Me Julien Boulianne estime que son client aurait voulu payer le prix du petit jus, mais qu’il ne se souvenait plus où il avait laissé le contenant. ­

Un jus de 77 cents qui coûte cher

Un travailleur de la construction de 51 ans a trouvé que le petit jus qu’il a consommé à l’épicerie lui aura coûté très cher après son passage au tribunal. Pour un jus de 0,77 $, la facture totale s’élèvera à plusieurs centaines de dollars.

Le 21 mai 2017, l’homme et sa conjointe se trouvent au marché d’alimentation Maxi de Place Centre-Ville, à Jonquière, pour y faire leur épicerie hebdomadaire.

Alors que le couple sillonne les allées, l’individu décide de prendre un paquet de six Yop (petit yogourt à boire) et en consomme un immédiatement.

Un peu plus loin, il se prend un jus, en carton, et le vide sans trop attendre. Après avoir bu le jus, il laisse le contenant sur une tablette.

Comme tous les faits et gestes des clients des commerces à grande surface sont épiés par des caméras de surveillance, ceux du client de Me Julien Boulianne sont rapidement remarqués.

L’agent de sécurité suit l’homme de près par le biais de ses écrans.

Lorsque l’accusé se présente à la caisse, il avise l’employée qu’il a consommé une des petites bouteilles de Yop. Elle lui indique qu’il n’y a pas de problème, qu’elle va en enregistrer six.

L’individu ajoute avoir aussi bu un jus. La caissière lui demande alors de retourner dans l’épicerie pour ramener le contenant, étant donné qu’elle n’en a pas d’autres qu’elle ne peut le « balayer » sur sa caisse enregistreuse.

« Mon client lui a dit qu’il ne se souvenait pas de l’endroit où il avait laissé le contenant. Lorsqu’il s’apprêtait à sortir, l’agent de sécurité l’a intercepté pour l’informer qu’il avait pris un jus sans le payer », a raconté Me Boulianne.

L’accusé a été désagréable en s’adressant à l’agent de sécurité, lui laissant voir que ça n’avait aucun sens d’être arrêté pour une affaire comme ça.

L’individu a proposé de payer le jus et a même offert une somme dépassant largement le prix du petit contenant de carton.


«  Ça ne valait pas vraiment la peine. Il faudra faire attention la prochaine fois.  »
Juge Christian Tremblay

Peine perdue. Les policiers de la Sécurité publique de Saguenay ont été appelés sur les lieux. Le voleur aurait pu voir son dossier être déjudiciarisé (qu’il ne se retrouve pas au tribunal), mais en raison de ses antécédents judiciaires en matière de voies de fait, les agents n’ont eu d’autre choix que de procéder à l’arrestation de l’homme et de lui remettre une promesse de comparaître.

Suggestion commune
Me Nicole Ouellet, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), et Me Boulianne ont soumis une suggestion commune au juge Christian Tremblay, de la Cour du Québec.

Ils ont proposé une amende de 100 $ pour régler le dossier.

« Ça ne valait pas vraiment la peine (de prendre un jus sans le payer). Il faudra faire attention la prochaine fois », a lancé le juge Tremblay.

L’accusé n’en revenait toujours pas de se retrouver devant la justice pour une histoire de jus.

« Il faut croire que les jus sont rendus assez dispendieux. De 3000 $ à 4000 $ je pense bien », a rétorqué l’homme.

En fait, il devra s’acquitter de l’amende imposée par le tribunal, soit 100 $, sans oublier les frais administratifs d’environ 100 $ et de la suramende, environ trois pour cent de l’amende, soit 30 $, pour un premier total de 230 $.

L’individu devra assumer les frais de son avocat, sans oublier de compter la perte de ses revenus pour les trois journées où il a dû se rendre au Palais de justice de Chicoutimi.

Il y était pour la comparution, ensuite pour la prise de position et la demande d’un procès, et finalement pour la dernière journée où il a plaidé coupable.