, 5506,77 $ en dommages moraux et punitifs, 933,23 $ en frais d’avocats et 3560 $ pour ses frais de déplacement entre Sherbrooke et l’aéroport de Bromont où il avait formé, pendant six semaines, des cadets.

Exact Air poursuit

Dans la cause pendante qui l’oppose à Exact Air, cette dernière réplique par une réclamation de 13 369 $ contre le demandeur en qualifiant sa poursuite d’abusive, non fondée et diffamatoire à son endroit.

Elle estime à 2500 $ le salaire qu’elle a versé jusqu’à maintenant à trois de ses employés pour leur temps consacré à sa défense, et ajoute 5000 $ (à parfaire) pour atteinte à sa réputation.

En outre, Exact Air continue de réclamer le salaire de 5869 $ versé en trop à son ex-employé, expliquant que le salaire de base annuel de 35 000 $ qu’il avait négocié lors de son embauche devait être justifié par les heures d’instruction facturées aux clients.

« En contrepartie de ce salaire de base de 35 000 $, M. Molina s’engageait à fournir les efforts nécessaires pour couvrir son salaire annuel, et ce, tel que prévu au contrat selon les heures calculées au taux de 25 $ de l’heure pour chaque heure réellement facturée aux clients », peut-on lire dans la demande reconventionnelle d’Exact Air. « Il n’a jamais été question d’un salaire de 25 $ de l’heure pour 40 heures par semaine et encore moins d’un salaire de 80 000 $ par année » (NDLR : comme pilote de nolisement sur King Air).

Dans sa défense, Exact Air nie avoir sollicité Franck Molina pour occuper un emploi d’instructeur et affirme que c’est plutôt lui qui a posé sa candidature, réfutant par le fait même les allégations du demandeur qui soutenait avoir sacrifié un emploi à Gatineau pour venir au Saguenay.

Selon la compagnie, Franck Molina a été congédié « pour un motif sérieux ». Il avait été rencontré par des représentants de la compagnie le 4 septembre, une semaine avant son congédiement, « pour lui faire part de plusieurs problématiques majeures, en lien tant avec son comportement, sa prestation de travail, que la quantité d’heures de travail. Quant à son comportement, M. Molina s’est avéré avoir un comportement bouillant, être une personne irritable, et utiliser fréquemment les blasphèmes. De plus, M. Molina a eu des propos inacceptables auprès de cadets, une clientèle adolescente, entre autres, et il a blasphémé et utilisé une métaphore inappropriée à l’égard des autorités fédérales », peut-on y lire.

La cour doit entendre la cause au début de 2020, s’il n’y a pas d’entente d’ici là.