«Ce n’est pas parce qu’une personne a l’air bizarre qu’elle souffre de problèmes mentaux et qu’elle est dangereuse. Ces gens peuvent vivre normalement en société», estime Julie Lavoie, directrice en santé mentale au CIUSSS.

Trouble mental n’égale pas violence, selon la directrice en santé mentale du CIUSSS

« Ce n’est pas parce qu’une personne souffre de troubles mentaux qu’elle est nécessairement violente. Notre clientèle en santé mentale n’est pas dangereuse. Ce qui s’est passé à Roberval et à Alma, c’est très triste, mais il s’agit de cas d’exception. »

Julie Lavoie, directrice de la santé mentale, de la dépendance et des services à la jeunesse du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay–Lac-Saint-Jean, souhaite que les gens n’en viennent pas à stigmatiser les personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale.

La directrice a été interpellée en lien avec les événements violents de la dernière semaine. Elle a été questionnée sur les suivis en santé mentale et sur la nécessité de rétablir des institutions pour ces personnes.

« Ce que je souhaite par-dessus tout, c’est que personne ne s’empêchera de consulter une ressource, car elle aura peur d’être identifiée comme une personne dangereuse. Les gens qui ont une problématique de santé mentale peuvent occuper un emploi et avoir une famille. Il leur est possible de vivre tout à fait normalement », poursuit Mme Lavoie.

Si quelques cas sont référés par les autorités en santé ou par les membres de la famille, la grande majorité des cas se fait sur une base volontaire.

« Nous avons les ressources pour aller rencontrer ces gens à leur résidence, voir s’ils prennent leur médication. On tente d’établir un contact, mais ça se fait sur une base volontaire », note-t-elle.

« Mais il faut retenir qu’avec la bonne médication et les bons suivis, une personne souffrant d’un trouble de santé mentale peut vivre normalement », ajoute Mme Lavoie.

Avec les événements des derniers jours, plusieurs citoyens se montrent favorables à la réouverture des institutions pour les personnes souffrant de troubles mentaux, comme l’institut Roland-Saucier à l’époque.

Julie Lavoie ne pense pas que ça va se réaliser et que les autorités doivent revenir en arrière.

« Une personne sur quatre ou cinq souffrira à un moment ou un autre de sa vie d’un problème de santé mentale. Ça peut être la dépression ou la schizophrénie par exemple. Mais ça ne fait pas de ces gens des gens dangereux. »

« Les institutions ne sont pas une solution et non, il ne faut pas les rouvrir. Les approches thérapeutiques ont évolué. La médication aussi. Les programmes de réadaptation se sont améliorés. Les paradigmes ont changé et il est possible de fonctionner dans la société avec un problème de santé mentale », précise Mme Lavoie.

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«UN SYSTÈME DE JUSTICE EFFICACE»

Le système de justice canadien a soulevé bien des questions, au cours des derniers jours, en raison de deux événements survenus au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Tout d’abord, Paul-Émile Awashish a asséné des coups de couteau à un individu, à Roberval, puis Jean-Léon Pinette-Hervieux a tué un homme dans les rues d’Alma. Le criminaliste Julien Boulianne comprend les questionnements, mais croit que les Canadiens bénéficient de l’un des meilleurs systèmes de justice à travers le monde.

Toutefois, aux yeux de la population, les deux récents événements ne passent pas, d’autant plus qu’un homme a été poignardé à mort par un multirécidiviste en matière de violence. Les gens s’interrogent sur sa remise en liberté, malgré un risque de récidive élevé.

« Nous avons l’un des plus bas taux de criminalité, l’un des plus bas taux de récidive et l’un des plus bas taux d’erreurs judiciaires à travers le globe », exprime Me Boulianne.

« En plus, notre système de libération conditionnelle est fiable et a fait ses preuves. Il a été démontré d’ailleurs que même si un accusé purge sa peine totale, ça ne serait pas plus efficace. Je le répète, nous avons l’un des meilleurs systèmes au monde », reprend le criminaliste.

Son confrère Jean-Marc Fradette pense que les services correctionnels du Québec n’avaient pas le choix de remettre Pinette-Hervieux en liberté, étant donné qu’il avait purgé les deux tiers de sa peine.

Mais cela ne l’empêche pas de s’interroger à savoir si toutes les règles de remise en liberté ont été respectées dans le cas de l’accusé du meurtre d’Alma.

TEXTE-courant: « Est-ce qu’il avait un plan de sortie ? Avait-il une adresse à fournir ? Est-ce que son suivi médical était fait et avait-il un suivi ? Est-ce que quelqu’un l’a échappé ? Ces questions méritent d’être posées », s’interroge Me Fradette.

Arrêt Gladue

Le fait que Pinette-Hervieux soit un autochtone et qu’il ait pu bénéficier de la clémence du tribunal, qui doit tenir compte des conclusions du rapport Gladue, a aussi suscité de nombreuses discussions et interrogations au sein de la communauté. Cet arrêt oblige les tribunaux à prendre en compte les origines du contrevenant et de rendre des jugements en conséquence.

L’arrêt Gladue permet de connaître le passé familial de l’accusé et permet d’aider à réparer le mal causé par des injustices historiques qui ont eu des répercussions sociétales.

Les tribunaux veulent aussi remédier à la surreprésentation des autochtones en milieu carcéral et tenter de les réhabiliter.

Pour des avocats en défense, la peine imposée de 36 mois à Pinette-Hervieux ne représente pas une sentence clémente, malgré des accusations de voies de fait causant des lésions et de voies de fait.

Pour les criminalistes, le rapport Gladue n’est qu’un élément parmi d’autres.

« Un rapport Gladue n’est qu’un facteur dont le juge aura à tenir compte dans sa décision. C’est comme les facteurs atténuants ou incriminants. C’est un facteur de plus », indique Me Boulianne.

Dans les prisons provinciales et dans les pénitenciers, les récentes statistiques révèlent qu’environ 25 pour cent de la population masculine est autochtone et à peu près 34 pour cent de la population féminine est d’origine amérindienne.

Pourtant, les autochtones ne représentent que trois pour cent de la population. 

« Ils ont réalisé dans les années 90 qu’il y avait un trop haut pourcentage de détenus autochtones au prorata de la population. L’arrêt Gladue a créé un statut particulier pour des gens qui ont vécu dans des réserves où il y avait de la drogue, de la violence et de l’alcool », note Me Fradette.

Malgré les règles de Gladue, la population carcérale autochtone n’aurait pas vraiment diminué au fil des années.