Le Jonquiérois Stéphane Girard est acquitté d'avoir causé la mort de son ami Michel Gagnon.

Un motoneigiste acquitté d'avoir causé la mort de son ami

Le Jonquiérois Stéphane Girard est acquitté d'avoir causé la mort de son ami Michel Gagnon lors d'une balade à motoneige, mais est coupable d'avoir conduit un véhicule à moteur avec les facultés affaiblies. Il s'agit de sa sixième condamnation pour un crime similaire.
Le juge Paul Guimond, de la Cour du Québec, a rendu sa décision, vendredi matin, au Palais de justice de Chicoutimi. Girard était accusé de conduite avec les facultés affaiblies, de conduite avec un taux supérieur à la limite et d'avoir causé la mort de son ami.
Le 27 mars 2015, Girard, âgé de 44 ans, faisait une balade de motoneige avec son grand ami Michel Gagnon. Sur le chemin du retour, après avoir quitté le relais La Grenouille, l'engin de Gagnon tombe en panne et Girard le remorque.
Un peu plus loin, Girard mentionne à son ami qu'il va prendre le virage et celui-ci indique avoir compris. Cependant, un peu plus loin, alors qu'il roule à 30 km/h, il s'aperçoit que la motoneige Gagnon n'a pas suivi la route. Pour une raison qui demeurera inconnue, Michel Gagnon n'a pas pris la courbe et a frappé un panneau de signalisation. Il est mort sur les lieux.
Dans sa décision, le juge tient compte de l'opinion du reconstitutionniste Pierre Girard, de la Sécurité publique de Saguenay (SPS), voulant que le remorquage a été fait correctement (avec une corde de 25 pieds) et que l'accusé n'a rien à se reprocher.
« Je ne peux pas lui reprocher d'avoir remorqué la motoneige de son ami. Il aurait été plus dangereux de la laisser dans le sentier durant des heures à la noirceur. Nous ne saurons jamais ce qui a causé la mort de M. Gagnon. A-t-il été distrait? Avait-il les deux mains sur le volant? A-t-il eu un malaise? Mais M. Girard n'en est pas la cause efficiente », a lu le juge Guimond.
Facultés affaiblies
Par ailleurs, le magistrat reconnaît coupable Girard d'avoir conduit alors qu'il avait les facultés affaiblies. Il retient que plusieurs policiers ont remarqué les yeux injectés de sang de Girard, sa démarche chancelante et sa difficulté à s'exprimer. Par contre, Girard a été acquitté d'avoir conduit avec un taux plus élevé que 80 milligrammes d'alcool par 100 millilitres de sang. Le juge estime qu'un doute raisonnable a été soulevé en raison de certaines erreurs dans l'analyse de l'expert André Dion.
Les représentations sur sentence auront lieu le 8 septembre.
Girard s'expose à une peine d'emprisonnement en raison de ses cinq antécédents judiciaires. Il a plaidé coupable en 1991, 1993, 1997 et deux fois en 2009. Cette année-là, il a reçu une sentence de deux années de pénitencier pour une conduite avec les facultés affaiblies causant des lésions.
Girard se dit grandement soulagé
« Mon client est grandement soulagé de ne pas être responsable de la mort de celui qu'il considérait comme son deuxième père. C'est une victoire incroyable au niveau moral. Par contre, il est anxieux sur le fait d'être coupable de conduite avec les facultés affaiblies et sur ce qui l'attend. »
Me Dominic Bouchard, qui représente les intérêts de Stéphane Girard, ne cache pas qu'un poids énorme est tombé de sur ses épaules avec la décision du juge Paul Guimond.
« Nous sommes très satisfaits que le juge ait suivi notre théorie voulant que Stéphane Girard n'a eu aucun comportement contributif à la mort de Michel Gagnon. Les conclusions de l'expert Pierre Girard étaient d'ailleurs très percutantes. Il a été très catégorique sur le fait que l'accusé n'avait aucune responsabilité sur l'accident et la mort. »
« Par contre, le juge a soutenu la thèse du policier Pascal Simard qui mentionnait que Girard était chaud. Nous y avions apporté beaucoup de nuances, mais on se doit de respecter l'évaluation du juge sur la version amplifiée du policier », ajoute Me Bouchard.
Sans dévoiler ses intentions au moment des représentations sur sentence, le criminaliste entend plaider la réhabilitation de son client depuis les événements et le fait qu'il a pris part à une thérapie afin d'obtenir une sentence appropriée, sachant fort bien que Girard a déjà cinq antécédents en semblable matière.
Du côté du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Me Sébastien Vallée entend prendre les prochaines semaines pour bien analyser la longue décision du juge Guimond avant de se prononcer.
Me Vallée reconnaît que le juge a conclu qu'il lui était difficile d'établir le lien causal entre l'accident mortel et la conduite avec les facultés affaiblies de Girard.
« Je n'ai pas d'idée encore sur le quantum que nous allons demander pour la peine. Même s'il a eu deux années de pénitencier la dernière fois (2009), il avait plaidé coupable à une conduite avec les facultés affaiblies causant des lésions. »
« Il faut faire la part des choses, mais nous sommes confrontés à une situation de récidive. Il faut en tenir compte. L'analyse doit être faite sur la sentence, mais le ministère public va demander une peine d'emprisonnement », de conclure Me Vallée.