L’événement met en lumière le milieu obscur et prospère du minage de cryptomonnaie.

Un Dolmissois arrêté pour un audacieux vol

(Marc Allard) – Lundi soir, cinq voleurs font irruption dans un garage du parc industriel de Saint-Augustin-de-Desmaures. À l’intérieur se trouvent deux mineurs de monnaies virtuelles et plus de 800 000 $ de matériel informatique.

Les assaillants aspergent les deux travailleurs d’eau de javel et les ligotent sur des chaises. Puis, ils remplissent un camion-cube de rigs, des cartes graphiques branchées en série qui permettent d’effectuer des transactions de cryptomonnaies comme le bitcoin.

Vers 22 h, une des deux victimes réussit à appeler le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) et décrit le camion-cube. « La mobilisation rapide de l’ensemble des policiers qui ont ratissé le secteur a permis de localiser les [deux] suspects environ 30 minutes plus tard », indique Cyndi Paré, porte-parole du SPVQ. 

Dany Bouchard, de Dolbeau-Mistassini, et Yan Pichette, de Québec, ont été arrêtés par les policiers sur la rue du Marais, à bord du camion cube blanc qu’ils avaient loué. Ils ont comparu mardi au palais de justice de Québec. 

Inédit à Québec par son ampleur, le vol dont ils sont accusés jette une lumière sur le milieu obscur et prospère du minage de cryptomonnaie. Un milieu qui, avec ces dispendieux équipements, constitue une cible de choix pour les voleurs. 

Dans la capitale, la majeure partie des entreprises spécialisées dans le domaine opèrent incognito, souligne Clément Bourgeois, un des copropriétaires de Picks, une des seules entreprises de minage de cryptomonnaie de Québec à s’afficher publiquement. « C’est un milieu assez underground », dit-il. « Si on se fait connaître dans le domaine du mining, on prend le risque que des voleurs s’intéressent à nous ». 

Au garage industriel de la rue d’Amsterdam où le vol a eu lieu, l’entreprise de minage ne dévoilait ni son nom ni ses activités. « Il n’y a aucune affiche à la porte. Quelqu’un qui passe dans la rue ne peut pas savoir ce qu’ils font », dit Martin Gagnon, le propriétaire du bâtiment où est loué le garage. 

Au registre des entreprises et dans les documents de cour, l’entreprise volée est identifiée au nom de Crypto Technologie inc. Une des victimes séquestrées, David Fortin-Dominguez, est l’actionnaire principal de l’entreprise.

Malgré un message laissé par Facebook, M. Dominguez n’a pas rappelé Le Soleil, mardi. Selon la police de Québec, les blessures que lui et son collègue ont subies n’ont pas nécessité de transport en ambulance. 

Dans les derniers mois, son entreprise semblait florissante. En décembre, il avait accordé une entrevue à La Presse dans le contexte d’un dossier sur le « nouveau Far West » des cryptomonnaies. M. Fortin-Dominguez affirmait posséder une trentaine de rigs contenant chacune six cartes graphiques et disait qu’il allait en posséder bientôt 200. 

Aussi derrière la compagnie Octomining avec des collègues, David Fortin-Dominguez estimait que le minage permettait à ses entreprises de récolter l’équivalent de 140 000 $ à 160 000 $ de cryptomonnaies par mois. « Avec le rendement actuel, les machines que nous avons achetées en avril sont déjà payées », affirmait-il au quotidien montréalais. 

Selon Clément Bourgeois, de Picks, la valeur du matériel informatique volé chez Crypto Technologie n’est pas si élevée. « À 800 000 $, c’est des petites installations », dit-il. Un seul rig de cartes graphiques vaut environ 8000 $ et, plus il y en a, plus les mineurs peuvent faire de l’argent. 

Les voleurs sont attirés par cette valeur très élevée au pied carré. Ils peuvent ensuite revendre les cartes graphiques assez facilement sur Internet, estime M. Bourgeois.

On ignore pour l’instant ce qui a conduit les suspects à voler l’équipement de Crypto Technologie. La police de Québec poursuit son enquête. 

