Maxime Gobeil est accusé de trois chefs de conduite dangereuse causant la mort.

Un dépassement «dans les normes»

Le policier Maxime Gobeil, impliqué dans un accident de la route ayant fait trois morts, a effectué des dépassements sécuritaires et en respectant les normes (de conduite d’urgence) lorsqu’il répondait à un appel d’urgence.

François Perron et Alexandre Biron, deux techniciens ambulanciers de Dolbeau-Mistassini, ont raconté au juge Pierre Simard, de la Cour du Québec, ce qu’ils avaient constaté l’après-midi du 18 juillet 2015 lorsque trois véhicules de patrouille de la Sûreté du Québec (SQ) ont passé à côté d’eux gyrophares allumés et sirènes ouvertes.

La deuxième journée du procès du policier Gobeil s’est déroulée au Palais de justice de Roberval, alors que Me François Godin, de la Couronne, a fait entendre quatre témoins.

Le 18 juillet 2015, alors qu’il répondait à un appel d’urgence de priorité 1 pour de la violence conjugale à Sainte-Jeanne-d’Arc, le véhicule semi-banalisé du policier Maxime Gobeil a frappé de plein fouet la voiture conduite par Georges Martel, qui était accompagné de sa conjointe Louiselle Laroche et de Cécile Lalancette sur le boulevard Dequen, à Dolbeau-Mistassini. Les trois personnes sont mortes sur le coup. Elles se rendaient au salon funéraire.

Le policier de 33 ans fait face à trois chefs de conduite dangereuse causant la mort, qui sont passibles de 14 années de détention (au maximum).

Les deux ambulanciers venaient donc de terminer leur heure de repas lorsqu’ils ont repris la route en direction de Mistassini. Ils se trouvaient sur la route 169 (boulevard des Pères).

« Nous avons vu les gyrophares et entendu les sirènes de deux véhicules de police (identifiés) de la SQ. Nous nous sommes tassés sur l’accotement pour les laisser passer. Lorsque nous sommes arrivés au pont à Mistassini (près du camping Chute des pères), 15 à 30 secondes plus tard, nous avons vu et entendu un troisième véhicule de la SQ arriver. Nous nous sommes tassés à nouveau pour lui faire de la place », explique François Perron, qui était passager dans l’ambulance.

« Il (Maxime Gobeil) nous a dépassés selon les normes (conduite d’urgence) et de façon sécuritaire. Nous l’avons vu un certain temps, mais nous l’avons perdu de vue. Malgré tout, comme trois voitures de police venaient de passer, nous avons décidé de poursuivre notre route sur le boulevard Dequen, car nous pensions qu’il pouvait se passer quelque chose. À un moment donné, à la hauteur du commerce Écotone, nous avons vu un panache de fumée. On a cru à un incendie et nous étions surpris de ne pas avoir été appelés. Nous nous sommes dirigés vers cet endroit et nous avons vu que c’était un accident », poursuit M. Perron.

Rapidement, les ambulanciers ont vu que la voiture du policier Gobeil se trouvait en travers de la route et ont compris que la fumée provenait du véhicule. Ils ont été les premiers secouristes sur les lieux du drame.

Ils se sont dirigés vers le véhicule du policier (le premier sur le chemin).

« Le policier nous a dit d’aller voir les occupants de l’autre véhicule, que lui était correct. C’est ce que j’ai fait », a indiqué l’ambulancier Perron.

Son collègue Alexandre Biron abonde dans le même sens. Il a noté que le dépassement de Maxime Gobeil avait été fait de façon sécuritaire et n’a rien noté d’anormal. 

L’ambulancier François Perron a mentionné que le policier Maxime Gobeil avait effectué un dépassement sécuritaire et selon les normes.

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L'INATTENTION EST UNE CAUSE PROBABLE

L’inattention du conducteur Georges Martel et le fait qu’il n’ait pas cédé le passage à un véhicule d’urgence semblent être les principales causes de l’accident ayant fait trois morts à Dolbeau-Mistassini, en juillet 2015.

Il s’agit du moins des conclusions du rapport d’un expert du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), corps policier appelé à enquêter sur cet accident impliquant un policier de la Sûreté du Québec. L’enquêteur estime qu’il s’agit des causes probables de l’accident.

Ce même document précise aussi que le policier Maxime Gobeil conduisait plus rapidement que la limite autorisée dans le secteur du boulevard Dequen, qui est de 50 km/h. On y précise aussi qu’il est possible que le véhicule de police chevauchait les lignes jaunes continues du boulevard au moment de l’impact.

Le reconstitutionniste du SPVQ, Denis P. Turcotte, a mentionné à l’avocate de la défense, Me Nadine Touma, qu’il partageait les conclusions du rapport de son collègue.

De plus, rien du côté mécanique des véhicules n’a été remarqué. Les conditions météorologiques, malgré une pluie fine et une chaussée mouillée, n’ont pas eu de véritables impacts. 

Appuyé par ses collègues

En plus de la conjointe de Maxime Gobeil, une dizaine de policiers de la SQ suivent les procédures de près. 

« Nous sommes là en appui à Maxime. Il était dans le cadre de son travail lorsque l’accident est survenu », indique un policier qui ne veut pas être identifié, mais qui parle au nom de tous ses collègues.

« En plus de l’appui, car Maxime est toujours un ami, nous voulons savoir ce qui se passe. Nous savons que l’issue de ce procès aura des impacts sur notre travail. Nos façons de faire ont été modifiées et il pourrait y avoir d’autres changements à la suite du procès », estime-t-il.

Les policiers de la SQ ne sont pas craintifs de faire leur travail, mais ne cachent pas qu’ils agissent différemment lors d’un appel d’urgence. 

« Tous les procès ont un impact sur notre travail et notre façon de faire », reprend l’agent.

Rappelons que cinq jours après l’accident, les autorités de la SQ avaient pris la décision d’interdire les véhicules semi-banalisés pour les interventions sur les appels d’urgence.