Lors de sa comparution, le 6 février dernier, Thommy Gagnon portait encore un bandage au bras.

Thérapie refusée en raison d'un risque de récidive trop grand

La juge de la Cour du Québec Sonia Rouleau a conclu que Thommy Gagnon était trop dangereux et que les risques de récidive étaient trop élevés pour lui permettre d’aller en thérapie en attente de son procès. L’individu, qui fait face à 17 chefs d’accusation pour une série d’événements, dont certains commis à main armée, devra donc patienter en prison. Lorsqu’il a compris que la thérapie n’était pas une option, l’homme s’est écrasé dans le box, en larmes, suppliant la juge de l’aider et refusant d’obtempérer.

Thommy Gagnon a été arrêté au début du mois de février dernier, après un événement violent survenu dans un logement du centre-ville de Chicoutimi. Gagnon était alors en liberté sous conditions, puisqu’il faisait déjà face à plusieurs chefs d’accusation pour des événements antérieurs.

Une perquisition en avril 2018

Les premières infractions alléguées remontent au mois d’avril 2018, lorsque Thommy Gagnon a été arrêté par les policiers de Saguenay après une perquisition réalisée à son domicile et dans son véhicule. Les agents, qui avaient eu vent que l’individu vendait des stupéfiants, avaient alors saisi 10 livres de cannabis et 1700 $ en argent dans la voiture de Gagnon. Chez lui, plus de 200 grammes de cannabis et plus de 100 grammes de haschisch avaient été découverts, en plus de 1900 pilules de méthamphétamine et du matériel utile à la vente. Il avait comparu sous des chefs de possession dans le but de trafic le 5 octobre 2018 et son dossier devait suivre son cours.

Voies de fait, menaces et séquestration

Le 26 mars 2019, Thommy Gagnon a été appréhendé une nouvelle fois après qu’un ami ait porté plainte contre lui. Selon la poursuite, l’ami en question s’était rendu chez l’accusé pour lui dire sa façon de penser, se sentant utilisé pour des transports en véhicule. Thommy Gagnon n’ayant pas de permis de conduire, il requiert le service de chauffeurs. L’accusé lui aurait toutefois répondu en lui assenant un coup de poing dans le ventre et en le menaçant d’un couteau. Il l’aurait également empêché de quitter les lieux, tout en le menaçant de s’en prendre à sa fille et de tirer sur sa maison.

Le plaignant a dit à la police que deux armes à feu se trouvaient sur la table lors de sa visite chez Thommy Gagnon.

Sur place, les policiers ont saisi des étuis d’armes, des munitions, un poing américain et des pilules de morphine cachées dans le plafond suspendu d’une chambre d’enfant. Les policiers ont également découvert un système de caméras installées autour de la résidence et un appareil photo.

Des photos de la voiture et de la maison de la présumée victime ont notamment été déposées en preuve, de même que des photos d’une collection de couteaux de l’accusé.

Thommy Gagnon a été arrêté puis libéré le 5 avril 2019. Il devait respecter de nombreuses conditions, notamment celle de ne pas avoir d’arme à feu.

Poignardé au bras

Le 1er février dernier, l’individu a une fois de plus été arrêté. Ce jour-là, il se serait présenté, avec deux complices, chez une tierce personne pour une histoire de dette de drogue.

Thommy Gagnon est, entre autres, accusé d’avoir menacé le locataire avec une arme à feu chargée et de lui avoir assené un coup de crosse sur la tempe. Ce dernier s’est toutefois défendu en prenant un couteau de cuisine et en poignardant Gagnon au bras.

Le trio a pris la fuite, puisque Gagnon saignait abondamment. Les trois individus se sont réfugiés chez l’accusé, où on lui a fait un garrot pour éviter qu’il se vide de son sang. C’est la conjointe de Thommy Gagnon, qui ne fait pas partie du trio, qui a communiqué avec l’ambulance. L’arme à feu a été cachée entre-temps et retrouvée plus tard dans la sécheuse d’un voisin, enfouie dans du linge.

Thommy Gagnon a été constitué prisonnier à l’hôpital, où il a subi une chirurgie reconstructrice. Son bras gauche garde d’ailleurs une importante marque de ses blessures.

L’individu a été transféré à la prison de Roberval une fois que sa santé le lui a permis. L’homme espérait pouvoir partir en thérapie en attente de son procès, lundi matin. Il dit souffrir d’une grave dépendance à la morphine, qui l’a d’ailleurs fait plonger dans le crime. Il dit toutefois être abstinent depuis qu’il est emprisonné.

Thommy Gagnon a confié avoir consommé entre 300 et 400 milligrammes d’hydromorphine par jour, au cours des derniers mois, ce qui pouvait lui coûter autour de 150 $ par jour.

« Ça fait trois ans que je ne travaille plus et c’est là que la marde a commencé », a soufflé le père de famille.

Il a dit être influençable et que de mauvaises fréquentations lui ont nui.

Le ministère public s’opposait fermement à ce que l’accusé bénéficie d’une libération, même si c’était pour se rendre dans un centre de thérapie fermée. Me Michaël Bourget a rappelé que l’individu s’expose à une peine sévère, surtout que certains crimes auraient été perpétrés à main armée.

La juge Sonia Rouleau n’a pas eu à prendre un temps de réflexion avant de rendre sa décision. Jugeant que l’accusé avait déjà eu l’occasion de se reprendre en main, notamment grâce à deux libérations, et estimant le risque de récidive trop grand, la magistrate a ordonné la détention de Gagnon.

« Je considère que monsieur est dangereux et que les risques de condamnation sont importants, avec de lourdes peines », a affirmé la juge Rouleau.

L’accusé s’est mis à pleurer et à supplier qu’on lui donne de l’aide, enterrant les paroles de la juge Rouleau. Celle-ci a dû demander à deux reprises si elle devait l’expulser de la salle ou s’il était en mesure d’écouter.

Thommy Gagnon s’est écrasé dans le box, refusant de quitter la salle, même lorsque les deux agents correctionnels lui ont demandé de se lever.

L’accusé a finalement été amené à la détention.

Thommy Gagnon reviendra devant les tribunaux le 8 avril pour la suite des procédures.