Céline Braud, d'origine française, a reconnu sa culpabilité à des voies de fait sur un bambin de sept mois. Elle risque l'expulsion du Canada.

Un bambin brassé par sa nounou

La gardienne d'enfants Céline Braud, coupable de voies de fait sur un bambin de sept mois, risque d'être déportée vers la France si elle se retrouve avec un casier judiciaire.
Le juge Richard P. Daoust déterminera s'il opte pour une absolution conditionnelle (avec travaux communautaires) ou inconditionnelle, demandée par la défense, ou une détention de 60 à 90 jours ou un maximum de travaux communautaires, suggéré par la Couronne.
La dame de 29 ans a plaidé coupable à des accusations de voies de fait et de menace de causer des blessures à une fillette.
Braud a été filmée entre le 21 et le 24 mars 2016 alors qu'elle bordait l'enfant. Les parents, qui avaient embauché la femme auprès d'une agence, avaient installé une caméra dans la chambre du bambin afin de s'assurer que tout allait bien la nuit.
Mais au matin du 21 mars, ils ont oublié d'arrêter les enregistrements. Les gestes ont été filmés.
Quelques jours plus tard, le père visionne les vidéos et aperçoit le mal qui est fait à son enfant.
La nounou brasse l'enfant, le soulève brusquement, le tourne avec une certaine violence dans le lit, menace de l'étouffer et crie après.
« Lorsque j'ai vu ça, cela m'a enragé. J'étais complètement bouleversé, je ne savais pas quoi faire. Je ne comprenais pas et j'ai perdu mes moyens », a expliqué le père de l'enfant.
« Lorsque ma conjointe et moi sommes arrivés à la maison, nous avons confronté la gardienne en lui montrant la vidéo. Elle s'est mise à pleurer et nous a suppliés de ne pas porter plainte », a ajouté le papa, qui a senti le regard accusateur lorsqu'il s'est présenté à l'hôpital pour faire examiner son enfant, même s'il n'avait rien à se reprocher.
Malgré les gestes de maltraitance, aucune blessure n'a été notée.
De son côté, l'accusée n'arrive pas à comprendre ce qui a pu lui passer par la tête, si ce n'est qu'elle subissait un stress.
« J'ai voulu comprendre ce qui s'était passé. J'ai consulté un thérapeute à de nombreuses reprises afin d'avoir les outils pour éviter que ça se reproduise », indique la dame qui est au Québec depuis 2008.
« Ces journées-là, j'ai perdu le contrôle. J'étais trop stressée et je ne savais pas comment me sortir de cette situation », dit-elle.
L'accusée a fait parvenir une lettre d'excuse aux parents du bambin, précisant qu'elle regrettait vraiment ce qui s'était passé et pour dire qu'elle n'a pas su saisir la chance qui lui avait été offerte de s'occuper d'un petit enfant.
Tout à perdre
Advenant le cas où Céline Braud, de la rue Duhaime à Chicoutimi, se retrouve avec un casier judiciaire, elle serait retournée dans son pays d'origine, car elle ne possède pas sa résidence permanente au Canada (elle a un visa de travail).
« Peu importe où l'on se place, ce qui est arrivé est abominable. Les gestes sont graves, mais ils se situent au plus bas de l'échelle des voies de fait. Il n'y a pas de bleus ni d'ecchymoses », a noté le criminaliste Jean-François Têtu.
Le juge Daoust a appelé l'avocat à la prudence, car il s'agit d'un bambin de sept mois qui a été brassé par un adulte.
« Il est évident que l'absolution inconditionnelle représente un intérêt véritable pour ma cliente. Le public pourrait comprendre l'absolution étant donné que la dame a toujours eu un emploi et qu'elle a fait sa vie ici (elle est mariée avec un militaire). Les conséquences d'un casier judiciaire seraient disproportionnées avec les gestes commis, que personne ne veut voir, mais qui ne sont pas non plus les plus graves », note Me Têtu.
À la Couronne, Me Karen Inkel croit que la détention est justifiée.
« Il est rare que l'on puisse avoir des vidéos de voies de fait. Elle s'en est prise à un enfant de sept mois, qui est prisonnier dans son lit, qui ne peut se sauver et se réfugier et qui n'a aucun moyen de défense. Il n'y a pas plus fragile, plus vulnérable » note Me Inkel.
« L'accusée nous a dit qu'elle se sentait coupable, mais cela ne l'a pas empêché de recommencer. Elle a brassé l'enfant une première fois et a recommencé le lendemain », note la procureure de la Couronne.
Décision le 15 septembre.