La juge Sonia Rouleau estime que la détention ferme envoie le message aux victimes d’abus sexuels qu’elles peuvent et doivent dénoncer leurs agresseurs.

Un abuseur envoyé au pénitencier

À huit jours de Noël, le Chicoutimien Serge Roy a pris le chemin du pénitencier pour les 42 prochains mois pour avoir abusé sexuellement de sa victime à plus de 100 reprises sur une période de sept ans. La victime a laissé sortir quelques sanglots en entendant la juge Sonia Rouleau prononcer la peine.

Roy a commis les nombreux attouchements sexuels entre 1988 et 1995. La première fois, la victime n’avait que neuf ans. Roy a aussi plaidé coupable à des incitations à des contacts sexuels.

La juge Rouleau, de la Cour du Québec, a rendu sa sentence lundi au Palais de justice de Chicoutimi. Me Michael Bourget, de la Couronne, avait réclamé une peine de 48 mois, alors que Me Jean-Marc Fradette, en défense, avait suggéré une sentence de deux ans moins un jour en collectivité.


«  Une peine de détention ferme peut permettre à des victimes de vouloir porter plainte dans des cas similaires.  »
La juge Sonia Rouleau

Tout au long du prononcé de la sentence, Roy, âgé de 66 ans, est demeuré debout devant la magistrate. Il a écouté religieusement. Il n’a pas bronché. Et lorsque le chiffre de 42 mois est tombé, Roy a vu la porte menant au bloc cellulaire s’ouvrir et a senti la présence derrière lui d’un constable spécial.

Il ne s’est pas tourné pour jeter un œil en direction de sa conjointe, présente dans la salle, ou encore de la victime.

Roy a commencé les attouchements en prenant sa douche avec l’enfant de neuf ans, sous prétexte que son hygiène corporelle était déficiente. C’est au moment de laver les parties génitales de l’enfant que l’agresseur a eu une excitation. Il a même cru que c’était la même chose pour le jeune.

Plus tard, lorsque l’enfant est devenu adolescent, les deux hommes sont passés à un autre niveau, en se faisant mutuellement des fellations.

Le jeune homme a dénoncé les gestes plusieurs années plus tard et a porté plainte à la police par crainte que son enfant en vienne à subir les mêmes gestes.

« Vous avez commis vos gestes avec préméditation et préparation, car vous avez tout fait pour éviter de vous faire prendre. Vous avez prétendu l’hygiène déficiente de l’enfant pour agir. Même dans la confection de votre rapport présentenciel, il est mentionné que vous avez une introspection lacunaire », a mentionné la juge Rouleau.

« Vous avez plaidé coupable 16 mois après les dénonciations et à la suite de l’enquête préliminaire où la victime a témoigné. Je me dois de prioriser la désapprobation et dénoncer les nombreux cas d’abus que vous avez commis. Je tiens compte de votre faible introspection », a ajouté la magistrate.

Pas de collectivité

Au moment d’en arriver aux dernières lignes de son jugement, la juge Rouleau a aussi rappelé que les peines en collectivité, pour des gestes à caractère sexuel sur des enfants, ne peuvent s’appliquer dans cette affaire.

Me Fradette avait plaidé cette possibilité étant donné que les crimes remontaient à plus de 20 ans et que son client n’avait commis aucune autre infraction depuis ce temps.

Une peine en société aurait pour effet de diluer les gestes qui ont été commis auprès d’enfants vulnérables, qui n’ont pas tout ce qu’il faut pour faire face à ces situations.

« Une peine en société enverrait le message que les agresseurs peuvent éviter la prison s’ils parviennent à faire en sorte que les plaintes soient éloignées dans le temps. Alors qu’une peine de détention ferme peut permettre à des victimes de vouloir porter plainte dans des cas similaires », de dire la juge de la Cour du Québec.

Durant son séjour au pénitencier, Roy devra fournir un échantillon d’ADN. À sa sortie, il devra s’inscrire au registre des délinquants sexuels pour la balance de ses jours et ne pourra posséder d’armes à feu.

Lettre d’amour

L’agresseur sexuel n’a pas fait que de toucher le corps de sa victime. Roy est même tombé en amour avec le jeune homme au point de lui écrire une lettre d’amour.

La mère de la victime, qui était devenue un adulte, a découvert par hasard la lettre que Roy avait écrite plusieurs années auparavant.

Ce fut l’élément déclencheur pour que la victime se rende auprès des autorités policières et dépose officiellement la plainte contre Serge Roy.