La procureure de la Couronne, Me Marie-Ève St-Cyr, a complètement anéanti la défense de l’individu de 44 ans, qui prétendait ne pas être l’auteur des menaces de mort.

Un homme trahi par sa voix et démasqué par la Couronne

La défense d’un Jonquiérois de 44 ans, accusé de menaces de mort à l’endroit de l’amant de sa conjointe et qui se représentait seul à son procès, n’a pas été crue une seule seconde par le juge Michel Boudreault. L’individu, qui a finalement reçu une absolution en guise de peine, niait catégoriquement être l’auteur des menaces, malgré des preuves audios et des déclarations incriminantes. L’homme, en beau fusil, avait laissé des messages vocaux à la victime, mais affirmait qu’il ne s’agissait pas de sa voix et qu’on l’avait piégé.

C’est un triangle amoureux qui était à l’origine des menaces de mort. L’accusé avait découvert que sa conjointe entretenait une relation avec un autre homme, en l’occurrence la victime au dossier.

« Attends que je te pogne mon calice. Je vais te mettre un contrat sur la tête mon tabarnack, je te le garantis mon osti. M’a te pogner, fie-toi sur moi. Va chez nous, ramasse (le nom de la conjointe) pis cache-toi. Changez de région. » Voilà le genre de paroles qu’avait lancées l’individu à l’amant de sa conjointe, à 9 h 55, le 11 octobre dernier. L’accusé avait récidivé en fin d’avant-midi et en début de soirée, avant qu’une plainte soit déposée à la police.

L’homme avait été rencontré par les enquêteurs, puis accusé d’avoir proféré des menaces de mort. L’accusé, qui n’avait pas retenu les services d’un avocat, clamait son innocence, affirmant être victime d’une erreur judiciaire.

Mais la procureure de la Couronne, Me Marie-Ève St-Cyr, a fait jouer l’enregistrement à de nombreuses reprises durant le procès, afin de démontrer qu’il s’agissait bien de la voix de l’accusé.

Elle lui a d’ailleurs fait répéter quelques mots employés dans le message, afin de comparer les deux timbres de voix. Mais l’homme a, à peine audible, prononcé les sacres de façon complètement différente.

« Vous jouez un peu avec le tribunal, monsieur », a répondu Me St-Cyr.

« Je ne dis jamais ça, moi, je ne suis pas un gars qui sacre. Mes parents sont catholiques et m’ont toujours appris à ne pas sacrer », a répondu l’individu de 44 ans à la procureure de la Couronne.

Il a aussi été fort mal à l’aise de répéter les menaces face au juge Boudreault.

« Je ne peux pas dire ça à monsieur le juge », a-t-il affirmé, lorsque la procureure lui demandait de répéter les messages orduriers, afin de comparer sa voix à celle de l’enregistrement.

Les appels menaçants avaient été logés via Messenger, à partir du cellulaire de la conjointe, qui a d’ailleurs été invitée à témoigner, jeudi. Elle a déclaré au juge avoir perdu le cellulaire quelques jours avant le 11 octobre et qu’une autre personne l’utilisait pour nuire à son conjoint.

Celle-ci niait catégoriquement avoir eu une relation extraconjugale avec l’homme.

« Je ne le connais presque pas ! Il me donnait de l’argent pour ma voiture, c’est tout », a raconté la femme d’une quarantaine d’années.

Des textos ont toutefois été lus par la procureure de la Couronne, lors du témoignage de la conjointe.

« Mais sur les messages ici, vous l’appelez bébé, vous lui donnez des bisous et vous lui dites que vous l’aimez », a rétorqué la procureure de la Couronne.

« Je dis ça à tout le monde lorsque je suis contente », a affirmé la femme.

Le procès aura duré un peu plus de deux heures. L’individu a dû être guidé par le juge à de nombreuses reprises, puisqu’il était seul, sans avocat.

Coupable hors de tout doute raisonnable

Bien que l’accusé sans antécédent judiciaire ait toujours nié être l’auteur des menaces, le juge Boudreault l’a déclaré coupable, hors de tout doute raisonnable. « Je ne crois pas votre défense. Il est assez clair qu’il s’agit de votre voix et vous avez dit des choses incriminantes lorsque la police est allée vous voir. Les enquêteurs ne vous ont jamais dit que les menaces avaient été commises par Messenger, mais vous leur avez dit qu’il (la victime) avait juste à vous bloquer s’il avait peur. Si vous n’étiez pas l’auteur des menaces, vous n’auriez jamais employé le verbe « bloquer » », a expliqué le juge Boudreault. Le visage de l’accusé s’est empourpré.

Malgré tout, l’individu s’en sort plutôt bien, puisqu’il a reçu une absolution inconditionnelle, notamment en raison de son absence d’antécédent judiciaire, mais aussi parce qu’un casier judiciaire pourrait nuire à son métier.