Les événements du 21 septembre 2017 ont forcé un large déploiement policier, à Saint-Félix-d’Otis.

Séquestration à Saint-Félix-d'Otis: la victime vit toujours dans la peur

Johnny Daigle, qui a pénétré par effraction dans une résidence de Saint-Félix-d’Otis et qui y a séquestré sa propriétaire, en septembre 2017, a écopé de six ans de pénitencier. L’homme de 53 ans avait agi avec deux autres complices, dont un qui est toujours en cavale. La victime vit dans la peur, depuis les événements, et ne peut se départir de son bouton panique, qu’elle porte en permanence.

Johnny Daigle, qui est détenu depuis son arrestation survenue quelques jours après la séquestration, a plaidé coupable à trois chefs d’accusation, jeudi, devant le juge Michel Boudreault, soit introduction par effraction, séquestration et port d’un déguisement, en l’occurrence une cagoule, dans le but de commettre un crime.

Les événements reprochés à Daigle remontent au 21 septembre 2017, en avant-midi, près du lac Goth, à Saint-Félix-d’Otis. La victime, une dame d’une cinquantaine d’années, s’activait à des tâches administratives de chez elle, puisque son bureau professionnel s’y trouvait. La maison visée par les malfaiteurs – Johnny Daigle, Michel Guénard et Michel Gagné – contenait d’ailleurs un coffre-fort.

La dame avait barré la porte lorsque son mari avait quitté la maison, en matinée. Elle travaillait sur son ordinateur lorsqu’elle a entendu un bruit à l’extérieur. Elle est sortie dehors pour vérifier si quelque chose clochait, mais n’a rien remarqué de particulier. Elle s’est donc remise à la tâche, mais elle s’est aperçue que sa ligne téléphonique ne fonctionnait plus. Elle s’est dit qu’il y avait peut-être des travaux en cours, menés par la compagnie de téléphonie.


« La victime n’est pas en liberté depuis les événements. Elle vit dans la peur constamment. Elle a un bouton panique dans le cou depuis deux ans et ne se sent plus en sécurité. »
Me Nicole Ouellet

Quelques instants plus tard, elle a encore entendu des bruits suspects à l’extérieur, autour de ses bacs à ordures. Cette fois, en sortant sur la galerie, elle est tombée nez à nez avec un homme cagoulé. Elle a voulu fuir, mais l’homme l’a agrippée et l’a poussée à l’intérieur de la demeure. La victime s’est débattue et un second individu en entré. Ils ont réussi à lui immobiliser les pieds avec des attaches de plastique. La dame se débattait et criait. Pour la faire taire, l’un des hommes lui a mis une couverture sur la tête. Un troisième homme est également pénétré dans la maison à ce moment. La victime a pu griffer l’un des trois individus. Des prélèvements de peau sous ses ongles permettront plus tard d’identifier Michel Gagné, qui est toujours en cavale.

Les hommes ont voulu attacher la victime sur une chaise, mais les cris de la dame ont alors alerté un voisin, qui est arrivé sur place. L’un des trois individus a alors poussé le voisin, et le trio s’est enfui. La victime a pu se réfugier chez des voisins et appeler la police.

La procureure de la poursuite, Me Nicole Ouellet, a expliqué que la victime vit constamment dans la peur. Elle porte un bouton panique au cou en permanence.

Un important déploiement policier a été mis en branle pour retracer les malfaiteurs. Au départ, les policiers croyaient qu’ils étaient seulement deux, étant donné que la victime n’avait pas pu voir précisément ce qui se passait, compte tenu du choc et de la peur. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’on apprendra qu’ils étaient trois.

Le premier individu capturé, Michel Guénard, a lui-même appelé le 911 après s’être caché dans le bois. Il avait peur de mourir après de longues heures passées en forêt, d’où son appel au 911, a expliqué la Couronne, en cour.

Quant à Daigle, il a été épinglé à Québec, endroit où il a pu se rendre durant sa cavale. Soulignons que l’individu y vivait. Les deux individus ont été incarcérés.

C’est à l’automne 2018 que Guénard a fait des révélations aux enquêteurs, acceptant ainsi de collaborer à l’enquête. Guénard a écopé d’une peine de 32 mois en février dernier pour les mêmes crimes que Daigle.

C’est jeudi que ce dernier a entériné des plaidoyers de culpabilité. La procureure de la poursuite, Me Nicole Ouellet, et l’avocat de la défense, Me Denis Otis, ont soumis au juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec, une suggestion commune de six ans de pénitencier.

« La victime n’est pas en liberté depuis les événements. Elle vit dans la peur constamment. Elle a un bouton panique dans le cou depuis deux ans et ne se sent plus en sécurité », a fait valoir Me Ouellet.

Le juge Boudreault a accepté la suggestion des deux parties.

« J’aurais donné neuf ou dix ans et j’aurais bien dormi quand même », a précisé le magistrat.

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UN TROISIÈME ACCUSÉ TOUJOURS DANS LA NATURE 

Michel Gagné, qui est également accusé d’avoir participé à la séquestration de Saint-Félix-d’Otis, est toujours dans la nature. Il avait été envoyé en thérapie fermée lors de son passage devant les tribunaux, mais il s’est volatilisé. Un mandat d’arrestation est émis contre lui depuis plusieurs mois. 

Michel Gagné a été arrêté beaucoup plus tard que ses complices, Johnny Daigle et Michel Guénard, grâce à des prélèvements d’ADN. En effet, la victime séquestrée avait eu le temps de griffer l’un de ses assaillants et la peau prélevée sous ses ongles correspondait à celle de Gagné. Il avait donc été arrêté, puis le tribunal avait consenti à l’envoyer en thérapie pour régler ses problèmes de consommation. Mais durant sa thérapie, l’homme s’est évadé. Il n’a toujours pas été retracé par les autorités, malgré un mandat d’arrêt lancé contre lui.