Miguel Dufour a été blessé par balle lors d'une introduction par effraction dans un duplex de l’avenue Renouard à Beauport, le 4 juin 2017.

Un cambriolage qui tourne mal: un seul tireur... mais qui?

Qui a tiré sur Miguel Dufour? C’est pas moi, c’est l’autre, répondent en chœur les deux coaccusés. L’ADN et des témoins réveillés en sursaut apporteront des réponses.

Le 4 juin 2017, vers 23h55. Un duplex banal de l’avenue Renouard à Beauport, près de l’intersection avec la rue Joncas.

Miguel Dufour, 33 ans, dort dans sa chambre décorée aux couleurs de son équipe de hockey préférée, les Bruins de Boston. Sa copine est à ses côtés.

Soudain, il est réveillé par le bruit d’une porte qu’on enfonce. Deux assaillants entrent pendant qu’un troisième reste à l’extérieur. Les intrus ordonnent au colocataire de Miguel de se coucher au sol.

Miguel se lève, s’approche des escaliers et tombe face à un homme en noir au visage caché qui brandit un pistolet à impulsion électrique (taser gun). Il reçoit cinq ou six décharges dans les côtes.

Grand gaillard de six pieds et quatre pouces, Miguel Dufour a le réflexe d’asséner une dizaine de coups de poing à la tête de son agresseur. Pendant ce temps, la blonde de Miguel hurle en sautant sur le lit. La mère de Miguel, son beau-père, son frère et sa copine, qui vivent à l’étage, descendent en trombe.

Plusieurs détonations

Tous les témoins entendent un premier coup de feu. L’agresseur a tiré au sol, en guise d’avertissement. Puis, plusieurs autres détonations. Miguel est atteint à l’abdomen par trois projectiles de calibre .38. Miguel ne s’en rend pas compte et saisit un bâton de baseball. Il veut se mettre aux trousses des agresseurs qui ont fui par la cour arrière.

Miguel revient sur ses pas, blême. Le sang gicle de ses plaies à chaque battement de cœur. Il s’affaisse au bas des escaliers. La copine de son frère est au téléphone avec le 9-1-1. 

Bientôt, six autopatrouille de la police de Québec convergent vers le calme petit bout de rue. On ordonne aux occupants de la maison de sortir, les mains en l’air. Les policiers ignorent qui est le tireur et s’il peut être encore à proximité, tapi dans les buissons.

Les ambulanciers évacuent Miguel Dufour. Il saigne abondamment. La victime sera dans le coma durant au moins une semaine et reste un mois et demi à l’hôpital.

Le maître-chien est appelé pour faire du ratissage. Plusieurs pièces à conviction sont saisies : une tuque avec le logo Budweiser et deux trous percés au niveau des yeux, une chaîne métallique avec une croix, des gants, un manteau. Les policiers ont aussi repéré des traces de sang à l’extérieur, à un endroit où Miguel Dufour ne s’est jamais rendu.

Les pièces sont envoyées au laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale.

Les enquêteurs reçoivent bientôt l’appel d’une source qui leur parle de Mario Lamonde, 36 ans, un ami de Miguel Dufour. Les policiers apprennent que Lamonde a passé la soirée du 4 juin chez Dufour à jouer à des jeux vidéo.

Besoin d’argent

En interrogatoire, à la fin de l’automne 2017, Lamonde incrimine deux autres individus : Pierre Lemelin, 36 ans, et Johnny Daigle, 51 ans. Les deux subissent depuis une semaine leur procès pour tentative de meurtre, introduction par effraction, vol qualifié, agression armée et avoir braqué une arme à feu. En raison de l’utilisation de l’arme, leurs crimes, s’ils sont déclarés coupables, pourraient leur valoir une peine minimale de quatre ans.

Mario Lamonde a aussi été accusé d’introduction par effraction et de vol qualifié. Il subira éventuellement son procès à moins qu’il ne choisisse de plaider coupable.

Lamonde raconte aux policiers l’histoire d’un cambriolage raté. Selon Lamonde, Pierre Lemelin a besoin d’argent; il doit environ 3000 $ à Johnny Daigle pour l’achat d’une moto.

Coffre convoité

Mario Lamonde sait que son ami Miguel Dufour vend du cannabis et garde de l’argent et de la drogue dans un petit coffre, dans sa chambre. Il en parle à Lemelin. Le trio Lamonde-Lemelin-Daigle organise le coup rapidement. Il débarque rue Renouard. Mario Lamonde n’entrera jamais à l’intérieur, de peur d’être reconnu par Miguel Dufour.

Au moment de son arrestation, en janvier 2018, Pierre Lemelin admet qu’il est allé chez Dufour pour commettre un vol. Mardi, en fin de procès, il a d’ailleurs plaidé coupable à l’accusation d’introduction par effraction dans le but de commettre un vol qualifié. Il maintient son plaidoyer de non-culpabilité pour les autres accusations.

À l’enquêteur qui le questionnait, Pierre Lemelin a juré qu’il n’a jamais touché à l’arme. C’est Daigle qui l’a apportée et c’est lui qui a tiré, insiste-t-il. Lemelin ajoute que lui, il s’occupait du «taser».

Le problème, c’est que les enquêteurs savent depuis quelques jours que l’ADN de Pierre Lemelin, et seulement le sien, a été trouvé dans la tuque «Budweiser» aux yeux découpés. Trois témoins de l’invasion de domicile ont affirmé que le tireur avait une tuque «Budweiser» déroulée sur la tête. Johnny Daigle, lui, n’a fait aucune déclaration aux policiers venus le rencontrer en prison au Saguenay, où il était détenu dans un autre dossier. Quelques gouttes de son sang ont été trouvées dans la cour arrière.

Le procès se terminera mercredi avec les plaidoiries.