Yan Pichette est notamment accusé de vol qualifié et de séquestration. Il était déjà en attente d’une peine pour introduction par effraction et avait des antécédents de voies de fait, complot, enlèvement et séquestration ainsi que pour du trafic de stupéfiants

Dany Bouchard, lui, fait notamment face à une accusation de vol. Des infractions au code de la sécurité routière et un incendie criminel font partie de ses antécédents judiciaires. Les deux accusés restent pour le moment détenus. Les trois autres suspects sont toujours en cavale.

Les assaillants ont aspergé les deux travailleurs d’eau de javel et les ont ligoté sur des chaises. Puis, ils ont rempli un camion-cube de rigs, des cartes graphiques branchées en série qui permettent d’effectuer des transactions de cryptomonnaies comme le bitcoin.

Toute une surprise pour le locateur du camion

(Pascal Girard) – Un des copropriétaires de l’entreprise Co-Do-Mi de Dolbeau-Mistassini, Enrico Belley, a eu toute une surprise lorsqu’un de ses amis l’a appelé mardi matin pour lui dire qu’il avait vu à TVA un de ses camions de déménagement dans une histoire de vol de 800 000 $ de matériel informatique et de séquestration à Québec. Il se souvenait bien de l’avoir loué dimanche à Dany Bouchard, arrêté lundi soir dans la capitale.

« Mets-en que je suis au courant », a-t-il d’abord répondu lors d’un entretien téléphonique avec le journaliste du Quotidien qui lui demandait s’il était au courant qu’un de ses camions avait servi à commettre un crime dans les dernières heures.

« C’est un de mes amis qui m’a appelé ce matin pour me dire qu’il venait de voir un de mes camions de location qui avait été mis en arrestation. Sur le coup, je pensais que c’était une blague. Je me suis demandé si on était le 1er avril. Je me suis rendu au bureau pour vérifier. C’est là que j’ai vu ça, que j’avais loué le camion dimanche soir », a expliqué l’homme d’affaires, lorsque joint sur son téléphone cellulaire où il transfère ses appels quand son commerce est fermé. 

C’est d’ailleurs de cette façon que Dany Bouchard l’avait contacté. « Il est venu tout seul avec son véhicule. J’ai pris son permis de conduire pour faire les vérifications d’usage. Tout était conforme. Je ne pouvais pas m’attendre à une situation rocambolesque de même, c’est impossible. [...] Il était 7 h en soirée et il est venu tout seul. Je lui ai donné les clés et le contrat de location. Il a dit qu’il reviendrait plus tard chercher le véhicule. Il est revenu et je n’ai jamais eu de nouvelles de lui. Quand on est arrivés ce matin, le camion n’était pas là et il n’y avait pas de véhicule à lui non plus dans la cour, on a vérifié. Il devait arriver dans la nuit qu’il m’avait dit », a-t-il enchaîné.

Enrico Belley a indiqué qu’il connaît Dany Bouchard, mais sans plus. « C’est quelqu’un que j’ai vu souvent dans la ville, mais je ne le connais pas personnellement. Je lui avais peut-être loué un pick-up pour aller en forêt dans les cinq dernières années », a-t-il aussi révélé.

L’histoire a ceci de stupéfiant qu’en plus d’avoir loué le camion à son nom, ce dernier était très facilement identifiable et retraçable. « C’est la première fois de ma vie que je vois ça, d’autant plus que le camion est vivement identifié à nos couleurs. Ça ne passe pas inaperçu. C’est la première fois que ça arrive et j’espère que c’est la dernière parce qu’il va y avoir pas mal de frais encourus dans cette histoire-là », a-t-il poursuivi, se demandant si le camion, un modèle Hino 185, avait subi des dommages lors de la fuite des cambrioleurs. « Je suis toujours en attente, le camion est saisi à Québec. Les policiers qui enquêtaient sont supposés me contacter demain pour qu’on envoie des personnes aller chercher le camion », a-t-il ajouté.

Le propriétaire gardait cependant le sourire dans la mésaventure. « J’aime mieux que les clients continuent à déménager des meubles et des choses légales. C’est sûr que ça me fait une petite pub, mais j’aurais aimé ça dans un autre cadre », a-t-il conclu.