Un frère agresseur de 75 ans au pénitencier

Un homme malade et âgé de 75 ans a été envoyé au pénitencier pour 42 mois pour avoir abusé sexuellement de ses deux soeurs cadettes pendant des années, alors qu'elles étaient mineures.
Les deux femmes ont attendu la mort de leur mère avant de porter plainte, récemment. Elles avaient quitté la maison dès qu'elles avaient approché l'âge adulte.
L'avocat de la défense, Me Jean-Claude Ouellet, a avancé plusieurs arguments pour tenter, sans succès, de convaincre la juge Johanne Roy de la Cour du Québec d'éviter l'incarcération de son client: le temps écoulé depuis qu'il est sobre, les maladies cumulées par des décennies d'alcoolisme et les risques réduits de récidive.
La représentante du Directeur des poursuites criminelles et pénales, Me Mélanie Paré, avait suggéré de trois à quatre ans de pénitencier en invoquant la position d'autorité du frère aîné, sa domination de la famille en raison du soutien financier qu'il apportait, de la répétition et de la gravité des actes posés sur les fillettes.
Les accusations portent sur des gestes posés avant l'introduction des peines minimales d'incarcération pour les délits sexuels commis envers des enfants.
Le frère a toujours nié les accusations de ses soeurs et était supporté par des membres de la famille, même pendant le procès qui s'est soldé le 21 juin 2013 par des verdicts de culpabilité. À deux occasions au moins, la juge a reporté l'audition des représentations sur sentence pour permettre à la défense d'obtenir les certificats médicaux et les plans de soins qu'elle alléguait pour éviter l'incarcération.
Le frère est, à l'évidence, dans un état de santé fragilisé par des décennies d'abus d'alcool et de nourriture. Un urologue le décrit comme souffrant d'hypertension, d'insuffisance rénale, de prostatisme et de troubles cognitifs. Il a été victime d'un AVC.
L'abuseur a cessé de consommer de l'alcool depuis plus de dix ans. Tous les gestes reprochés ont été posés à l'époque où il buvait quotidiennement.
Les victimes ont raconté qu'elles subissaient, dans un cas, des attouchements tous les deux jours, dans l'autre, sept ou huit fois par semaine. La façon de faire était souvent la même: le frère s'introduisait dans les chambres des filles la nuit et les touchaient par dessus et sous les vêtements. Il les serrait contre lui et elles ressentaient ses érections.
Les victimes ont déclaré qu'elles n'osaient pas parler parce qu'il était le soutien de famille et qu'il leur disait que sa dénonciation allait amener la misère en les privant de sa contribution.
«Il avait un contrôle parfait, a déclaré la juge qui a rendu sa décision hier en fin de journée, quelques heures après avoir entendu les arguments des avocats.
«Il régnait en roi sur la famille et leur (soeurs) faisait subir sa mauvaise humeur avec des propos dénigrants et des sacres. Elles vivaient dans un climat qu'elles ont associé à de la terreur.»
La juge a rappelé dans son énoncé que le frère couvrait leur bouche de sa main pour ne pas qu'elles soient entendues pendant qu'il agissait.
Bien qu'il soit sans antécédent judiciaire, elle le condamne au pénitencier pour tous les facteurs de gravité qu'elle a énumérés.
Réaction
Quand la juge a mentionné en cours de lecture de ses notes qu'elle ne pouvait accorder la détention dans la société parce que ce genre de peine ne s'applique qu'aux sentences de moins de deux ans, les proches de l'abuseur ont compris qu'il vivait ses dernières minutes de liberté. Les personnes qui l'accompagnaient ont pris de longues respirations pour contenir leurs sanglots.
Après le départ de la juge, une femme a été incapable de réaliser ce qui venait de se passer. «Non...! Non...! C'est pas possible!»
La femme dévastée n'arrivait pas à se lever de sa chaise. Son avocat a discuté avec elle pendant quelques minutes pour la raisonner, pendant que les constables spéciaux qui ont pour tâche de fermer les salles d'audience lui ont offert de prendre le temps nécessaire pour absorber la nouvelle.
Après quelques minutes, la femme a réussi à se déplacer, reprochant aux plaignantes d'avoir agi pour une question d'héritage.
Slemelin@lequotidien.com