Un autre policier a roulé à 120km/h

Le collègue du policier Maxime Gobeil, Mathieu Perron, précise qu’il a roulé à 120 km/h sur le boulevard Dequen, à Dolbeau-Mistassini, et possiblement un peu plus l’après-midi du 18 juillet 2015.

L’agent Perron a témoigné, lundi, au Palais de justice de Roberval, au procès du policier Gobeil, accusé de conduite dangereuse causant la mort de Georges Martel, Louiselle Laroche et Cécile Lalancette, le 18 juillet 2015, sur la rue Dequen, dans le secteur Mistassini. 

Il a été démontré que l’agent Gobeil, de la Sûreté du Québec, se dirigeait sur les lieux d’un cas de violence conjugale, à Sainte-Jeanne-d’Arc, et qu’il roulait à 140 km/h dans une zone de 50 km/h juste avant l’impact.

« J’ai cette journée très claire dans ma mémoire. Environ 30 secondes avant l’accident, je suis passé exactement au même endroit où l’accident a eu lieu. Je n’arrête pas de dire que c’est moi qui aurais pu être impliqué là-dedans », a d’abord répondu le policier Perron aux questions de Me Nadine Touma, de la défense.

Le policier, qui était parti du salon de quilles, a poursuivi son témoignage en disant qu’il avait roulé rapidement sur le boulevard Vézina, a ralenti sur la 8e avenue, est allé plus vite sur le boulevard des Pères et a été prudent sur la rue Panoramique, avant de pouvoir atteindre des vitesses plus élevées sur le boulevard Dequen.

« La visibilité est bonne et il s’agit d’un long bout droit. J’ai atteint une vitesse d’environ 120 km/h plus loin et même plus. J’ai chevauché la ligne jaune, car les voitures s’étaient tassées sur le côté. Les conducteurs avaient posé un geste (de se tasser) avant que je ne passe à côté », ajoute l’agent. Contre-interrogé par Me François Godin, de la Couronne, le patrouilleur dit ne pas avoir parlé de la visibilité sur le boulevard Dequen ni de la circulation aux enquêteurs du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), car la question n’a pas été posée. 

Avant le témoignage de Mathieu Perron, son collègue Jimmy Plourde, en congé la journée de l’accident, a affirmé avoir offert son aide, car il était dans le secteur et avait entendu l’appel pour la violence conjugale. « J’arrivais à Mistassini lorsque j’ai entendu l’appel. J’ai offert mon aide. En retournant vers Sainte-Jeanne-d’Arc, j’ai entendu l’appel de l’accident et j’ai cru qu’il était préférable de me rendre sur les lieux et de laisser mes deux collègues répondre au cas de violence conjugale », a exprimé M. Plourde.

En réponse aux questions de la Couronne, l’agent Plourde a précisé qu’en raison des effectifs sur le terrain (quatre agents au total), il se devait de venir en renfort sur les lieux de l’accident et de laisser ses deux autres collègues sur le dossier de violence conjugale, même si la présence de trois agents était préférable.

L’agent Mathieu Perron, de la SQ à Dolbeau-Mistassini, estime avoir roulé jusqu’à 120 km/h en se dirigeant sur les lieux d’une violence conjugale, un peu moins vite que son  collègue Maxime Gobeil (140 km/h).

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TROIS AGENTS ÉTAIENT NÉCESSAIRES

Le sergent de relève de la Sûreté du Québec (SQ) à Dolbeau-Mistassini, Alain Brassard, aurait voulu envoyer un autre policier vers l’appel de violence conjugale à Sainte-Jeanne-d’Arc, mais il ne pouvait pas remplacer Maxime Gobeil, car celui-ci venait d’être impliqué dans un accident de la route. 

Si c’était à refaire, il agirait de la même façon, même qu’il pense toujours que trois agents étaient nécessaires pour cet appel au 911.

« Il s’agissait d’un appel de priorité 1. Une femme et un enfant pouvaient être en danger et un homme, qui venait de défoncer une porte, se trouvait encore sur les lieux. Je sais que ça prend du monde et que les policiers doivent s’y rendre le plus vite possible », raconte le sergent.

« La politique de la SQ mentionne qu’il faut un minimum de deux policiers pour les appels de violence conjugale ou familiale. Comme il est possible que l’on doive arrêter une personne, j’estime que trois policiers pouvaient être nécessaires. Deux agents se sont assignés sur les lieux et j’ai assigné Maxime Gobeil aussi », ajoute-t-il. 

Questionné à savoir si Maxime Gobeil était son ami, le sergent Alain Brassard a parlé d’un collègue de travail et d’un ami au boulot, comme les autres.

Accident 

Alors que trois voitures de patrouille se dirigeaient vers Sainte-Jeanne-d’Arc, l’agent Gobeil a communiqué avec le Centre de gestion des appels pour leur dire qu’il venait d’être impliqué dans un accident et qu’une ambulance était nécessaire.

Le sergent Brassard a pris la décision de s’assigner sur l’appel et s’est rendu sur les lieux. Il a reçu un appel de deux autres collègues, en congé, qui se trouvaient à proximité et qui offraient leur aide.

Le sergent Brassard a accepté puisque la route devait être bloquée et que la scène d’accident devrait être protégée.

Contre-interrogé par Me François Godin, de la Couronne, afin de savoir pourquoi il n’a pas envoyé un de ces deux policiers (en congé) vers Sainte-Jeanne-d’Arc pour assurer la présence de trois agents, le sergent Brassard a estimé qu’il avait besoin d’aide sur un événement majeur, soit l’accident.

« Je pense toujours qu’il fallait trois policiers pour la violence conjugale, mais sur les lieux de l’accident, j’étais seul et j’avais besoin d’aide. Il fallait bloquer la route pour éviter d’autres accidents et protéger la scène d’accident. »

« Je savais qu’il y aurait une enquête ministérielle étant donné qu’un policier était impliqué et que c’est un autre corps policier qui ferait l’enquête. J’avais besoin de véhicules avec gyrophares pour m’assurer que les automobilistes verraient que la route était bloquée », a poursuivi le sergent Brassard.

Interrogé justement sur le fait que la voiture noire semi-banalisée pouvait être moins visible que les véhicules standards de la SQ, Alain Brassard a confirmé que c’était le cas en situation régulière.

« Mais lorsque les gyrophares (dans le pare-brise) et les sirènes sont en fonction, il n’est pas moins visible », a conclu le sergent Brassard.