Réjean Tremblay connaîtra le sort que le tribunal lui réserve le 3 juin. Il pourrait entrer en prison.

Un auteur d'abus sexuels risque la détention

Le septuagénaire Réjean Tremblay, originaire de Saint-Honoré, doit-il prendre le chemin de la prison ou peut-il purger sa sentence en société pour avoir abusé sexuellement de l’une de ses soeurs et d’une autre personne il y a plus de 60 ans ?

Le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec, rendra la sentence qui s’impose le 3 juin.

Me Karen Inkel, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), demande une peine de deux ans moins un jour de détention ferme, alors que Me François Dionne, en défense, réclame plutôt des travaux communautaires et une sentence en société (voir autre texte en page 5).

Selon les conclusions du rapport présentenciel, le risque de récidive est inexistant étant donné que l’homme a connu une vie sans faille au cours des quelque 53 dernières années, soit depuis qu’il est marié.

L’homme, qui vit depuis de nombreuses années en Ontario, a plaidé coupable en janvier à sept chefs d’accusation d’attentats à la pudeur, de grossières indécences et d’inceste. Il a commis les gestes entre février 1958 et février 1961, alors qu’il n’avait qu’entre 15 et 17 ans, et de février 1961 à mars 1966.

Pour la première victime, sa sœur, elle avait 11 ans lorsque Tremblay lui a touché les seins et le vagin et qu’il a amené l’enfant à lui toucher le pénis.

À l’âge adulte, il a poursuivi les abus où il a commis des cunnilingus, s’est fait faire des fellations et a été masturbé. Il a aussi eu deux relations complètes avec sa première victime.

Quant à la deuxième jeune fille, qui avait neuf ans à l’époque, l’accusé lui a demandé, à une seule occasion, de lui uriner dans la bouche, alors que l’enfant se trouvait debout au-dessus de lui.

Tous ces gestes dégradants se sont déroulés à la ferme familiale du petit rang 6 à Saint-Honoré. Les enfants se retrouvaient au grenier de l’étable et c’est là que les actes se produisaient.

Le contexte familial a été au cœur de ce dossier. Il a été précisé au tribunal que le père de famille et les trois frères aînés ont abusé sexuellement de deux des filles de la famille et d’une autre personne au fil des années.

Mais Réjean Tremblay est le seul à avoir été accusé et les accusations sont tombées près de 60 ans après les premiers gestes posés par l’accusé.

Lundi, brièvement Me Inkel a résumé la déclaration de l’une des victimes de ces actes devant le tribunal.

« On m’a volé ma vie. Je n’ai pas eu d’amies. Toute ma vie d’enfant et d’adolescente, je me suis sentie comme un lapin en cage, prisonnière des renards qui étaient autour de moi. Et j’ai toujours été méfiante envers les hommes », a écrit l’une des victimes, en parlant de son père et de ses frères.

La procureure de la Couronne justifie sa demande d’une sentence de détention ferme par le fait que les gestes posés étaient graves et intrusifs.

« Oui il y a eu des gestes à l’époque où l’accusé était d’âge mineur. Je peux comprendre qu’il y a eu un contexte familial dans tout ça et qu’il n’a fait que suivre l’exemple », mentionne Me Inkel.

« Mais il est parti de la maison durant trois ans. Il a connu d’autres gens. Pourtant, lorsqu’il est revenu à la maison durant son séjour de trois ans dans l’armée, il a eu des relations sexuelles complètes avec la victime », a ajouté Me Inkel.

Celle-ci n’est pas prête à tout mettre sur le dos de l’accusé, car il a été démontré que d’autres membres de la famille avaient fait la même chose.

Si Réjean Tremblay a été le seul accusé, c’est qu’il a commis plusieurs gestes et que le paternel et le frère aîné de la famille sont décédés.

« Il n’y a pas que du noir du côté de l’accusé. Selon les témoignages, il a été un bon mari et un bon père de famille. Un homme exemplaire. Mais il ne faut pas oublier qu’il a commis des gestes graves aussi. Et il a posé ses gestes sur deux enfants », de noter la procureure de la Couronne.

En plus de la détention ferme, Me Inkel demande une probation, un échantillon d’ADN, une inscription au registre des délinquants sexuels et ne pas avoir de contacts avec les victimes.

Le juge Michel Boudreault rendra la sentence de Réjean Tremblay le 3 juin.

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Il A SUIVI «L'EXEMPLE» ET ÉPROUVE DES REGRETS

Les gestes posés par Réjean Tremblay, sur la ferme familiale du petit rang 6 à Saint-Honoré, sont impardonnables et n’auraient jamais dû se produire. Mais Me François Dionne croit que le tribunal doit tenir compte de l’époque où cela s’est produit et du contexte familial pour rendre sa sentence.

L’avocat en défense demande au juge d’éviter l’emprisonnement ferme de son client. Il suggère une peine de deux ans moins un jour en société et la réalisation de 240 heures de travaux communautaires. 

Le septuagénaire n’est pas bien dans sa peau. Il regrette ce qui s’est passé et a demandé pardon.

« J’aurais voulu donner un bras pour effacer tout ça. J’ai été hanté par ces gestes toute ma vie. Je me réveillais la nuit. J’ai toujours eu des regrets », a raconté l’homme.

« Pourquoi j’ai fait ça ? Peut-être par un manque d’amour de mon père. J’ai voulu le prendre dans mes bras une fois et il m’a repoussé. J’ai aussi répété les gestes que j’ai vus de la part de mon père et de mon frère aîné. Ils ont aussi abusé d’une de mes sœurs », a précisé Réjean Tremblay.

La vie d’enfance ne semble pas avoir été facile pour les enfants qui ont vécu à la ferme de Saint-Honoré. Ils étaient reclus, ne pouvaient recevoir d’amis et ne pouvaient allez voir des amis à l’extérieur de la ferme.

« L’éducation et la vie n’étaient pas celles d’aujourd’hui. Je n’excuse pas ce que mon client a fait, mais il faut tenir compte de l’époque, du contexte familial. Il n’y avait pas beaucoup d’éducation dans cette famille. Il n’y avait pas d’Internet il y a 60 ans. »

« Tous les malheurs des deux victimes ne sont pas attribuables uniquement à l’accusé. D’autres ont commis des gestes, mais il n’y a pas eu de plaintes contre eux », croit Me Dionne.

Réjean Tremblay n’avait jamais vraiment reparlé de cette époque avec ses proches. Sa conjointe des 53 dernières années était au courant, mais pas ses filles.

« Je leur ai parlé après avoir plaidé coupable. Elles ont été sous le choc et ont pleuré beaucoup. Mais comme ma conjointe, elles sont derrière moi. On a toujours été près les uns des autres et ça va continuer », a-t-il indiqué.

Là où se situent les craintes de Réjean Tremblay, c’est sur son entourage en Ontario et dans la famille de sa femme à La Malbaie. Le septuagénaire est un homme très impliqué dans sa communauté.