Sept ans de pénitencier pour Jimmy Bouchard

Jimmy Bouchard a baissé la tête quand le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, a confirmé qu’il prenait de nouveau le chemin du pénitencier afin d’y compléter une sentence de sept ans pour avoir planifié pendant trois longues années l’assassinat de son ex-conjointe, Johanne Bérubé, afin d’obtenir la garde de son enfant.

Depuis le début du procès et jusqu’à jeudi midi, Jimmy Bouchard était toujours demeuré stoïque pendant les procédures judiciaires. Son avocat, Me Louis Belliard, avait suggéré une sentence de 41 mois de prison, considérant également la détention des explosifs dans le but de causer des blessures à une personne. Le juge Hudon s’est plutôt rapproché de la proposition de la Couronne, qui réclamait de huit à neuf ans.

Le juge a établi que le chef d’accusation d’avoir recommandé à une personne de commettre un acte criminel, qui est une tentative de meurtre dans les circonstances, méritait une sentence de six ans. Il a ajouté une année additionnelle pour la possession des matières explosives.

Dans un jugement de 16 pages, le juge Jean Hudon fait littéralement voler en éclat la théorie de la défense, qui reposait en bonne partie sur une prétendue « non-responsabilité » de la part de l’accusé. Le juge Jean Hudon en arrive plutôt à la conclusion que l’accusé savait très bien ce qu’il faisait et qu’il n’a eu besoin de personne pour mettre en branle son stratagème afin d’éliminer son ex-conjointe.

« Ce n’est pas parce que Éric Maltais (son complice) n’a jamais découragé Jimmy Bouchard de mettre à exécution son plan et qu’il ne lui a jamais dit que ça n’avait pas de sens que cela diminue la responsabilité de ce dernier (Jimmy Bouchard). Tout au plus, cela démontre l’absence totale de jugement et de valeur morale de M. Maltais », écrit le juge de la Cour du Québec.

Éric Maltais a même pensé exécuter le contrat pour assassiner l’ex-conjointe et n’a pas cru bon de dénoncer Bouchard ou de tenter de le décourager très tôt dans sa longue démarche de planification. « Cela ne fait pas de lui (Maltais) l’instigateur, le conseiller ou la tête dirigeante », est-il écrit.

Jimmy Bouchard s’est aussi rendu en personne à Saint-Honoré, nouveau lieu de résidence de son ex-conjointe, afin de vérifier comment il pouvait l’atteindre avec un tir de carabine .303. Il a aussi fait ses propres démarches pour l’acquisition de matières explosives.

Le juge n’a aucun doute dans son esprit que Bouchard avait, jusqu’à son arrestation, après avoir été piégé par un agent double, fermement l’intention de faire tuer Johanne Bérubé. « Au contraire, il s’agit de crimes passibles de l’emprisonnement à perpétuité et de 14 ans (tentative de meurtre et explosifs) en l’espèce. Il faut tenir compte que le plan était pour fonctionner puisque le supposé tueur avait été rencontré, un montant d’argent avait été convenu, et une avance avait été remise. »

Un autre facteur aggravant a joué contre l’accusé dans la détermination de la sentence. Jimmy Bouchard n’a jamais démontré, depuis son arrestation en décembre 2016 et pendant son incarcération, qu’il avait changé d’idée quant à sa volonté d’obtenir la garde de son enfant. Cela amène le juge Hudon à émettre de très sérieuses réserves quant au risque de récidive de Bouchard.

« Cette volonté de Jimmy Bouchard, malgré qu’il ait tenté de tuer la mère de son fils, malgré qu’il soit en détention depuis 29 mois et qu’il n’ait pas vu son fils, démontre une absence de prise de conscience de la situation », estime le juge Hudon.

Certes, Jean Hudon a constaté que la victime n’a pas eu de séquelles physiques de cette longue aventure, mais il signale qu’elle a subi, sans l’ombre d’un doute, des séquelles psychologiques.

Jimmy Bouchard a déjà purgé l’équivalent de 44 mois de prison. Il devra donc compléter la sentence en retournant derrière les barreaux pendant 40 mois. 

Il devrait normalement avoir droit de s’adresser à la Commission des libérations conditionnelles d’ici 10 à 12 mois, à moins que la présence d’explosifs dans le dossier ne modifie le calcul de la sentence.

L’ex-conjointe de Jimmy Bouchard, Johanne Bérubé, est soulagée que le verdict soit tombé, mais elle anticipe déjà la sortie de prison de celui qui voulait l’assassiner.

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JOHANNE BÉRUBÉ SORT DE L'ENFER

L’ex-conjointe de Jimmy Bouchard a poussé un soupir de soulagement en entendant la sentence prononcée par le juge Jean Hudon, mais Johanne Bérubé appréhende déjà de devoir composer avec celui qui lui a fait vivre l’enfer au cours des six dernières années au moment où il sortira de prison.

La jeune femme s’est présentée devant les médias après le prononcé de la sentence pour que son expérience puisse servir d’exemple dans le futur et que les intervenants des différents services acceptent de croire les femmes dans sa situation. Ça fait maintenant trois ans que Bouchard est derrière les barreaux, mais l’aventure indescriptible de la jeune femme a débuté trois ans avant la mise au jour du complot de Jimmy Bouchard, alors qu’elle a quitté la résidence familiale pour sortir des griffes de celui qui contrôlait ses moindres gestes.

« Pendant ces trois années, j’ai expliqué ce que je vivais avec tout ce qu’il me faisait pour la garde de l’enfant. Je devais le voir chaque semaine dans la cour. Dès que je suis partie de la maison, il m’a retrouvée au centre d’hébergement », a résumé Johanne Bérubé.

Malgré ces nombreuses conversations avec des représentants de la DPJ, des intervenants sociaux de la CAVAQ et d’autres professionnels, Johanne Bérubé n’a jamais été crue. « On me disait que c’était ma parole contre la sienne », a-t-elle répété.

Le jour de l’arrestation de Jimmy Desbiens et de la mise au jour de son complot, Johanne Bérubé a vu le ton changer et a constaté que les intervenants voulaient se rattraper. Elle a quand même compris que le système pouvait être particulièrement difficile à faire bouger dans une situation où elle se sentait particulièrement vulnérable.

« Je discutais avec trois intervenants de la DPJ pour la question de passer en cour pour retirer la garde de l’enfant au père. Les intervenantes m’ont suggéré de me rendre au Centre d’aide aux victimes d’acte criminel. On m’a accueillie en me disant qu’il fallait prendre rendez-vous et qu’on n'entrait pas ici de cette façon », raconte la victime, qui admet toutefois que depuis, elle a reçu tout le soutien nécessaire pour passer à travers les trois dernières années, pendant lesquelles elle a vécu un véritable film d’horreur à penser qu’elle aurait pu être assassinée.

L’un des pires moments vécus par Johanne Bérubé est survenu mardi matin pendant les représentations sur sentence. Elle a quitté la salle quand Me Louis Belliard a tenté de convaincre le juge que son client ne méritait pas une sentence de huit à neuf ans puisque la victime n’avait pas subi de blessure, ignorant ainsi tout l’aspect psychologique de ce drame.